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Les grands acteurs et actrices français : Bernard Blier

  • Mis à jour : 13 décembre

BERNARD BLIER

BIOGRAPHIE

Bernard Blier voit le jour en Argentine, d’une mère dont le premier époux s’est suicidé après lui avoir fait deux enfants et où son père Jules Blier, biologiste à l’Institut Pasteur est alors en mission. Suzanne rentre en France, son petit Bernard sous le bras, dans un bateau frigorifique pris pour cible par un sous-marin allemand. De retour en France, la famille Blier s’installe à Paris où Bernard suit sans enthousiasme une scolarité au lycée Condorcet. Rescapé de guerre, le garçon reste rebelle à l’autorité, élève médiocre mais farceur-né : "Enfant, se souviendra-t-il, j’observais les autres. Un môme qui scrute les autres et les fait rire, il a le don."

Abandonnant petit à petit ses études, il commence à prendre des cours de théâtre en 1931. La vocation fait suite à une représentation de la Comédie-Française. "À 12 ans, dira l’acteur, je savais que je ferais du théâtre." Jules s’empresse de conduire son fils à un ami, sociétaire au Français. Inscrit à des cours d’art dramatique après le lycée, Blier prend rapidement l’ascendant sur ses pairs.

Il se produit pour la première fois sur scène en 1934 à l’EDEN Théâtre de La Ciotat devant une salle à moitié pleine pour un cachet de cinquante francs.

Ensuite, il s’inscrit au Conservatoire, à Paris, où il intègre la classe de Louis Jouvet. C’est au Conservatoire qu’il fait la rencontre de deux grandes personnalités qui resteront ses amis : François Périer et Gérard Oury. "Bernard, observera son condisciple, jouait la comédie d’une façon dérangeante. Il décapait ses répliques à l’acide, prenant le public à contre-pied, larmes d’émotion, larmes de rire." Une qualité qu’il ne cessera d’approfondir. En attendant, l’apprenti comédien brûle les étapes. Louis Jouvet conquis par sa fausse bonhomie, lui confie sur grand écran le rôle de l’élève préféré d’ « Entrée des artistes ».

Blier rate le concours de sortie d’un Conservatoire qui ne lui pardonne ni un succès précoce, hors de son cadre, ni l’insolence d’un bel esprit sachant, selon son ami François Périer, "glisser le vitriol entre deux phrases anodines, sur le même ton. Avec Bernard, ça pétait en douce, mais sec."
Il fait quelques apparitions au théâtre puis au cinéma jusqu’à « Hôtel du Nord », réalisé par Marcel Carné en 1938, avec Arletty et Louis Jouvet, où il joue l’amant méprisé.

Il joue l’ouvrier dans « Le jour se lève », en 1939, avec Jean Gabin. C’est le début d’une longue amitié entre les deux hommes.

En juillet 1939, au concours de sortie du Conservatoire, le jury choisit de ne pas lui décerner de prix. Au même moment, la Seconde Guerre mondiale éclate. Mobilisé, il se retrouve deuxième classe dans un régiment d’infanterie à Mayenne. Il passe son temps à écrire des lettres pleines de désarroi. À la suite de l’invasion du 10 mai 1940, il est fait prisonnier, il sera interné dans un camp en Autriche dans le Stalag XVII-A . Il entame malgré lui une spectaculaire cure d’amaigrissement. Après un an, il perd vingt-sept kilos et il est rapatrié pour des raisons sanitaires. De retour à Paris, le comédien revient en force. Il court le cachet, son physique aminci lui permettant à l’époque de tenir des rôles de séducteur. Tournant le jour, se produisant sur scène en soirée, il trouve encore le temps de séduire ses partenaires, dont une Sophie Desmarets sensible à cet homme "très drôle, très méchant, très intelligent, mais sensible aussi, et pudique." Sale gosse fomentant des intrigues entre collègues ou ne pouvant refréner son émotion lors d’une scène de lit avec Arletty, Blier se montre responsable quand il s’agit d’enseigner le métier à ses cadets ou de s’investir dans le cadre du syndicat des acteurs.
Des amis comme Christian-Jaque, Claude Autant-Lara et Marcel Achard lui permettent de survivre en lui offrant des petits rôles au cinéma ainsi qu’au théâtre. Il accède bientôt à des rôles de premier plan et devient rapidement un acteur familier du cinéma français. À la Libération, il continue d’enchaîner film sur film et, chaque soir, il se produit au théâtre et fait des interventions à la radio.

