Le Nanar d’Avril 2019 _ "Steel"

  • Mis à jour : 1er avril

Dans le Monde on a toujours eu besoin de super héros. Dans les années 60-80 on nous a assommé avec tous les hommes désincarnés :" l’Homme d’acier", "l’homme de fer". Il y en a un qui valait trois milliards en gadjets. Vous aurez sans doute remarqué que sur nos écrans c’est le retour des super héros : Batman, Spiderman, Marvel, Hulck, Superman ... tien superwoman ! Dans le monde politique on recherche aussi le super héros, sauf qu’en France le candidat est très souvent passé du coté des "Super zero". Mais quand même le super héros c’est quelque chose . Ce mois nous avons choisi non pas "Lhomme d’acier" mis carrément "L’acier (Steel)"

« STEEL »

Titre original : « Steel »
Titres alternatifs : Steel, le justicier d’acier, le justicier d’acier
Réalisateur : Kenneth Johnson
Année : 1997
Pays : Etats-Unis
Genre : Sousperman (Catégorie : Super-héros)
Durée : 1h37
Acteurs principaux : Charles Napier, Shaquille O’Neal, Annabeth Gish, Judd Nelson, Richard Roundtree

PRESENTATION DU FILM

Ref : Nanarland

La sympathie d’un nanar, voyez vous, je pense que ça tient à deux choses :
- les gens qui sont dedans, et la pureté de leurs intentions parce que globalement on aime pas sentir que quelqu’un se fout de vous et veut juste vos sous (sauf quand c’est tellement du margoulinage que c’est sympa par l’autre bout)
- le quoi que les gens qui sont dedans veulent faire, et la compréhension ou l’attachement qu’ils ont pour leur sujet, parce que moins ils ont compris à quoi tenait le genre mieux c’est.

Après une période non négligeable de development hell pour « Steel, » qui a sans doute demandé un long moment de réflexion et de rires nerveux pour décider s’il convenait de le sortir tel quel, d’apprendre à son acteur principal à jouer correctement avant de le retourner entièrement, ou juste d’attendre sagement 5/10 ans et l’émergence du numérique pour lui refaire des expressions faciales en images de synthèse.

Je suis tristesse et amitié consolatrice.

Bref, le public a oublié le petit nanar sympatoche qu’était « Steel » au profit du bulldozer de nullité navetonnesque qu’était « Batman et Robin », et il est temps de braquer la lumière sur l’éternel oublié.
Nous trouvons John Henry alors qu’il est occupé, en tant qu’ingénieur militaire, à construire un GROS CANON BOUM avec une amie et un traître. Lors des essais, Steel, le traître et son amie vont refuser d’enlever la sécurité enfant de leur GROS CANON BOUM car les tests pourraient se révéler dangereux. Personne n’ose leur dire que quand on développe des armes c’est parfois le but recherché.
Le traître s’empare alors de l’arme et décide de le tester à puissance maximale pour voir ce que ça fait (d’un autre côté c’est le but d’un test, je n’arrive pas à lui en vouloir. Vous vous contenteriez de tester une voiture à 30kmh pour voir si elle est assez solide, vous ?).

2h30 de tests comme ça en plein cagnard et je vous garantis que même un moine pousserait le machin au maximum juste pour un peu d’action

Résultat : John Henry quitte l’armée pour devenir Steel, le super héros en fonte, son amie clouée en fauteuil roulant devient l’Oracle du pauvre, ils sont rejoints par Shaft en train de payer ses impôts, et le traître revend l’arme dont il s’est emparé à un... revendeur de jeux vidéos qui fait du trafic d’arme dans des bornes d’arcade. Et lance avec son appui un gang de braqueurs de banques.

Bref, nous entrons en territoire connu : Steel construit son QG et son armement, le teste et part ensuite taper les gangsters, la routine d’un petit Origin Movie.
Malheureusement, il y a deux petits problèmes...
Le premier est que Steel, en tant que Super Héros, est un foutu tank. Superman vole, Spider Man grimpe, Batman plane, Steel...marche. Sauf dans les escalators. Il a une armure en fonte. Une moto en fonte. Un marteau en fonte.

Ici, Steel tente de se rétablir après s’être gaufré en sautant entre deux toits.
Ca fait des cascades et des poursuites, disons, assez limitées.

En guise de véhicule : une moto funée qui va à 17km/h.

