Le cinéma mexicain

  • Mis à jour : 5 mars 2014

CINEMA MEXICAIN

Le cinéma mexicain l’un des plus développé d’Amérique latine. Son histoire remonte au début du XXème siècle lorsque ses pionniers entreprirent de documenter les évènements de l’époque, notamment la révolution mexicaine.

La première fiction est due au réalisateur Salvador Toscano, pionnier du cinéma mexicain : « Don Juan Tenorio », en 1898.

Le premier film mexicain sonore est « Santa », réalisé en 1932 par Antonio Moreno à partir d’une histoire de Federico Gamboa. Il utilise un procédé inventé par les frères Rodríguez Ruelas.

L’époque de 1935 à 1958 est considérée comme l’âge d’or du cinéma mexicain.

Ref. Ciné- Club de Caen

Les débuts du cinéma mexicain


Les habitants de Mexico découvrent le Kinétoscope Edison le 17 janvier 1895 et le Cinématographe Lumière le 14 août 1896. Huit mois après la première projection publique des frères Lumière à Paris le 28 décembre 1895, les opérateurs Gabriel Veyre et Claude Ferdinand Von Bernard sont envoyés en Amérique latine pour y réaliser des prises de vue. Ils se présentent au président Porfirio Diaz le 6 août 1896 et entreprennent de le filmer avantageusement, notamment autour du château de Chapultepec.

Au total, Veyre et Von Bernard réalisent ensemble 36 courts métrages à Mexico, Veracruz, et Guadalajara. Parmi les films des deux français, celui intitulé « Un duelo a pistola en el bosque de Chapultepec » (Un duel au pistolet dans le bois de Chapultepec) a à cette époque un fort impact sur la population qui ne distingue pas encore la réalité de la fiction.

L ??année suivante sont tournées les premières bandes documentaires mexicaines, comme « Corrida entera de toros por la cuadrilla » de Bonciano Díaz et plusieurs opérateurs indépendants développent un cinéma inspiré de celui des frères Lumière. Les pionniers mexicains de cette époque sont Ignacio Aguirre, qui réalise la première production nationale en 1897 : « Riña de hombres en el zócalo »  ; Salvador Toscano, à qui l’on doit la première fiction en 1898 : « Don Juan Tenorio »  ; Guillermo Becerril à partir de 1899 ;

En 1906 Salvador Toscano réalise un véritable reportage, « Viaje a Yucatán » , sur un voyage officiel de Diáz. Enrique Rosas, réalise le premier long métrage avec le documentaire « Fiestas presidenciales en Mérida » en 1906.

Les frères Alva réalisent la première comédie mexicaine recensée « El Aniversario del Fallecimiento de la Suegra de Enhart ».

Le temps du muet (1896-1929)

Avec des films comme « Le Président prenant congé de ses ministres » (1896), « Le Président en promenade » (1896) et « Arrivée du Président dans son palais dans le château de Chapultepec accompagné de ses ministres » (1897), Porfirio Díaz devint la première star du cinéma mexicain. Exerçant le contrôle sur le contenu des vues Lumière, le gouvernement de Díaz impulsa fortement la production et l ??exploitation cinématographiques. En 1897, commencèrent les premières productions filmiques mexicaines. Un an plus tard, la pellicule fut commercialisée dans le pays.

En 1906, plusieurs salles s ??ouvrent dans le pays et bientôt un studio est créé à Mexico, qui produit de nombreux documentaires et les premiers longs métrages comiques, « El San Lunes del valedor » (1907), de Manuel Noriega, et « Aventuras de Tip Top en Chapultepec » (1907) de Felipe de Jesús Haro. Les évocations historiques sont aussi très prisées et « Le cri de Dolores (el Grito de Dolores, 1907) » de Jesús Haro, évocation de la lutte pour l ??indépendance en 1810, fait même l ??objet de projections obligatoires le jour de la fête de l ??Indépendance sous le régime de Diáz.

