Le cinéma estonien

  • Mis à jour : 1er août

CINEMA ESTIONIEN

À la croisée de quatre épicentres culturels, russe, scandinave, germanique et polonais, l’école estonienne, marquée par les occupations allemande et soviétique, a pourtant réussi à tracer son propre sillon. Une originalité qu’elle doit à son histoire et à la volonté émancipatrice qui la caractérise.

L’Estonie est entourée de grandes nations de cinéma. Nous connaissons, peu ou prou, le cinéma russo-soviétique d’Eisenstein, Vertov, Tarkovski ou Pavel Lounguine. Tout comme celui de la Suède qui, de Victor Sjöström à Lasse Hallström en passant par Ingmar Bergman, n’a cessé d’influencer le cinéma mondial. Nous avons également entendu parler du cinéma danois, dont des figures telles que Gabriel Axel, Lars von Trier ou Thomas Vinterberg ont créé un formidable renouveau de la production européenne. Sans oublier l’école de Łódź, en Pologne, dont sont sortis nombre de grands réalisateurs, de Jerzy Skolimowski à Roman Polanski en passant par Andrzej Wajda ou Krzysztof Kieślowski. Et bien sûr, l’Allemagne, qui a donné naissance à des génies du 7e art, du début du XXe siècle – comme Ernst Lubitsch, Friedrich Wilhelm Murnau ou Fritz Lang – à nos jours grâce à des visionnaires comme Volker Schlöndorff, Werner Herzog, Rainer Werner Fassbinder et, bien sûr, Wim Wenders. Difficile dans un tel contexte de ne pas être phagocyté par tous ces talents. Et pourtant, l’Estonie a réussi à s’en démarquer et tient une place bien particulière dans le paysage cinématographique dont on ne peut véritablement comprendre les racines et les raisons de la singularité qu’à travers la mise en relation de sa production artistique avec son roman historique.

HISTOIRE

Les films muets

La naissance du cinéma ne laisse personne indifférent. Outre la dimension ludique, les premiers cinéastes prennent rapidement conscience de la force de ce nouveau médium. En 1908, l’Estonie sert pour la première fois de décor à un tournage : il concerne le passage par Tallinn, la capitale de l’Estonie, du roi de Suède, en route pour Saint-Pétersbourg. La première salle de cinéma fut construite cette même année.
Il faut cependant attendre 1912, soit une vingtaine d’années après les premiers films produits par Edison, pour que l’Estonie produise à son tour son premier film, « Utotshkini lendamised Tartu kohal, » un documentaire comme beaucoup ont été tournés depuis La Sortie de l’usine Lumière à Lyon. Réalisée par Johannes Pääsuke, considéré comme le père du cinéma estonien, cette œuvre relate le survol par le pilote russe Sergei Utotschkin de Tartu, seconde ville estonienne et haut-lieu de la vie intellectuelle. Il ne faut pas attendre longtemps pour que le cinéma devienne un outil de combat idéologique au service de la cause nationale. Ainsi, en 1914, Johannes Pääsuke tourne ce qui est traditionnellement considéré comme la première fiction estonienne, « Karujaht Pärnumaal (Chasse à l’ours dans la région de Pärnu) », une satire politique censurée par le pouvoir russe.

Pendant la Première Guerre mondiale, les Estoniens voient dans l’affrontement qui les oppose à l’Empire allemand un moyen de prendre leur revanche sur les germanophones. Et quand s’effondre à son tour le régime du Tsar, les nationalistes profitent de la guerre civile et du chaos régnant pour proclamer en 1918 l’indépendance de leur pays. Après avoir repoussé l’armée allemande et contenu l’Armée rouge, l’Estonie obtient en 1920 la reconnaissance de sa souveraineté par les Soviétiques.
Apparaissent alors des œuvres significatives telles que « Tshekaa komissar Miroshtshenko » de Paul Sehnert en 1925, « Kevade unelm » (1927) de Voldemar Päts, et la même année « Les Jeunes aigles (Noored kotkad) », un long métrage de Theodor Luts (1896-1980),

