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Le Nanar du moi de Novembre 2018 _ La revanche de Samson

  • Mis à jour : 29 septembre

Tout le monde connait Samson et son histoire tiré par les cheveux. Tout le monde se souvient de la trahison de la perfide Dalilah que j’ai longtemps confondu avec Dalida. Il faut dire qu’avec cette chanteuse , les cheveux avaient aussi leur importance. Mais qui pouvait penser que Samson avait besoin d’une revanche. On savait qu’il s’était opposé à Hercule dans un Nanar qui reste pour moi le summum mais sur qui ou sur quoi Samson avait-il besoin de prendre sa revanche ? En 1985, Sisworo Gautama Putra nous donne une piste dans son film "La revanche de Samson".

LA REVANCHE DE SAMSON

- Titre original : Samson Dan Delilah
- Réalisateur : Sisworo Gautama Putra
- Année : 1985
- Pays : Indonésie(
- Genre : Mythologie anti-coloniale (Catégorie : Heroic-fantasy)
- Durée : 1h25
- Acteurs principaux : Paul Hay, Suzzanna, Eddy Gunawan, H.I.M. Damsyik, Soendjoto Adibroto


La jaquette d’une VHS coréenne.

Descriptif d’après Nanarland

Attention, gros gros morceau. La Revanche de Samson, ou la relecture moderne d’un mythe ancestral par l’industrie du cinéma indonésien. En effet, contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre, ce film n’est pas un bon vieux péplum des sixties à la Maciste ou Hercule, mais la retranscription eighties et anti-coloniale du mythe de Samson, l’homme qui doit tout à ses cheveux.

Synopsis

Samson, à l’âge de 11 ans, voit sa mère assassiné par un soldat. Désormais, il a au coeur une haine implacable pour l’envahisseur. Son grand père lui transmet des pouvoirs surnaturels et le rend invulnérable. Devenu adulte, Samson est pret pour la vengeance : aucune force ne l’arrete, il échappe aux pires violences, aux pouvoirs occultes de ses ennemis et par ses actions, gagne la sympathie du peuple...

En effet, Daman est recueilli et élevé par un vieil homme qui fait de lui un être surpuissant, quoique pacifiste (note : le vieil homme est lui-même assez surpuissant puisque pour entraîner Daman, il lui jette d’énormes rochers).

Daman (alias Samson), le héros à la force surhumaine qui se dressera contre les Hollandais (mais pour l’instant il fait ses besoins).

Le film démarre vraiment lorsque Daman fait par hasard la rencontre d’une jeune femme prénommée Delilah, alors que celle-ci se fait attaquer par un buffle en mousse. D’un bond il saute sur l’animal et le fait tournoyer tel un fétus de paille (ou tel un buffle en mousse, ça marche aussi).

Estourbie par la puissance phénoménale de Daman, Delilah tombe immédiatement amoureuse de lui, décide de tout faire pour le séduire, et en profite au passage pour le rebaptiser Samson. Aussi singulier que cela puisse paraître, il se trouve que Delilah est aussi la fille d’un général hollandais, peuple colonisateur de l’Indonésie natale de notre héros. Samson deviendra donc tout à la fois l’ennemi juré du père de Delilah, l’objet de la convoitise de celle-ci, et le sauveur providentiel de ses frères colonisés.

Les ignobles Néerlandais moustachus qui ourdissent de sombres projets.

Formellement, le film se veut très héroïc-fantasy puisque pour contrer Samson, le père de Delilah fait appel à des mercenaires pétris de pouvoirs magiques. Et ce qui fait plaisir, c’est que le réalisateur Sisworo Gautama Putra (à qui l’on doit notamment la réjouissante saga des Jaka Sembung avec « Barry Prima ») n’a pas lésiné sur les effets spéciaux. Plutôt que la suggestion, il préfère montrer, malgré le manque de moyens le plus total. Résultat : des maquillages d’un autre temps, des effets spéciaux ahurissants, le tout mâtiné de dialogues crétinoïdes et saupoudré de mannequins comme s’il en pleuvait… Que du bonheur !

Le gourou Saya (l’homme qui détient tous les secrets). Mais qui se fera avoir par Samson on sait pas trop comment.


Le cyclope, le premier ennemi que Samson devra affronter. Il ne dort que d’un oeil...

