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Le Nanar du mois de Janvier 2018 : Young Rebel

  • Mis à jour : 31 décembre 2017

Cette année va démarrer sur les chapeaux de roues. La réplique a une nouvelle équipe ... en marche. On va voir ce qu’on va voir. Pour illustrer cet élan, rien de tel qu’unNanar dans la catégorie "Action Pure et Dure".

Notre choix s’est arrêté sur le film « Young Rebel » parce que l’année est placée sous le signe de la jeunesse et que l’on nous dit que plus rien ne saura comme avant, que tout va changer, bref une "Rebel Attitude"

LE FILM
Année : 1992
Pays : Etats-Unis
Genre : Dans la ligne d’Amir (Catégorie : Pur et dur)
Durée : 1H28
Acteurs principaux : Robert Z’Dar, Alexander Virdon, Chris, Delia Shepard, Aldo Ray

LE REALISATEUR AMIR SHERVAN

« Young Rebels » est excentrique, mais il est aussi très rare. Pas de note ni de casting précis, aucune autre critique sur le net, ce film est un fantôme. Pourtant, il y a des personnes, des collectionneurs, des fous, le cherchent, le désirent, le fantasment. Pourquoi ? Parce que « Young Rebels » est un film d’Amir Shervan, qui est le demi-dieu iranien responsable de "Samuraï Cop", 19ème film du Top 25 de Nanarland .

Malgré cette réussite éclatante, on sait peu de choses de la vie et de l’œuvre d’Amir Shervan. D’après IMDB, il a réalisé 5 films en Iran, le dernier datant de 1980. Si ces films sont comparables à ceux de sa période américaine, on peut non seulement être curieux, mais aussi compréhensif quant aux raisons de son exil : pas sûr que la police religieuse ait apprécié son travail.

Amir Shervan réapparaît ensuite aux Etats-Unis, le temps de réaliser cinq films : "Hollywood Cop", dont la bande-annonce est visible en ces lieux, le célèbre "Samuraï Cop", et trois vilains petits canards : "Killing American Style", "Gypsy" et "Young Rebels". De par son simple statut de film quasi-introuvable, « Young Rebels » mérite d’être sauvé de l’oubli via ce site. Pourtant, au moment de regarder l’œuvre, le doute s’insinue, tel un ninja trafiquant de baguettes de pain frelatées : et si ce film tant espéré était le plus amer des « On s’est fait avoir ? » Et bien je vous rassure, il n’en est rien : "Young Rebels" est même la preuve qu’Amir Shervan était un auteur, un vrai. Un esthète, un chercheur, un savant fou du film d’action minable. Ce film possède bien la signature qui nous avait tant plu dans "Samuraï Cop".

L’HISTOIRE

Pour commencer, mettons en place les jalons de l’histoire : le jeune rebelle dont on parle ici ne l’est pas sans cause. Il est là pour venger son frère, tué par des trafiquants de drogue. (NDLR _ Euh ! Les pauvres et les syndicalistes auraient-ils fait du mal à un membre de la famille de notre « Jeune Rebelle » à nous.?). L’histoire complexe de Young Rebels est l’occasion pour Amir Shervan de revisiter ses thématiques propres :
- La compétition de louse entre héros et méchants.
- Les scènes d’actions les plus minables dans les lieux les plus tristes.
- L’érotisme délicat et raffiné du string léopard à pompon.

FESTIVAL DE LOUSE

Si "Flic ou Ninja" est le film de l’escalade dans la violence, "Young Rebels" est celui de l’escalade dans la louse. Cette divinité obscure est la mauvaise conseillère qui fait basculer la vie de tous, bons comme méchants :