En septembre 1910, plusieurs opérateurs se disputèrent la couverture des fêtes du Centenaire de l ??Indépendance. Deux mois plus tard, lorsque la Révolution mexicaine éclata, de nombreux cinéastes, venus notamment des  ?tats-Unis, changèrent de point de vue et commencèrent à s ??intéresser aux personnages qui menaient la lutte armée contre le gouvernement du dictateur.

Pancho Villa, ancien bandit qui commandait la División del Norte, dans le Nord du pays, signa un contrat de 25 000 dollars avec la société de production américaine Mutual Film Corporation, permettant à celle-ci de filmer dans de conditions optimales pour l ??opérateur les affrontements qu ??il commandait. Il accorda également l ??autorisation, dans la mesure du possible, de refaire les batailles dans lesquelles les images n ??auraient pas satisfait les cinéastes. Pancho Villa devint ainsi le premier héros de l ??histoire du cinéma mexicain. Par ailleurs, l ??image du révolutionnaire  ?? avec le grand chapeau, la moustache et le cheval  ?? fut exportée dans le monde entier.

Le Cinéma parlant

 ? l ??arrivée du parlant, le cinéma hollywoodien a le contrôle du marché. En réaction mais avec un succès limité, un cinéma national conventionnel (histoire, traditions, paysages) a pu esquisser à grands traits ce qu ??on appellera le « mexicanisme » cinématographique.

 ? partir de 1929, sur fond de violences et de guerres civiles, le cinéma parlant fait son entrée par le nord sur la scène mexicaine. C ??est le cinéma « hispano » des studios américains.

Les Mexicains font plusieurs tentatives pour créer un cinéma parlant national. Un petit groupe d ??exploitants et de journalistes décide d ??exploiter un brevet de son optique direct déposé par des ingénieurs mexicains, pour produire une oeuvre nationale adaptée d ??un roman de Federico Ganboe, déjà portée à l ??écran en 1918 par Luis G. Peredo. Sorti en pleine campagne pour la consommation des produits nationaux, « Santa » (Sainte, 1931), d ??Antonio Moreno, mêlant conventions mélodramatiques et musique romantique, est un succès.

En 1933, le cinéma mexicain, avec vingt et un films, domine le marché de langue espagnole. « El Compadre Mendoza », de Fernando de Fuentes, est le film le plus important par son thème révolutionnaire et son style personnel. Avec l ??aide de l ?? ?tat, le cinéma s ??impose peu à peu au public latino-américain, surtout avec « Alla en el Rancho Grande » (1936) de Fernando de Fuentes.

Dans les années 1930, de nombreux artistes et intellectuels se retrouvaient au sein du Parti Communiste Mexicain. C ??est dans ce contexte que le cinéaste soviétique Sergueï M. Eisenstein fut accueilli au Mexique, accompagné de son assistant Grigori Alexandrov et du chef opérateur  ?douard Tissé. « Que viva Mexico ! » (1931) d ??Eisenstein, réalisé au Mexique, marque fortement les cinéastes mexicains par sa description graphique et épurée du paysage et de la beauté indienne, sa mise en valeur du folklore local et son analyse sociale et politique. On retrouve clairement son influence dans « Main dans la main  » (Mano a mano, 1932), réalisé par l ??émigré russe Arcady Boytler.

Dans une tout autre optique, Hollywood réalise pendant quelques années des films « hispanos », c ??est-à-dire tournés en langue espagnole et destinés à l ??exportation. Cet épisode hollywoodien permet l ??émergence d ??acteurs populaires, comme Dolores del Rio, Ramón Novarro, Lupe Velez, Rosita Moreno ou l ??ancien matador Gilbert Roland.