qui est également l’auteur d’une série de documentaires tels que « Kaitseliidu paraad » (1926), ou, en 1931, « Haapsalu, Kas tunned maad..., Kihnu, Ruhnu ou Gaas ! Gaas ! Gaas !. ». Theodor Luts, réalisateur, chef-opérateur et producteur (1896-1980) s’est formé au cinéma en 1926 à Paris, dans le studio Albatros fondé par des émigrés russes. Les Jeunes aigles, qui traite de la guerre estonienne de libération de 1918 à 1920, est l’une des premières réussites dans l’histoire du cinéma estonien (sur les cinq longs métrages réalisés auparavant, un seul a été conservé) et il a été bien accueilli par les spectateurs et par la critique. Le film a été restauré en 2008. Les scènes de bataille sont les plus spectaculaires du cinéma estonien : pendant l’été 1927, plus de quatre mille figurants ont participé aux scènes de masse. Luts avait lui-même combattu lors de la guerre de libération, et son film peut être qualifié de comédie héroïque, la guerre n’étant, pour les trois personnages principaux, qu’une aventure plutôt joyeuse. Le film accompagné par le groupe de rock légendaire Kosmikud tourne avec beaucoup de succès durant l’été 2008 en Estonie.

En 1929, on distingue aussi Johannes Loop qui réalise « Jüri Rumm » en 1929, puis aussitôt « Vigased pruudid », en collaboration avec Konstantin Märska, d’après un roman d’Eduard Vilde. « Kire lained » (1930) est un film germano-estonien de Vladimir Gajdarov.

La langue estonienne au cinéma

Même lorsque les territoires estoniens passèrent sous domination suédoise à la fin du XVIe siècle, puis sous souveraineté russe au début du XVIIIe, les privilèges et la préséance des Prussiens germanophones ne furent pas pour autant remis en cause. Toutefois, avec l’abolition du servage et l’émancipation progressive des classes moyennes émergentes naît le sentiment de la légitimité du patrimoine populaire, en ce compris sa langue et ses récits. Si bien que lorsque commence à prendre forme, en Estonie comme dans le reste de l’Europe, le sentiment national, c’est sur cette langue et ce patrimoine culturel qu’il prend appui pour se diffuser jusqu’à l’indépendance auto-proclamée en 1918, qui sera reconnue un an plus tard par la communauté internationale. Cette particularité linguistique n’est pas anodine car l’estonien n’est ni une langue slave, ni une langue scandinave mais une langue fennique, comme le finnois ou le carélien. Ce qui singularise la prise de conscience du sentiment national, mais également la production culturelle en général, et la production cinématographique en particulier, surtout avec l’émergence du cinéma parlant.
On peut entendre pour la première fois l’estonien au cinéma grâce à « Kutsu-Juku seiklusi (Les Aventures de Juku le chien), » le fragment d’un film d’animation de Voldemar Päts en 1931. Mais le premier vrai film parlant en estonien est « Päikese lapsed » (1932), un moyen métrage de Theodor Luts.

La crise des années 1930

Dans les années 1930, après la crise économique qui frappa les Etats-Unis, de nombreuses sociétés de production durent fermer leurs portes. Mais dans le même temps, la plus grosse société de production, soutenue par le gouvernement, l’Estonia Film Culture , fut fondée avec pour ambition principale la production de documentaires.

Sous l’occupation soviétique (1940-1991)

Au début de la Seconde Guerre mondiale, les Soviétiques envahissent l’Estonie, qui sera ensuite occupée par l’Allemagne nazie, suite à la dénonciation du Pacte de non-agression germano-soviétique. L’Armée rouge retrouve sa domination sur l’Estonie en 1944, qui fut incorporée à l’Union soviétique jusqu’à l’implosion de l’URSS, sanctionnée par une nouvelle indépendance nationale en 1991. Durant l’ère communiste, nombre de réalisateurs viennent de Russie et font d’abord des films de propagande sur la victoire du socialisme, comme dans « Valgus Koordis » de Gerbert Rappaport, premier film couleur tourné en Estonie (1951).