CARRIERE

Dans les années 1940-1950, il tourne de nombreux films, travaillant avec des réalisateurs de renom (Henri-Georges Clouzot, Yves Allégret, Claude Autant-Lara, Christian-Jacque, Julien Duvivier, Jean-Paul Le Chanois...), tenant des seconds rôles importants mais aussi des rôles principaux. Il joue à plusieurs reprises des maris « cocus » — rôle qu’il tenait déjà dans Hôtel du Nord — dans des films comme « Le Café du Cadran  », « Manèges » ou « La Maison Bonnadieu » (ou imaginant l’être, comme dans « Quai des Orfèvres ») : lui-même dira plus tard avoir été « le plus grand cocu de l’histoire du cinéma français ».

Sacha Guitry lui fait parodier cet emploi dans « Je l’ai été trois fois », où il interprète un mari trompé par toutes ses femmes successives.

Il n’en tient pas moins des rôles variés, jouant aussi bien des personnages attachants que des méchants, dans les registres comique ou dramatique. À partir de 1958, le cinéma italien fait appel à lui : il se partagera jusqu’à la fin de sa carrière entre la France et l’Italie, où il tournera plus de trente films.

Dans les années 1960, Bernard Blier continue d’enchaîner les tournages, une partie de ses films devenant des classiques. Sa collaboration avec Georges Lautner, Henri Verneuil et Michel Audiard, qui lui écrit des textes « cousus main », en fait un acteur incontournable du cinéma français. Il donne la réplique aux plus grands (Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo, Lino Ventura, Louis de Funès…) dans des tournages qui se passent dans la bonne humeur et l’amitié. Il tourne aussi dans des films sans prétention où il excelle dans les rôles de gangsters maladroits aux côtés de son complice Jean Lefebvre : « Les Tontons flingueurs »,

« Le cave se rebiffe »,

« Quand passent les faisans »,

« Du mou dans la gâchette »,

« C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule… »).

Il tourne en compagnie de Pierre Richard dans autre films, « Le grand blond avec une chaussure noire »

et en compagnie de Jean Yanne, qui lui confient volontiers des rôles de personnages cyniques notamment dans « Tout le monde il beau, tout le monde il est gentil »

En 1967, il joue dans « Si j’étais un espion, » le premier long-métrage de fiction de son fils Bertrand Blier, qui le dirige ensuite à nouveau en 1975 dans « Calmos ».

Leurs deux premières collaborations n’auront pas le succès escompté mais le père et le fils récidiveront en 1979 avec « Buffet froid », un chef-d’œuvre d’humour noir.

En 1979, Alain Corneau le dirige dans « Série noire ». Entre-temps, en 1976, il est remonté sur les planches et a créé « À vos souhaits » au théâtre des Champs-Élysées. En 1981, il joue « Le Nombril » de Jean Anouilh au théâtre de l’Atelier à Paris.

Les années 1980 se passent surtout en Italie, où il demeure un second rôle très demandé. Il est récompensé d’un Donatellodu meilleur second rôle (le César italien) pour « Pourvu que ce soit une fille ».

En 1985, un cancer de la prostate est détecté. Ses proches refusent de lui dire la vérité et il continue d’enchaîner les tournages. Le mal continue sa progression et atteint les os.
Le cinéma français lui attribue le César d’honneur en 1989 (samedi 4 mars 1989). Lorsqu’il paraît sur la scène de l’Empire, Bernard Blier n’est plus que l’ombre de lui-même, flottant dans son smoking il arrive à petits pas, prend sa statuette des mains de Michel Serrault qui contient difficilement son émotion, échange avec lui quelques mots humoristiques : « "Je vais être très présentable ; j’ai enfin perdu mes rondeurs."

Du moins a-t-il conservé, jusqu’au bout, son mordant. Celui d’un gourmand, fin lettré, au caractère imprévisible. Le 29 mars 1989, il meurt à la clinique Val d’Or, à Saint-Cloud, des suites de son cancer.

VIE PRIVEE

En avril 1938, il épouse Gisèle Brunet (morte en 1991) qui lui donne un fils le 14 mars 1939, Bertrand Blier, futur réalisateur et, à la Libération, une fille, Brigitte.

En 1960, à 44 ans, il fait la connaissance, à Pontarlier, d’Annette, de vingt ans sa cadette. Après de multiples péripéties, il l’épouse le 6 octobre 1965, ils resteront ensemble pendant vingt-quatre ans.