L ?? ?ge d ??or

De 1931 à 1933, la production mexicaine annuelle passe de deux films à une vingtaine de longs métrages. Le mélodrame « lupanaresque », où le personnage central de la prostituée conserve, envers et contre tout, un coeur d ??or, fleurit avec « La femme du port (la Mujer del puerto, 1933) » d ??Arcady Boytler

ou « La tâche de sang (la Mancha de sangre, 1937) » d ??Adolfo Best Maugard

Après l ??élection du nationaliste Láraro Cárdenas, le secrétariat à l ?? ?ducation publique produit un film social, les « Révoltés d ??Alvarado » (Redes, 1934) de Fred Zinnemann - futur réalisateur du "Train sifflera trois fois" (High Noon, 1952), à Hollywood - et Emilio Gómez Muriel, photographié par le documentariste social américain Paul Strand.

Mais le grand réalisateur de cette période est Fernando de Fuentes, qui se fait remarquer par des films lucides sur la révolution mexicaine, comme « El compadre Mendoza » (1933)

ou « Vámonos con Pancho Villa ! (1935) », et connaît un immense succès commercial dans toute l ??Amérique latine avec « Allá en el Rancho Grande (1936) ». Ce film inaugure la tradition de la comédie ranchera (paysanne), teintée de machisme et de mélodrame familial sur fond d ??haciendas idylliques. La version musicale de ce genre, fondé sur la canción ranchera (chanson de vachers), connaît également de beaux jours.

La Seconde Guerre mondiale profite au cinéma mexicain qui approvisionne l ??important marché hispanophone délaissé par les puissances combattantes. En 1945, le Mexique produit plus de quatre-vingts films. C ??est alors que commence « l ??âge d ??or » du cinéma mexicain.

Les années cinquante maintiennent la production à un haut niveau quantitatif (une centaine de films par an) mais la qualité s ??affaiblit considérablement face à la domination des Américains qui contrôlent 80 p. 100 des salles.  ? travers la Banque nationale cinématographique, créée en 1941, l ?? ?tat rachète ces salles ainsi que la majorité des studios et laboratoires sans pourtant parvenir à améliorer le contenu des films.

Cependant, l ??Espagnol Luis Buñuel réalise une série d ??oeuvres aussi remarquables que sulfureuses, détournant les clichés du mélodrame, de « Gran Casino » (1946)

à « l ??Ange exterminateur » (el Ángel exterminador, 1962) en passant par « Susana la perverse » (Susana, demonio y carne, 1950), « Los Olvidados » (1950), « Tourments » (El, 1952), « Les Hauts de Hurlevent « (Abismos de pasión, 1953), « la Vie criminelle d ??Archibald de la Cruz » (Ensayo de un crimen, 1955) et « Nazarin » (1958). Certains de ses films, présentés à Cannes, rappellent au monde l ??existence d ??un grand cinéma mexicain. . D ??origine espagnole, d ??abord acteur et scénariste, Luis Alcoriza se situe également très au-dessus de ses collègues avec des films mordants et chaleureux, prenant en compte la réalité sociale et culturelle mexicaine, « Tlayucan » (1961),

Pêcheurs de requins (Tiburoneros, 1963) et « Toujours plus loin » (Tarahumara, 1964).

L ??autre grand homme de cette période, qui sera longtemps le symbole même du cinéma mexicain pour le public du monde entier, est Emilio Fernández, dit « el Indio » (l ??Indien) en raison de ses origines. Il est très fortement marqué par Eisenstein, mais aussi par le « muralisme », qui puise ses sources dans l ??art précolombien et vise à un art « monumental, héroïque, humain et populaire », et l ??« indigénisme », une ferme volonté d ??exprimer la réalité culturelle du Mexique.

En 1934, il a joué le premier rôle du très « indigéniste » « Janitzio », de Carlos Navarro, influencé par l ??esthétique d ??Eisenstein et celle de Robert Flaherty. Le titre de son second film comme réalisateur, « Je suis purement mexicain (Soy puro mexicano, 1942) », énonce le propos central de la quarantaine de films qu ??il réalisera jusque en 1976. S ??y mêlent une sensibilité populaire qui lui fait choisir des thèmes mélodramatiques avec couples déchirés, mères et prostituées sacrifiées, et le style photographique et plastique très élaboré de l ??opérateur Gabriel Figueroa, qui touche parfois au hiératisme. Parmi ses films, citons « L ??ouragan », (Flor Silvestre, 1943), « María Candelaria » (1943), deux fois primé à Cannes en 1946, « Les abandonnées » (las Abandonadas, 1944), « La perle » (la Perla, 1945), « Enamorada » (1946). Son succès décline à partir de l ??échec du « File » (la Red, 1953), resté célèbre pour son symbolisme érotique audacieux. Il poursuivra sa carrière comme acteur.