  • Elle commence par manipuler le bad guy incarné par Robert Z’Dar, qui foire en beauté une banale transaction de stupéfiants, incapable de se montrer à la hauteur d’une fusillade qu’il a pourtant initiée et qui lui coûte au final sa mallette pleine de pesos.
  • Elle prend ensuite notre héros dans ses rets, en l’empêchant de trouver son compte dans un deal pourtant équilibré : grevé de dettes auprès de la pègre (louse) suite à des paris perdus (double louse), il se voit proposer par le père de Robert Z’Dar, chef mafieux et patron du BTP aux méthodes de négociations syndicales expéditives, d’effacer son ardoise en transportant en hélicoptère une mallette vers le Mexique. Mais n’étant pas lui-même pilote, il doit se tourner vers son frère (triple louse piquée).
    Alors qu’ils ont débuté le transfert, nos deux frangins deviennent soudainement suspicieux : n’est-il pas louche de tenter d’échapper aux frais de douane, surtout lorsque le commanditaire est un baron de la drogue ? Du coup, ils s’enfuient (louse des méchants), deviennent suspects auprès de la police corrompue (louse des gentils), sont pris en chasse par la mafia qui du coup ne récupère pas sa drogue (deuxième mallette perdue depuis le début du film : boggie-woogie de louse), mafia auprès de laquelle ils sont toujours autant endettés (solde sur la louse à tous les étages). Vous l’aurez compris, la déesse Louse se rit de la faiblesse des hommes, et le spectateur avec elle.

Nos deux héros et leurs têtes de gagnants.

DES SCENES D’ACTION MINABLES

Ce récit détaillé ne correspond qu’au début de ce film riche en coups fourrés et échecs critiques. Gentils comme méchants, personne n’est à l’abri de l’absurde mort. Dans le monde d’Amir Shervan, on n’hésite pas à se sacrifier sans remords pour les autres, et tant pis si on doit se faire couper les "précieuses" à la tronçonneuse (ça a pourtant l’air de faire mal). Ironie du sort, ces actes de bravoure sont doublement inutiles : vos adversaires n’en seront qu’à peine ralentis, tandis que vos proches ne vous pleureront même pas. Frère ou fils, la mort n’émeut personne. On n’en parle même pas. Ce n’est plus du dépassement de la douleur, c’est ne même pas se rendre compte que l’on souffre.
Si l’on ajoute à cette hécatombe pour des prunes d’énormes trous scénaristiques (par exemple une fille kidnappée qui ne sera jamais libérée) et une conclusion en bois d’arbre, on ne peut qu’admirer la science du script foireux de l’Iranien fou, capable de transformer un banal Hollywood Night en monument érigé au culte du no reason.

Incroyable mais vrai, même de dos et à bout portant, notre héros ne sera pas tué par la balle du sbire.

Tout cela ne serait pas si important, si l’on a en contrepartie des scènes d’action qui « assurent le steak ». Ami vidéophage, répondrais-je, tu risques d’être déçu, dans tous les sens du terme. De spectacle à la John Woo tu ne trouveras point, mais ça, honnêtement, tu t’en doutais un peu. De spectacle à la "Samuraï Cop", telle cette scène de sabre en forme d’hommage au ballet des hippopotames de "Fantasia", tu ne trouveras pas non plus. Conscient de l’inefficacité d’un héros à peine bon à tabasser des octogénaires impotents, Amir Shervan lui a adjoint deux sidekicks aussi multi-ethniques que vaillants, dont Tadashi Yamashita, le méchant Black Star Ninja de "American Warrior", qui, à 50 ans, assure encore pas mal. Heureusement pour nous, leurs efforts martiaux ne seront pas franchement récompensés, notre idole iranienne ayant du mal à placer correctement sa caméra. En clair, chaque coup de poing et pied arrive deux mètres à côté, et cela se voit.

Les fusillades sont quant à elles aussi statiques que pétaradantes. Au bruit, on croirait les protagonistes armés de bombes atomiques. Pour autant, il doit s’agir de vieux fusils rouillés et tordus, tant aucun tir ne trouve sa cible. Un spectacle qui, sans être incroyablement nanar, s’avère suffisamment étrange pour interloquer le nanardeur attentif aux détails.


...car il y a toujours un ami moustachu pour casser l’ambiance.

LE POINT DE VUE DE NANARLAND

« Young Rebels » n’est peut-être pas le nouveau chef-d’œuvre de Nanarland. Il n’est pas rempli de répliques cultes ni de scènes d’actions dingues. Mais il propose un spectacle de qualité pour tout esthète du nanar : par sa louse érigée en Art, tant au niveau de l’action que du sexe, par sa pauvreté ostentatoire, il se pose comme une alternative discount crédible aux films déjà peu coûteux d’Andy Sidaris. Comme si, au lieu d’être un film philippin tentant de se faire passer pour un film américain, il était le premier film américain à se faire passer pour un film philippin. Cette tiers-mondialisation du produit est peut-être le legs le plus précieux qu’Amir Shervan nous ait laissé : le regard d’un exilé désabusé sur le pays des grosses voitures et des grosses poitrines.