Le Cinéma zambien

  • Mis à jour : 7 février

CINEMA ZAMBIEN

La révélation de Cannes 2017, le film zambien de Rungano Nyoni « I Am Not a Witch », nous a donné envie d’investiguer le cinéma zambien. N’ayant que peu d’informations sur ce cinéma, il nous a fallu consulter plusieurs articles avant d’en arriver au chef d’oeuvre de Rungano Nyoni

Le cinéma missionnaire

En 1880, La Société des Missions Evangéliques de Paris installe ses premières missions dans la région du Zambèze. François Coillard premier missionnaire à s’équiper d’un appareil photographique entreprend de documenter visuellement son environnement. Après le décès de Coillard en 1904, l’œuvre est poursuivie par d’autres pasteurs. A la fin ds années 1930, la Mission du Zambèze est la première mission à être filmée.

En 1939, le pasteur Etienne Berger rapporte en Europe, plusieurs bobines de 16mm, tournées avec le missionnaire Robert Forget. Ces films sont en noir et blanc et muets, avec des insertions de textes qui servent à annoncer des situations non transcrites par l’image. Au nombre de cinq, il forme une série nommée « Sur les rives du Zambèze » :

  • L’œuvre missionnaire au Zambèze : 1ère partie, par Étienne Berger, Robert Forget
  • L’œuvre missionnaire au Zambèze : 2ème partie, par Étienne Berger, Robert Forget
  • Paganisme Zambézien, par Étienne Berger, Robert Forget
  • Royautés zambéziennes, par Étienne Berger, Robert Forget
    Le Zambèze et ses habitants, par Étienne Berger, Robert Forget

En 1959 , M. Freiburghaus qui a passé 10 ans de sa vie comme missionnaire au Zambèze ramène le film « Le Bulozi », témoignage unique de la vie missionnaire de cette époque. Le film est divisé en 4 parties. La première évoque le voyage depuis la France jusqu’au Zambèze (trajet en cargo, escales dans les ports africains, voyage en train, traversées de villes). La deuxième partie décrit le pays du Zambèze et le mode de vie de ses habitants (le fleuve et la plaine, les Lozi, les inondations, les troupeaux de bovins, la vie quotidienne des habitants, séance d’exorcisme dans un village, la fête du "Kwomboka"). La troisième partie s’attarde sur la mission au Zambèze (historique, cérémonie pour la présentation de la Bible en lozi, grande fête d’église annuelle avec baptême dit fêtes des Mazauli, visite du directeur de la SMEP et conférence missionnaire). Enfin la dernière partie est consacrée aux différentes écoles et à leurs travaux (élèves, internat des garçons à Sesheke, internat des filles à Senanga, école pour aveugles, briqueterie, école professionnelle de Senanga, construction de l’hôpital de Senanga + inauguration, construction de l’église de Senanga, inauguration d’une autre église)
Pour visionner le fim

LA PRODICTION ZAMBIENNE

La production cinématographique de la Zambie reste très modeste, mais la première édition du Festival international du film de Zambie s’est déroulée à Lusaka en 2006. Lusaka possède aujourd’hui un cinéma multiplexe, installé dans un centre commercial construit en 2004 et doté de cinq salles.

De plus, « Mystic Pictures » est une compagnie zambienne de film et membre de la commission du film du Cap en Afrique du Sud. Cette compagnie travaille avec différentes équipes de films et télévision à travers le monde. La maison de production est affigée avec le Conseil national des arts de la Zambie et les membres sont accrédités par les services nationaux d’information zambienne.

LA REVELATION DE CANNES 2017

« I Am Not a Witch », film zambien très remarqué au festival de Cannes, raconte comment une orpheline accusée de faits abracadabrants se retrouve internée. Une belle claque aux peurs ancestrales.

Des touristes européens (et africains) derrière une grille demandent à prendre en photo des femmes au visage peinturluré de blanc : nous sommes à l’entrée d’un camp de sorcières, et ce relent de zoo humain ouvre le premier film très original de Rungano Nyoni. Des sorcières parquées, « cela existe surtout au Ghana, explique la cinéaste zambienne, c’est encadré par le gouvernement depuis plus de cent ans. En Zambie, où l’État laisse beaucoup de pouvoir aux chefs locaux, c’est surtout en zone rurale qu’on peut en trouver : l’un de ces chefs fait même travailler des “sorcières” dans son palais… ».

Presque toujours des femmes, vite accusées de sorcellerie par une belle-famille qui veut récupérer la part d’une veuve, ou par un gendre trop heureux de se débarrasser ainsi de sa belle-mère ! « Pour moi, ce film est un conte de fées, j’ai mixé des faits réels et de la fiction », ajoute Rungano Nyoni. Elle a choisi de se concentrer sur une petite fille d’à peine 9 ans, abandonnée et mutique, arrivée dans un village où sa présence effraie les femmes qui vont chercher de l’eau au puits.
S’ensuit une enquête et un procès expéditifs mais plutôt cocasses (le comédien qui incarne le représentant du « ministère du Tourisme et des Croyances traditionnelles » est très drôle). Baptisée Shula (« la déracinée ») par les femmes de ce camp de travaux forcés, elle se retrouve comme elles attachée par un long ruban blanc relié à une énorme bobine installée sur un camion orange… pour ne pas s’envoler.
Visuellement, au milieu de la savane zambienne, l’effet est très réussi, et pour la cinéaste, « la situation est tellement absurde que le film va vers l’absurde… ». Le ton n’est pourtant pas si léger, plusieurs scènes montrent le poids des superstitions aujourd’hui, jusque sur le parking d’un supermarché. Et la petite fille au cœur du film est magnétique.