C ??est un véritable star-system mexicain qui se constitue, avec des vedettes comme María Félix, qui débute en 1942 dans « El peñón de las ánimas » de Miguel Zacarías,

puis collabore avec Emilio Fernández, connaît son meilleur rôle dans « Doña Bárbara » (1943) de Fernando de Fuentes, et que l ??on retrouve plus tard dans un film de Luis Buñuel, « La fièvre monte à El Pao » (1959) et dans « French Cancan » (1954) de Jean Renoir.

L ??héroïne d ?? « Ouragan » et de « María Candelaria », Dolores del Rio, a déjà en 1943 une importante carrière hollywoodienne derrière elle, jouant la Latine, l ??Indienne, la Polynésienne et la Brésilienne. Elle anime de sa silhouette sensuelle et sophistiquée aussi bien les films mexicains de Roberto Gavaldón (« Double destinée » ?? « la Otra », 1946) d ??Alejandro Galindo (Doña perfecta, 1950) et d ??Ismael Rodriguez (« la Cucaracha, » 1956) que ceux de John Ford comme « Dieu est mort » (1947) et « Les Cheyennes » (1966).

Le beau moustachu Pedro Armendáriz est la plus importante vedette mexicaine, travaillant fréquemment avec Fernández et collaborant avec John Ford pour « Dieu est mort » (The Fugitive, 1947), « le Fils du désert » (Three Godfathers, 1948) et le « Massacre de Fort-Apache » (Fort Apache, 1947).

Il faut encore citer Katy Jurado (« Nosotros los pobres », 1947, d ??[[Ismael Rodriguez) qui fera ensuite carrière à Hollywood dans des rôles de Mexicaine ou d ??Indienne, avant de revenir au Mexique jouer dans les films du Chilien Miguel Littin comme le « Recours de la méthode » (Viva el Presidente, 1978), Pedro Infante, interprète privilégié d ??Ismael Rodriguez (los Tres García, 1946), Fernando Soler, Silvia Pinal, et Arturo de Córdova.

Mise à part la comédie ranchera, musicale ou non, la comédie burlesque est dominée par deux figures. Le plus populaire, et internationalement connu à cause d ??une carrière hollywoodienne, des acteurs comiques mexicains est Mario Moreno Reyes, dit Cantinflas, qui crée un personnage de paria urbain et marginal, le peladito (« el Gendarme desconocido », 1941, de Miguel Delgado). Garmán Valdés incarne quant à lui Tin Tan, le pachuco mexicano-américain arborant des costumes extravagants dans « Tendres Courge »s (Calabacitas tiernas, 1948) de Gilberto Martínez Soares.

Parmi les réalisateurs, Roberto Gavaldón est durant les années cinquante le maître incontesté du mélodrame rural (« la Barraca », 1944, et « la Escondida », 1955) tandis qu ??Alejandro Gajindo propose une vision du mélodrame proche des films noirs produits par la Warner dans les années trente, de « Campeón sin corona » (1945) à « Dos mouillés » (Espaldas mojades, 1953), censuré pour son anti-américanisme. Enfin, le baroque et l ??excès caractérisent le cinéma d ??Ismael Rodriguez, dans les « Femmes de mon général » (las Mujeres de mi general, 1954).