Après la mort de Staline, en 1953, l’industrie du cinéma nécessitait de nombreux changements et l’étau se desserre quelque peu autour de la création artistique. Les possibilités créatives des réalisateurs sont élargis et ils ont l’opportunité de porter au grand écran d’importantes œuvres littéraires. Parmi les films les plus remarquables, on peut citer « Le prince Gabriel ou les derniers jours du monastère de Piritaqui » fit 45 millions d’entrées dans toute l’URSS et « Spring » d’Arvo Kruusement, considéré par les critiques comme le meilleur film estonien de tous les temps. (voir plus loin les films les plus aimés des Estoniens)
D’autres films =
- 1959 : « Tournants dangereux » de Kaljo Kiisk
- 1968 : « Démence (Hullumeelsus) » de Kaljo Kiisk
Ce film fut fut interdit à l’exportation jusqu’à la fin des années quatre-vingts. Comédie noire qui se situe à l’automne 1944, Démence traite des effets du totalitarisme sur l’individu. « Nipernaadi le vagabond », du même Kaljo Kiisk (1983), exalte la beauté de la nature. Un écrivain vagabonde à travers le pays, conquiert les coeurs et les pensées des belles. Le personnage principal est joué par Tõnu Kark, l’un des acteurs les plus populaires du pays.

- 1969 : « La Dernière relique (Viimne Reliikvia) », un film culte de Grigori Kromanov, adapté d’un roman historique d’Eduard Bornhöe et situé à l’époque du siège de Tallinn en 1577.

- 1971 : Citoyen soviétique, Vladimir Karassev, a demandé l’asile politique en France en 1976. Son tout premier film, « Les Hors-la-Loi » (1971), une ballade de quatre heures en noir et blanc, a été interdit, quoique traitant des révoltés communistes clandestins dans la République d’Estonie des années vingt. Karassev avait travaillé comme critique de film et enseignant et avait produit, avant de passer à l’Ouest, toute une série de documentaires parmi lesquels « Solstice » (1968), interprétation personnelle du coup d’État communiste de 1940 et de l’occupation soviétique.
- 1979 : « L’Auberge des visiteurs de l’au-delà (Hukkunud Alpinisti Hotell) » de Grigori Kromanov

Dans les années 1980, Kaljo Kiisk, qui avait triomphé comme acteur dans Printemps, réalise des films marquants, comme « Nipernaadi », adapté de la nouvelle éponyme d’August Gailit, racontant l’histoire d’un écrivain beau parleur parti incognito sur les routes à la belle saison, qui incarnera allégoriquement l’aventurier estonien. C’est également l’époque où la réalisatrice Leida Laius sort le très remarqué « Naerata ometi », racontant l’histoire d’une adolescente dans un orphelinat soviétique.

On sent également le regard artistique s’autonomiser de plus en plus, avec notamment « Ideaalmaastik » de Peeter Simm, qui dénonce l’époque de la collectivisation forcée. Il sera l’un des grands cinéastes de l’Estonie post-soviétique.

  • 1980 : « Un nid au vent » d’Olav Neuland
  • 1982 : « La Corrida (Corrida) » d’Olav Neuland
  • 1986 : « Jeux pour enfants d’âge scolaire » de Leida Laius et Arvo Iho

L’effet Mur de Berlin et l’indépendance

En 1991, l’Estonie accède pour la seconde fois à la souveraineté. Avec la disparition du voisin soviétique et l’adhésion rapide à l’Union européenne, le monde artistique recouvre une totale liberté de propos et de ton. Même si cela prit un certain temps pour constituer une nouvelle structure économique de production cinématographique, jadis subsidiée par les Soviétiques. C’est pour remédier à cette situation que le ministère de la Culture estonien fonda en 1997 un organisme destiné à « partager et distribuer le budget national alloué à la production cinématographique ». Il sera ultérieurement remplacé par l’Institut du cinéma estonien, lequel est en charge non seulement du financement de la production mais également du soutien à la recherche et au patrimoine
En 1997, l’Estonia Foundation Cinema améliora les conditions de travail de tous les acteurs du secteur (producteurs, réalisateurs, acteurs). L’organisme aida aussi à améliorer la distribution des films. Avec cette aide, les films estoniens acquirent une reconnaissance internationale et furent acclamés dans différents festivals comme le festival de Stockholm où fut récompensé le film « Georgica » de Sulev Keedus en 1998.

En 1998, on remarque en particulier « Rien que pour les fous (Ainult hulludele) » de Arvo Iho, « Amours baltes (The Baltic Love) » de Peeter Urbla, Georgica de Sulev Keedus

La conscience nationale de la jeune Estonie est évidemment un thème de prédilection, comme dans « Nimed marmortahvlil (Gravé dans le marbre) » d’Elmo Nüganen réalisé d’après l’œuvre homonyme d’Albert Kivikas. Ce film bat des records d’audience en 2002 et concurrence même Le Seigneur des Anneaux au box office estonien. Le film raconte l’histoire véridique d’une classe d’étudiants ayant risqué leur vie pour l’indépendance de leur pays en 1918.