Le second...Steel est joué par Shaquille O’Neal. Et Shaquille O’Neal...Disons que ne vous moquerez plus de Hulk Hogan quand vous aurez vu Shaq jouer la comédie. Déjà repéré pour son inaptitude crasse dans Kazaam, Shaq est un basketteur star connu pour avoir fait, avec Kobe Bryant, les grandes années des L.A Lakers. Mesurant 2m16 pour 150kg, chaussant l’équivalent américain d’un 58 fillette, Shaq avait pour lui une présence physique impressionnante et un réel capital sympathie auprès du public. Malheureusement... Malheureusement... Malheureusement il faut bien avouer que le pauvre homme joue comme une chaussette.

Ajoutez à cela une armure en caoutchouc qui l’embarrasse bien, et un rôle qui l’empêche de jouer de sa mobilité de basketteur et de sa force naturelle pour le faire marcher d’un pas déterminé comme une statue du commandeur affligée de crampes d’estomac, et ça fait un héros auquel personne ne croit.

On y croit surtout pas parce qu’en plus, le scénario fait de Steel un remarquable incapable. Outre le simple fait que son repaire se situe dans une décharge publique (et constitue ainsi la batcave la plus pourrie et la moins sécurisée possible), Steel passe deux bons tiers du film à se faire tabasser, capturer, poursuivre par la police et à devoir rentrer dans sa poubelle tête basse après avoir à peu près échoué sur toute la ligne.

Ici, Steel vient de se casser la margoulette dans des poubelles.

Après cela, généralement, il retourne dans sa maison-de-sitcom avec-des-noirs-écrite-par-des-blancs, sa grand mère lui dit de fermer sa bouche pendant qu’elle tente de faire un soufflé, et Richard Roundtree prouve à tout le monde qu’il arrive à être plus cool que tout le monde sans se forcer. Et ce malgré des répliques affligeantes comme ce moment gênant où il dit, complimentant le marteau de Steel, en VO : "I especially like the shaft". Who is the black private dick(less) qui a écrit cette vanne référentielle honteuse ?

Pour une fois Shaq joue juste : c’est exactement la tronche que vous faites en comprenant la blague.

Face à un tel héros, vous comprendrez qu’on ne puisse aligner que les meilleurs des meilleurs des méchants. Judd Nelson (le traître Burke) et son complice le vendeur de bornes d’arcade à main armée roulent à 220km/h en klaxonnant à contresens sur l’autoroute du surjeu, fenêtres ouvertes et musique à fond.

LES PEPITES NANARDESQUES ET NAVRANTES DU FILM

Rien dans la mise en scène ou les choix artistiques ne viennent enlever au spectateur ce sentiment d’être dans un gros décor de carton pâte. A part une BO qui fait de subtils rappels au thème de Superman, et une esthétique clinquante qui évoque effectivement beaucoup les Batman de Schumacher (c’était la mode à l’époque), la platitude totale du machin ne fait pas grand chose pour éviter les situations ridicules.
Citons en deux :
- une scène interminable durant laquelle Sparks, la wannabe Oracle, tombe de son fauteuil roulant, et tente d’y remonter pendant que tout le monde la regarde faire sans lever un doigt. La scène devait être un genre de nouveau départ, la pauvrette réalisant que même sans jambe la vie continue. A l’écran on voit juste deux salaupiots laisser une handicapée galérer en rigolant.
- le combat final, gagné non par Steel mais par Sparks d’une manière que je ne spoilerai pas mais qui est assez réjouissante.

Évoquons encore une fois, pour la gloire, le casque de Steel en polyuréthane véritable, et souvenons nous qu’il est censé être moulé sur mesure dans un alliage indestructible :

Au final, l’exploit le plus notable de Steel aura été de diviser son propre budget par 10 (1.7 million de recettes pour 16 investis), et de confirmer au monde qu’il fallait être plus prudent avant de caster Shaquille O’Neal dans un film.

Minute culturelle Nanarland :
Icône américaine au même titre que Joe Hill ou Sacco et Vanzetti, la figure semi légendaire et semi historique de John Henry incarne à la fois les valeurs de la classe ouvrière américaine, et celles de la communauté noire. John Henry Irons, aka Steel, se veut donc un hommage à cette figure mythique. Cela n’aura aucune conséquence sur le film.