La récession et le renouveau : Les années 60

Les années soixante se caractérisent par une crise persistante et la récession esthétique. Films de lutteurs masqués ou films sexy saturent le marché. En 1961, un film subtil, tourné sans grands moyens par un émigré espagnol, Jomi García Ascot (« En el balcon vacío »), laisse espérer un nouveau cinéma, à la marge, mais esthétiquement ambitieux. Luis Alcoriza, collaborateur de Buñuel pour « L ??Ange exterminateur », réalise dans une veine populaire des films de qualité (« Tiburoneros », 1962). Arturo Ripstein débute avec « Tiempo de morir » (1966) d ??après Gabriel García Márquez.

Né dans les années soixante autour des ciné-clubs et des revues Cine-club et Nuevo Cine, favorisé par un concours de cinéma « expérimental », un esprit de renouveau souffle sur le cinéma mexicain sous la présidence de Luis Echeverría, dont le frère, à la tête de la Banque nationale cinématographique allège la censure mais renforce le rôle de l ?? ?tat.

Une nouvelle génération de cinéastes apparaît parmi lesquels se distinguent Alberto Isaac avec « los Días del amor » (1971) et « el Ricón de las vírgines » (1972), Paul Leduc avec « Reed, Mexique insurgé » (Reed, Mexico insurgente, 1970), Felipe Cazals avec la « Manzana de la discordia » (1968), film phare de la jeune génération, et surtout la violente fresque « le Jardin de tante Isabelle » (el Jardín de tía Isabel, 1973), Jorge Fons avec les « Maçons » (los Albañiles, 1976), Jaime Humberto Hermisillio, avec « las Aparencias engagan » (les Apparences trompeuses, 1977), le Chilien Alejandro Jodorowski, avec « el Topo » (1970) ou « la Montagne sacrée » (la Montaña sagrada, 1973), ou encore Alfonso Arau, avec « l ??Aigle aux pieds nus » (el Aguila descalza, 1969).

Le plus important de ces nouveaux cinéastes mexicains est Arturo Ripstein, dont l ??oeuvre explore les abîmes de l ??aliénation physique et morale et de l ??intolérance, à travers de nombreux films dont « Tiempo de Morir »(1965), « le Château de la pureté » (el Castillo de la pureza, 1972), « el Santo Officio » (1973), « Foxtrot » (1975), « Ce lieu sans limites » (el Lugar sin limites, 1977) ;

Les années post 70 : cinéma militant

Les années soixante-dix ont aussi vu le développement d ??un fort courant de cinéma militant, produit par des collectifs tels que Cine Independiente ou Cine Octubre (Cinéma Octobre), mais parallèlement le gouvernement de José López Portillo, et ceux de ses successeurs, confirment le désengagement de l ?? ?tat dans la production. La production annuelle diminue de ce fait.

Pendant les années quatre-vingt, une part de plus en plus grande est faite aux compagnies privées, surtout américaines, avec un système d ??aide publique qui dépend de l ??Office général pour le cinéma. Créé en 1983, l ??Institut mexicain de la cinématographie (Imcine) favorise malgré tout la poursuite de la carrière de quelques anciens comme Ripstein, Leduc, ou Hermosilio. L ??Institut mexicain de la cinématographie produit directement des longs métrages : on compte soixante films en 1987, cent vingt-huit en 1988 et cent quatre en 1989. Le gouvernement fédéral (Peliculas Nacionales) contrôle une part importante des circuits (3 068 salles en 1984) face au distributeur indépendant Arte Cinema de Mexico, et aux sept compagnies américaines opérant au Mexique. Le chiffre de fréquentation est en baisse régulière : 363 millions de spectateurs en 1984, 302 millions en 1988, 246 millions en 1989 (chiffres arrondis). Cette désaffection du public est due - phénomène général - au rôle grandissant de la télévision et à l ??augmentation du « parc » de magnétoscopes : 600 000 en 1985, 3 500 000 en 1989.

