Le cinéma lituanien

  • Mis à jour : 28 mai

HISTOIRE DU CINEMA LITUANIEN

DEBUT DU CINEMA

Au début, tout a semblé se dérouler « normalement » en Lituanie : le 3 juillet 1897, l’invention des frères Lumière se trouve à Vilnius (alors dans l’Empire russe) pour une projection. Mais la trajectoire ne sera pas du tout rectiligne, loin de là.

PERIODE 1918 – 1940
La jeune nation lituanienne de l’entre-deux-guerres (1918-1940) ne vit pas se former une industrie du cinema, qui s’ébauchera seulement après-guerre, sous tutelle soviétique.

PERIODE POST GUERRE MONDIALE
Dans un premier temps, le «  Studio de cinéma lituanien » consiste avant tout à produire, comme ailleurs en URSS stalinienne, un réalisme socialiste plus ou moins coloré localement. Il existe toutefois un cinéma lituanien bien avant la proclamation de l’indépendance, le 11 mars 1990 – le frondeur État balte étant la toute première des républiques d’Union soviétique à s’affranchir de la tutelle de Moscou.

Le film le plus lointain temporellement et géographiquement est un film de Jonas Mekas, « Reminiscences of a Journey to Lithuania », tourné aux Etats-Unis, qui date de 1950, alors que le cinéaste vit déjà en exil sur le continent américain.

Mais c’est de son pays et de son enfance qu’il s’approche lorsqu’il prend la caméra pour la première fois. Celui qui deviendra une icône du cinéma américain indépendant et underground, n’oubliera jamais ses racines, son passé, et consacre à son pays d’origine ainsi qu’au motif de la mémoire et du temps qui passe l’essence de son cinéma. Trois de ses films restent en mémoire
- « Lost Lost Lost. » (1976) - Le journal filmé d’un poète en exil qui observe avec mélancolie la vie quotidienne et bouillonnante du New York des années cinquante.


- « As I Was Moving Ahead Occasionally I Saw Brief Glimpses of Beauty » (2001)


- « Lithuania and the Collapse of the USSR » (2008)

Les années 60- 70

L’émergence au cours des années 1960 d’un cinéma lituanien est considérée comme soudaine. Elle est portée par une génération dont de nombreux membres ont été formés au "VGIK" à Moscou avant de revenir « au pays » pour travailler au sein du studio national : Almantas Griškevičius, Raimondas Vabalas, Algirdas Dausa... Ces films se distinguent par leur visée poétique, le recours à la métaphore et au symbolisme dans des mises en scène amples et ambitieuses, virtuoses et lyriques, s’appuyant sur des commentaires sonores et musicaux sophistiqués.
- « Jausmai » (Feelings) - La seconde guerre mondiale est terminée. Widower Kasparas s’installe chez son frere Andrius qui vit de l’autre coté de la baie où l’occupation allemande est déjà terminée. Egne, l afemme de Andrius est encore amoureuse de Kasparas. Ses proches et un groupe de nationalistes lituaniens ont prévu de s’envoler vers la Suède. Egne persuade son mari qu’ils devraient partir tous ensemble., espérant ainsi reconquérir Kasparas une fois la traversée faite. Mais Kasparas opte pour un retour chez lui et Andris est arrêté par les gardes frontières. Neuf longues années se passent avant qu’ils retrouvent. .


- « Gražuolė  » (« The Beauty, Arūnas Žebriūnas », 1969) représentent bien cette veine qui fait aussi la part belle à l’introspection, comme s’il s’agissait de percer le secret des âmes.


- On retrouve ce sens de l’introspection dans « Sadūto Tūto » (1974), où Almantas Griškevičius interroge l’anticonformisme dans un contexte où il vaut mieux ne pas l’être. Le ton est aussi plus nonchalant, parfois franchement badin, prenant place dans une forme énergique et un montage dynamique.

Les années 1970 voient aussi surgir un film historique du cinéma lituanien : « Velnio nuotaka » (The Devil’s Bride, 1973). Une comédie musicale ayant pour sujet la victoire sur la tromperie amoureuse du Diable. Un petit démon Pinciukas est exclus de l’enfer et arrive au moulin de Baltaragis. En échange de l’âme du meunier et la ) promesse d’avoir sa fille Jurga comme épouse il aide le meunier dans son travail.