Des Scènes mémorables

Au niveau des scènes clés, il n’y a que l’embarras du choix, tant le film compile tout ce qui nous fait rire à Nanarland. On citera évidemment le buffle en mousse évoqué plus haut, ainsi qu’un type de mannequin assez rare pour être signalé : le mannequin gonflable à l’effigie du héros ! Lors d’une scène mémorable, alors que Samson affronte un ennemi magicien, il se voit projeté dans une crevasse qui se referme sur lui. On nous montre ensuite le méchant qui se réjouit de son attaque mortelle, quand soudain Samson surgit du sol, projeté à toute vitesse tel un ballon de baudruche que l’on aurait crevé. En fait c’est effectivement un ballon de baudruche… et il faut voir ce gros machin informe voler furtivement dans les airs au grès des vents, tel un bibendum Michelin abandonné au bord d’une rocade.

Un autre passage mémorable se situe vers la fin du film. Samson, tout énervé, s’en prend à la maison du père de Delilah. Il se place entre deux colonnes et écarte les bras. Evidemment il réussit à casser la maison. Ce qui n’a pas dû être prévu par contre (ah oui petite précision, Samson a les yeux bandés…), c’est l’énorme morceau de plâtre anguleux qui lui tombe violemment sur le coin du nez. Le choc est d’une violence telle que l’on serait presque tenté de croire que si personne n’a plus jamais entendu parler de Paul Hay, l’acteur principal, c’est qu’il a succombé à une hémorragie cérébrale peu de temps après la fin du tournage !

Enfin cette chronique ne serait pas complète si j’omettais la scène de "sexe" qui pompe sans vergogne 9 semaines ½ mais qui, au final, s’avère aussi sensuellement glamour qu’un pied de tabouret enduit de vaseline. Les symboles et métaphores sont si grossiers que ça en serait presque choquant (une série d’effronteries d’autant plus osées que l’Indonésie est tout de même un pays musulman).

L’Acteur principal

Justement, parlons un peu de Paul Hay ! Car La Revanche de Samson, malgré tous ses mannequins et ses cascades savoureusement ringardes, ne serait pas le nanar qu’il est sans lui. Il faut savoir qu’avant de se lancer dans la comédie involontaire, Paul Hay a été un formidable culturiste. Dès le générique, tout est dit, les producteurs ayant crû bon ou vendeur d’afficher, tel le pedigree d’un pur sang, le palmarès de leur premier rôle, qui nous a bien fait rigoler, et que je recopie ici tel qu’il s’affiche à l’écran :
- 2nd Mister Australia 1987 (Body Builder Heavy Weight Champion)
- Mister Suburbs [Mr Banlieue tout de même !] 1982
- Mister Western Suburbs 1982 [Mr Banlieue Ouest, il était sacrément en forme cette année là !]
- Mr Southern Universe (ah quand même)
- 2nd Mr South Eastern Australia 19 ?? (en fait le film étant mal cadré, la date est tronquée... Second Mr Australie du Sud-Est, ça rigole pas !)
- 3rd Mister Melbourne 1986 (troisième Mr Melbourne, ça veut quand même dire qu’il y en a deux qui étaient plus forts que lui, mais ils étaient peut-être trop cher par rapport au budget du film)


Paul Hay avoue : "oui j’ai pris des cours de théâtre avec Mark Gregory".

En 1987, on apprend notamment que l’acteur anglo-maltais, originaire de Greensborough dans la banlieue de Melbourne, s’est fait remarquer par hasard sur une plage de Bali alors qu’il faisait du tourisme. Le réalisateur Sisworo Gautama Putra et un producteur l’auraient abordé pour lui proposer le rôle de Samson et, devant l’incrédulité de Paul Hay, auraient suivi et harcelé le culturiste jusque dans une boîte de nuit pour lui proposer un contrat de deux ans. Après s’être finalement laissé séduire, Paul Hay s’envole pour un tournage marathon de deux mois et demi sur l’île de Java, qu’il décrit comme une super expérience, riche en anecdotes mais aussi en blessures (dont la fameuse chute de piliers sur son crâne, évoquée dans la chronique). En revanche, notre sympathique gaillard ne semble pas trop conscient de la nullité abyssale de son jeu : « Être acteur, c’est pas si compliqué. Il faut avoir confiance en soi, et dès lors ce qu’il reste à faire ce sont les bons mouvements »