De cette production des années quatre-vingt peu de titres sont à retenir. Peu, il est vrai, ont franchi les frontières de l ??Amérique espagnole. Paul Leduc a réalisé avec « Frida » un chef-d ??oeuvre, et a dû, pour pouvoir réaliser « Barroco », oeuvre ambitieuse, passer sous bannière hispano-cubaine. Arturo Ripstein en revient aux paroxysmes du cinéma mexicain, avec « La Femme du port » (1990), histoire d ??inceste lointainement inspirée de Maupassant, et déjà portée à l ??écran par Arcady Boytler en 1933. Un souffle nouveau semble toutefois passer sur le cinéma mexicain où dominent le machisme, le mélodrame et la photogénie. Maria Novaro, réalisatrice de courts métrages et assistante de Alberto Cortes (« Amor a la vuelta de la esquina »), a réalisé en 1989 « Lola » et surtout, en 1991, « Danzon ». C ??est toujours un certain Mexique (danse, bas-fonds de ville portuaire, hiératisme et tension), mais placé sous un autre regard. Parmi les succès mexicains des années quatre-vingt-dix, citons le film de Jorge Fons, « la Rue des miracles » (el Calejón de los milagros, 1995)

et la comédie familiale « Coriandre et persil « (Cilandro y perijil, 1998) de Rafael Montero.

Le cinéma contemporain

Ref. Nouvel Observateur et Le Pärisien
Le cinéma mexicain connaît un nouvel essor marqué par des films d’auteur récemment couronnés dans des festivals internationaux tandis que des comédies légères "made in Mexico" battent des records de fréquentation sur les écrans nationaux et aux  ?tats-Unis.
Les années précédant 2013, le cinéma mexicain était associé sur le plan international aux noms d’un trio de cinéastes formé de Guillermo del Toro, Alfonso Cuaron et Alejandro Gonzalez Iñarritu. De nouveaux cinéastes viennent de surgir sur le devant de la scène avec une série de distinctions obtenues avec des films plus axée sur les problèmes du Mexique, tournés avec des moyens plus modestes, loin de Hollywood.

La plus récente distinction a été attribuée au festival 2013 de San Sebastian (Espagne) à Fernando Eimbcke, récompensé par un Coquillage d’argent du meilleur réalisateur pour "Club Sandwich", un film minimaliste sur la relation entre une mère et son adolescent de fils.
Cinq mois auparavant Amat Escalante avait reçu le prix de la mise en scène lors du Festival de Cannes pour sa description du monde violent des trafiquants de drogue dans "Heli", tandis que les jeunes acteurs de "La jaula de oro" ("La cage en or") de Diego Quemada-Diez recevaient collectivement le prix Un Certain Talent.

Ce nouveau courant qui vise à traduire sur le grand écran les dures réalités sociales, avec une distribution souvent formée d’acteurs amateurs, est celui de Quemada-Diez, d’Escalante et de son mentor, Carlos Reygadas, prix de la mise en scène lors du Festival de Cannes 2012 pour "Post Tenebras Lux" et qui avait déjà remporté le prix du jury en 2007 pour "Luz silenciosa" (Lumière silencieuse).

"On ne peut peut-être pas savoir aujourd’hui s’il y a une nouvelle vague du cinéma mexicain, mais ce qui est certain c’est qu’il y a comme une boule de neige qui nous mène vers un panorama plus optimiste", selon Mariana Chenillo, prix de la mise en scène au Festival de Moscou 2009 pour l’humour noir de "Cinco días sin Nora".

On constate toutefois, au Mexique même, un décalage entre les films primés et le public, aggravé par les problèmes de distribution du cinéma local. "La jaula de oro", primé en 2013 à Cannes, ne pourra se voir sur les écrans du Mexique qu’en février 2014. Deux films ont battu des records de fréquentation cette année : d’abord la comédie "Nosotros los nobles" (Nous les nobles), de Gary Alazraki, une satire de la jeunesse dorée, et cette semaine le très léger "On n’accepte pas les rendus", qui a battu tous les records de fréquentation avec 8,7 millions de spectateurs et connaît aussi un grand succès aux  ?tats-Unis, en particulier auprès du vaste public hispanophone.