La tradition du film documentaire et du cinéma d’animation remontant, comme nous l’avons vu, aux débuts de l’activité cinématographique estonienne, se poursuit également. À la faveur de l’intégration européenne de l’Estonie, des partenariats et coproductions internationales se développent et de nouveaux noms émergent, comme « Veiko Õunpuu » à l’origine de « 60 Seconds of Solitude in Year Zero », un film rassemblant 60 réalisateurs du monde entier, proposant chacun un court-métrage d’une minute sur le thème de la mort au cinéma, projeté en 2011 dans le port de Tallinn, alors capitale européenne de la culture.

Parmi les films remarqués en 2004 on relève « Veepomm paksule koutsile » de Varis Brasla, « Cinq hommes à vélo (Tavaline Seiklus) » de Liivo Niglas qui raconte la quête de cinq hommes au cours d’un long périple vers la Mongolie, et surtout « La Révolution des cochons (Sigade revolutsioon) » de Jaak Kilmi et Rene Reinumagi, qui met en scène un camp de jeunesse estonien en 1986. Des étudiants censés faire honneur au travail et à l’Union soviétique, font la fête et commencent à ruer dans les brancards. Ce film décapant remporte le prix spécial du Jury au festival du film de Moscou.

« Stiilipidu » de Peeter Urbla, « Kohtumine tundmatuga » de Jaak Kilmi, « Pärnography » de Hardi Volmer ou « Afganistani armid » d’Ivar Heinmaa sont quelques sorties significatives de 2005.

En 2006, huit films estoniens sont sortis dans les salles. Les plus grands succès au box-office ont été le film d’animation « Lotte from Gadgetville (Leiutajateküla Lotte) », suivi de « Ruudi » de Katrin Laur, « Golden Beach » de Jüri Sillart et « Mindless » de Elmo Nüganen. Veiko Õunpuu, pour sa part, a débuté avec « Le Bal d’automne » (2006) qui a gagné le prix de la sélection Orizzonti au festival de Venise. Il montre avec un certain humour noir le désarroi des Estoniens urbanisés. Le Bal d’automne est inspiré du roman postmoderniste éponyme de Mati Unt.

2007 voit la sortie de « Sügisball » de Veiko Õunpuu. Salué par la critique, ce film brosse le portrait de six personnages évoluant dans un quartier de grands ensembles soviétiques de la banlieue de Tallinn, similaire au quartier de Lasnamäe. Il remporte le prix Horizons fiction à la Mostra de Venise en 2007.

« Georg – L’histoire de l’épouse du Baryton (2007) » de Peeter Simm suit l’itinéraire de Georg Ots (1920-1975), chanteur et acteur légendaire, baryton d’opéra (dont la carrière commença dans les années quarante). Le rôle principal est joué par Marko Matvere, l’acteur-chanteur le plus aimé en Estonie.

En 2013 sort « Kertu » de Ilmar Raag, drame se déroulant sur l’île de Saaremaa, qui raconte une histoire d’amour impossible se déroulant aux confins de l’Estonie du xxie siècle, Kertu a reçu un accueil positif de la part de la critique et du public.

En 2014, la sortie de « Crosswind : La Croisée des vents », premier film de Martti Helde, reçoit des récompenses et un accueil positif dans de nombreux pays.

LA TRADITION DU CINEMA ESTONIEN

Depuis les origines le cinéma estonien porte volontiers un regard anthropologique sur son environnement.
Les contributions de Johannes Pääsuke et Theodor Luts ont déjà été mentionnées. Parmi les réalisateurs plus jeunes, on remarque le nom de Mark Soosaar, qui s’est d’abord fait connaître avec « Les Femmes de Kihnu (Kihnu Nanine) » en 1974. En 1987 il crée, avec le Président d’alors, Lennart Meri — lui-même auteur de plusieurs documentaires — le festival du film documentaire et anthropologique de Pärnu.

« Läbi Pimeduse » (2002), présenté au Festival international de films de femmes de Créteil, est un moyen métrage de Renita et Hannes Lindtrop qui nous fait découvrir Sampa, une ville ouvrière de type communiste.