Arūnas Žebriūnas se trouve aux commandes de cette curieuse – euphémisme ! – comédie musicale bariolée aussi bien inspirée par le folklore que par les seventies « endiablées »

Les années pré et post indépendance

Alors que le vent du changement se précise à la fin des années 1980, le cinéma reçoit, logiquement, cet appel d’air. « Vaikai iš Amerikos viešbučio » (The Children from the Hotel America, 1990) de Raimundas Banionis fait à cet égard figure d’étendard.

En ancrant le récit en 1972 à Kaunas, il se réfère à l’immolation cette année-là et dans cette ville de Romas Kalanta, un geste sacrificiel de révolte comparable à celui de Jan Palach effectué à Prague en 1968. Considéré comme l’acte de naissance du cinéma indépendant (même s’il reste produit par le studio national), ce film met en scène une jeunesse rebelle dont les yeux et les oreilles sont dressés vers l’autre côté du rideau de fer.

Une dynamique cinématographique se noue donc à la fin des années 1980, avec le rôle central du Studija Kinema, structure de production indépendante fondée en 1989.

La forme documentaire y tient une place importante :
-  « Earth of the Blind, Antigravitation » de Audrius Stonys _ La collision douce de séquences indépendantes les unes des autres, mais qui parviennent à créer de toutes pièces une conversation métaphysique au-delà des mots.
- « Ten Minutes Before the Flight of Icarus » de Arūnas Matelis _ Manifeste de la génération des réalisteurs post-soviétiques qui rejetaient l’ approche
déclarative et simpliste qui les plongeait dans une silencieuse obsevation de la réalité.

« In the Memory of a Day Gone By » de Sharunas Bartas _ The film is a day in the life that passes by, even if it seems neverending..

S’avançant comme des méditations sur la condition humaine, ces films marquent par leur somptueuse plasticité ; on est aussi frappé par le mutisme, par la fragilité des êtres filmés (aveugles, marginaux, handicapés), leur présence au monde singulière et poétique.

Fondateur du Studija Kinema, Bartas est le représentant le plus identifié de cette génération, en raison de la reconnaissance festivalière et critique dont il jouit depuis les années 1990.
De « Trois jours (Trys dienos) » (1991) _ Deux jeunes gens quittent leur village lituanien pour se rendre à Kaliningrad. Ils y rencontrent deux jeunes femmes russes, dont l’une est liée à un homme ivre. Pendant trois jours, ils errent dans la ville, à la recherche d’un endroit pour dormir, tentent d’ébaucher des relations. L’un d’eux se fait dévaliser par trois voyous. Un couple se forme entre l’autre jeune homme et l’une des jeunes femmes

jusqu’à « Frost (2017) » _ Rokas et Inga, un couple de jeunes lituaniens, conduisent un van d’aide humanitaire depuis Villnius jusqu’en Ukraine. Au fur et à mesure de leur voyage au gré des rencontres, ils se retrouvent livrés à eux-mêmes, traversant les vastes terres enneigées de la région de Donbass, à la dérive entre des vies déchirées et les débris de combats. En s’approchant de la ligne de front, ils se découvrent l’un l’autre et appréhendent peu à peu la vie en temps de guerre

en passant notamment par « Corridor (Koridorius) » (1995) _ The atmosphere of a corridor between yesterday and tomorrow, where many doors open into the unknown.

Sharunas Bartas tisse avec exigence une œuvre magnétique qui fait dialoguer visages et paysages. Représentant d’une veine cinématographique qui ne (se) met pas en mot, Bartas travaille en laborantin, avec une foi immense, à l’agencement des images et des sons – il est assurément l’un des grands cinéastes sonores, ayant inspiré par exemple l’Ukrainien « Sergei Loznitsa. »

Les productions lituaniennes les plus récentes suivent des voies multiples – peu de choses communes, par exemple, entre « Together for Ever » de Lina Lužytė (2016) _ A riveting drama of one family’s struggles and challenges,

et « The Summer of Sangaile » de Alantė Kavaitė, (2015) _ Une jeunefemme lituanienne s’exerce au pouvoir d’oublier un amour

Si le premier formule un diagnostic social à travers la sphère familiale, le second reste profondément marqué par une forme et un imaginaire poétique, dont la vision et l’écoute offrent des expériences sensorielles.