Citons aussi « Automne sur l’Ob », un moyen métrage documentaire de 2003 sur la vie ancestrale des Khantys, un peuple finno-ougrien de Sibérie. Son auteur, Janno Simm, est un jeune documentariste ayant étudié l’anthropologie visuelle à l’université de Tromsø (Norvège).

LE CINEMA D’ANIMATION

Les films d’animation estoniens commencent à bénéficier d’une réputation certaine, et quelques noms se détachent, comme celui de Priit Pärn, notamment l’auteur de « Hôtel E (Hotell E) » en 1991, 1895 en 1995 ou « La Nuit des carottes (Night of the Carrots) » en 1998. Artiste complet, il est aujourd’hui professeur dans deux écoles de cinéma.

Mait Laas est l’auteur du court métrage, « Le Chemin du Nirvana (Teekond Nirvaanasse) » sorti en 2000. Cette histoire d’un jeune homme qui aimerait voir ce qu’il y a au-delà de l’horizon avait été nominée pour le prix du Meilleur film estonien en 2000 et remportait la même année le prix du meilleur réalisateur au Festival international du cinéma Arsenal (Lettonie). Il a fait ensuite une carrière internationale en remportant en 2001 le Grand Prix au Festival international du court métrage d’Oberhausen (2001) et le Prix du public au 6e Festival international de court métrage et de vidéo Cinematexas (États-Unis) en 2001.

Teekond nirvaanasse/The way to nirvana (2000) from E. A. Albedo (N+2) on Vimeo.

« Frank & Wendy » (Frank ja Wendy) est un long métrage d’animation de Priit Tender, monté à partir d’une série télévisée à succès et largement financé par l’État. Les deux héros sont des agents secrets chargés d’une mission périlleuse (en Estonie !) et confrontés à des aventures rocambolesques teintées d’humour noir. Le film a été présenté au Festival d’Annecy en 2005.

On peut remarquer aussi des titres tels que « Le Cavalier sans tête (Peata ratsanik) » de Ülo Pikkov, « La Rue Weitzenberg (Weitzenbergi Tänav) » de Kaspar Jancis, « Le Moustique et le cheval (Saak ja Hobune) », une fable sur la situation de l’Estonie de Mikk Rand ou encore « De retour en Europe (Tagasi Euroopasse) » de Riho Unt (1997), un film parodique dans lequel un fermier n’est guère pressé d’entrer dans l’Union européenne. Janno Poldma, auteur de « L’Anniversaire (Sünnipäev) » en 1994, est également un nom à retenir. En 2006, le film pour enfants « Lotte from Gadgetville » bat tous les records de fréquentation.

LES DEUX FILMS PRÉFÉRÉS DES ESTONIENS

Le premier est « Le Printemps » d’Arvo Kruusement, adaptation d’un récit d’Oskar Luts paru il y a cent ans. C’est le film le plus vu en Estonie et n’importe quel Estonien en connaît les répliques. Le Printemps présente une suite d’images lyriques de la vie d’adolescents dans une école rurale à la fin du XIXe siècle : les premières amours, l’amitié, les infractions aux normes. Les mêmes acteurs, enfants au moment du tournage, en ont joué, une fois adultes, une suite composée de deux films : Été (1976) et Automne (1991).

« La Dernière relique » de Grigori Kromanov est également un film très populaire. « Notre relique, c’est la liberté » – voici une phrase que tous les Estoniens connaissent par coeur. Le film est situé dans l’Estonie du XVIe siècle. Écrits par Paul Eerik Rummo, les chansons de La Dernière relique sont des succès depuis quarante ans. À l’époque, l’Union soviétique avait vendu ce film dans plus de soixante-dix pays. Ces deux films ont fait l’objet d’une restauration respectivement en 2006 et 2002.

Le réalisateur de La Dernière relique, Grigori Kromanov, a signé en 1979 un autre film, « L’Auberge des visiteurs de l’au-delà » , qui porte à l’écran un récit de science-fiction des deux écrivains russes, les frères Arkadi et Boris Strougatski. Aujourd’hui ce film, qui raconte une rencontre dans l’espace avec des êtres venus d’ailleurs, est devenu un film culte grâce à une utilisation révolutionnaire de la musique électronique. Il a été restauré en 2009.