L’INDUSTRIE DU CINEMA

Situation du Cinéma Lituanien

Création du Centre national du cinéma et ses effets

Les réalisateurs lituaniens étaient principalement touchés par des budgets restreints. Sharunas Bartas avouait que même lui a dû, en raison d’un manque drastique de financement, coproduire ses films avec d’autres réalisateurs étrangers. Son film, « Eastern Drift », avait ainsi été coproduit avec la Russie et la France..

Malgré le dynamisme créatif des producteurs lituaniens, leurs œuvres sont malheureusement plus souvent connues à l’étranger que dans leur pays.
Avant 2012,de nombreux acteurs de l’industrie du cinéma restaient profondément inquiets quant à la situation lituanienne, déplorant le manque de politiques publiques claires vis-à-vis de la création de films et de la protection du patrimoine cinématographique. En 2007, le ministre lituanien de la Culture avait annoncé la création d’un Centre national du cinéma avec pour modèle des institutions similaires présentes dans les pays voisins. Le Centre aurait été alors en charge d’une politique encadrant la production et la diffusion nationale et aurait assuré la distribution de fonds et de subventions de l’État pour les réalisateurs. Ramunas Skikas, directeur des Studios de cinéma lituaniens ("Lithuanian Film Studios"), avait déclaré en 2010 qu’une telle institution centralisée et qui couvrirait l’ensemble de l’industrie cinématographique lituanienne était absolument nécessaire.

Le 18 avril 2012, le Gouvernement de la République de Lituanie adopte une résolution au titre de laquelle il a approuvé la création du Centre lituanien pour le cinéma, sous les auspices du Ministère de la Culture. Il a pour principal objectif d’élaborer une politique en matière de cinéma national qui soit efficace et qui encourage le développement et la compétitivité sur le long terme du secteur cinématographique lituanien.

Les effets se font immédiatement sentir

En 2013, l’industrie du cinéma lituanienne enregistrait une belle croissance en 2013. Dans un contexte de progression globale des entrées (3 256 995 spectateurs étaient allés au cinéma en 2013, soit 236 663 de plus que l’année précédente), le cinéma local avait obtenu la deuxième part de marché après les films américains, soit 16,49%. Sur les 13 142 652 euros de recettes réalisés en tout, plus de 2 millions sont venus des productions lituaniennes.

En 2017, Le Centre du cinéma lituanien a investi un total de 811 701 € dans 21 projets cinématographiques. De cette somme remarquable, 770 701 € serviront à stimuler la production cinématographique. Cinq films consacrés au 100e anniversaire de l’État de Lituanie se sont taillé la part du lion. Avec 70 000 euros, le plus gros morceau revient à « Tumas’s Codex » d’Eimantas Belickas — un projet documentaire sur l’écrivain lituanien Juozas Tumas-Valžgantas. Un autre projet de documentaire biographique, « Rūta » de Ronaldas Buožis et Rokas Darulis, sur la nageuse olympique lituanienne Rūta Meilutytė, a reçu 35 000 €.

La plupart des projets ayant bénéficié de cette aide financière sont des courts-métrages documentaires et de fiction de jeunes réalisateurs comm :
- « The Last Bell » de Gabrielė Urbonaitė,
-  « Golden Minutes » de Saulius Baradinskas _ Driven to the edge by a huge debt and his impending divorce, a poetic accountant decides to kill himself but is rescued by a heart attack.
- « When the Lights Go Out » de Jonas Trukanas.

Un court-métrage d’animation, « The Juggler » de Skirmanta Jakaitė, a également reçu un financement. Le reste du financement dédié à la production a été attribué « Sniper » (15 000 €, premier court-métrage), Mudu abudu d’Elena Kairytė (20 000 €, court-métrage documentaire), The Nest de Ričardas Matačius (10 705 €, court-métrage), Iš kur tas švytėjimas ? d’Agnė Marcinkevičiūtė (20 000 €, court-métrage), Juodas vaikas de Laurynas Bareiša (25 040 €, court-métrage), Tumo kodeksas d’Eimantas Belickas (70 000 €, documentaire), Išeiti iš namų de Miglė Satkauskaitė (30 000 €, court-métrage documentaire), Grybų karas d’Antanas Skučas (3 820 €, court-métrage d’animation) et Žvalgai d’Andrius Bartkus (14 891 €, court-métrage).

Cinq projets de préproduction, dont deux projets de fictions, ont reçu les 61 000 € restants : Antigonė (15 000 €, long-métrage de fiction), Vaikas su garantija (10 000 €, long-métrage de fiction), Broliai (9 000 €, documentaire), Senas šautuvas (7 000 €, court-métrage), et Matilda d’Ignas Meilūnas (20 000 €, court-métrage d’animation).

Incitations financières et abattement fiscaux

L’autre point important mis en avant par les acteurs de l’industrie du cinéma lituanien etait la nécessité de proposer des allégements fiscaux pour les réalisateurs étrangers souhaitant travailler en Lituanie. D’après Ramunas Skikas, sans diminution des taxes, le pays n’a aucune chance face à la concurrence croissante des autres pays d’Europe centrale et orientale, dont son voisin la Lettonie. D’autant plus que la majorité d’entre eux ont mis en place diverses incitations fiscales pour les cinéastes étrangers. Ramunas Skikas en déduit, de manière pessimiste, que sans l’adoption rapide de réductions fiscales, la création de films lituaniens va stagner au niveau de 2 à 3 films produits par an. D’autres, également en faveur de la diminution des taxes, espèrent que le Centre national du cinéma, une fois créé, pourrait gérer ces allégements fiscaux à l’échelle nationale.

La Fondation lituanienne pour le cinéma

En 2015, l’Association lituanienne des producteurs et des auteurs de l’audiovisuel (AVAKA) lance un projet intitulé « La Fondation lituanienne pour le cinéma ». Ce programme est partiellement financé par le ministère lituanien de la Culture. Les droits perçus pour la reproduction d’œuvres audiovisuelles (copie) à usage privé (taxes universelles appliquées sur les matériels, supports de stockage etc.), introduits en 2012 (voir IRIS 2012-4/32), constituent 25 % du financement.
Ce projet vise à publier une application mobile permettant aux téléspectateurs de regarder des films faisant partie du patrimoine cinématographique lituanien sur leurs tablettes et leurs smartphones. La base de données contient actuellement une collection de plus d’une centaine de films lituaniens classiques créés entre 1957 et 1981 par plus de 108 réalisateurs. Tous ces films ont été tournés dans les Studios cinématographiques lituaniens. L’application est accessible sur les appareils Android et iOS au moyen d’une application appelée KINO FONDAS. Tous les films disponibles peuvent être visionnés gratuitement, mais leur téléchargement est impossible.
Le programme vise à proposer les classiques du cinéma, mais aussi des films lituaniens plus récents. Les nouveaux réalisateurs lituaniens sont invités à diffuser leurs films sur cette application. L’objectif est de développer l’application sous la forme d’une plateforme permettant aux cinéastes lituaniens de présenter leurs œuvres audiovisuelles. Grâce à ce projet, les classiques du cinéma ne seront pas oubliés et resteront accessibles pour des publics différents.

Coopération internationale

La Ministre de la Culture et de la Communication, Fleur Pellerin et son homologue lituanien Šarūnas Birutis signent le 29 juin 2016 un accord de coproduction internationale. Cet acord permet aux films réalisés dans le cadre de cet accord d’obtenir la double nationalité et d’accéder ainsi aux dispositifs de soutien des deux pays concernés, ce qui constitue un fort incitatif à une collaboration entre leurs professionnels respectifs.

Cinq projets de coproductions minoritaires font partie des projets sélectionnés en 2017 . Outre les films réalisés avec des partenaires tels que la France, l’Italie et la Russie, de nouvelles collaborations sont envisagées avec des pays tels que la Géorgie et Chypre. Le projet géorgien Namme de Zaza Khalvashi parle d’une famille et d’une communauté de la région montagneuse de Géorgie, tandis que Chypre propose un projet d’animation 3D, Dragon Recepies de Maria Pavlou, sur la relation d’amitié entre une sorcière et le dragon qu’elle a créé.