Le nanar de juin 2013_ LE COLOSSE DE HONG KONG

  • Mis à jour : 30 mai 2014

Alors là il y avait longtemps que nous n’avions plus eu un monstre à nous mettre sous les yeux. Produit par les Shaw Brothers Studio en 1977, "Le Colosse de Hong Kong" est un décalque maladroit (mais vraiment maladroit) du remake de King Kong. Il constitue par ailleurs l’un des rares films de monstres en provenance de Hong Kong. Ce genre (appelé Kai-Ju) était jusque là une spécialité japonaise, popularisée par la firme Toho (Godzilla, Mothra...) et son réalisateur vedette Inoshiro Honda, l’empereur du costume en latex, du décor peint et de l’écrabouillage de maquettes (on n’utilisait que très rarement l’animation en stop-motion et les monstres mécaniques dans le Kai-Ju asiatique, contrairement à la tradition américano-européenne). Ayant bénéficié d’un budget sans doute confortable par rapport à la production locale, le résultat n’en est pas moins catastrophique malgré l’implication d’une équipe japonaise enrôlée pour l’occasion. A force de vouloir trop imiter son modèle, le film s’expose de lui-même aux comparaisons peu flatteuses et se réduit en définitive à un plagiat fauché, King Kong moche, aux transparences bâclées, dans lequel un comédien déguisé s’amuse à broyer de la maquette. Comme dans toutes les bonnes séries Z, il reste malgré tout suffisamment d’idées déviantes, de plans mal foutus et de développements scénaristiques hasardeux pour surprendre et contenter le nanardeur. Entre les emprunts au western, à Simbad, Daktari et autres Tarzan, le jeu assez lamentable des comédiens et les trucages moisis, il y a de quoi passer un bon moment !

L’histoire

Dans les Indes himalayennes, un gigangrotesque gorille terrorise la population en écrasant des maquettes de paillotes et en éboulant du carton-pâte sur la tête de pauvres figurants.

Bon à Hong Kong on est gonflé et c’est pourquoi une équipe de Hongkongais décide de s’en aller capturer l’affreux afin de l’exposer dans un cirque. Bon après tout si on peut faire un peu de fric en lui faisant bouffer quelques spectateurs, faut pas se gêner. Il est rapidement décidé que le chef de la mission sera un certain Johnny car c’est un grand aventurier et qu’il a un prénom de héros. Johnny, qui passe son temps à se torcher au cognac dans des bars interlopes depuis qu’il a découvert que sa femme couchait avec son frère (lui aussi dans le genre gorille. Il se laisse rapidement convaincre de prendre la tête de l’expédition. Et hop ! C’est parti ! Au moins ici on ne perd pas son temps en dialogues stériles.

L’expédition se rend donc benoîtement à la chasse au gorille géant dans des carrioles tractées par des boeufs. Enfin qu’en on dit benoitement cela va pas être si simple. Des stock-shots d’éléphants chargent violemment d’autant que leur marche est diffusé en accéléré.

Et puis c’est un tigre qui s’attaque au convoi. Devant la menace, les membres de l’expédition ont le réflexe qui s’impose : ils sautent à pieds joints dans un petit carré de sables mouvants qui a l’air d’avoir été creusé spécialement pour eux par la production.

Un figurant s’oppose courageusement au tigre mais n’ayant pas l’expérience de Johnny, il se fait boulotter une jambe. Devant cette faillite complète, Johnny est contraint d’intervenir pour neutraliser le fauve mangeur d’homme qui se révèle assez lymphatique, en définitive puisqu’il est en mousse (bon cৠles spectaeurs sont sensés ne pas s’en rendre compte. Ouf ! Enfin, après quelques péripéties dans la jungle hostile, l’expédition arrive près du repère du singe, remontant la piste de la bête grâce aux larges empreintes qu’elle a laissées dans la vase, un peu comme on fait dans les films de gorilles géants

Le lendemain matin, le Johnny a l’idée d’aller faire un tour tout seul sur la petite colline, là bas, dans le fond. Faut dire que les autres il se sont tirés. Bref, il est tout seul ... enfin pas tout à fait car il est subitement arraché du sol par une main velue du ciel. Damned ! C’est le COLOSSE (pas encore) DE HONG KONG !!! Parvenant à se libérer, Johnny s’enfuit dans la jungle mais, poursuivi par une incrustation menaçante de gorille en mousse, il semble bien courir vers la mort certaine qui est dans son dos. On croit notre héros perdu quand soudain, coup de théâtre : une jolie blonde plus ou moins vêtue d’un pagne (c’est toujours comme ça dans la jungle , il n’y a pas beaucoup de tissu) déboule telle une furie et s’interpose entre l’homme et la bête. Oui, vous l’avez tous reconnue : c’est elle, c’est Tarzanne, la soeur à Christophe Lambert. Avec l’aide d’un monstre pas jaloux pour un saoul elle l’emmène évanouie dans une grotte ma foi joliment décorée.
De son vrai prénom, Samantha, voici l’horrible histoire qu’elle nous mime avec quelques mots quand même ;.. papa , mama , papayuo (l’avion) : alors qu’elle survolait la jungle avec ses parents un soir d’orage, la jeune Samantha vit son avion s’écraser (c’est bien connu quand on survole la jungle, souvent l’avion s’écrase) . Seule survivante du désastre, elle fut recueillie par le colosse de Hong Kong qui lui voue désormais un amour indéfectible. Depuis, elle vit les joies simples de toute survivante de la jungle qui se respecte, comme Zembla mais en mieux roulée : elle parle aux animaux, embrasse les tigres et se nourrit de noix de cocos qu’elle va décrocher elle-même en grimpant à l’arbre pendant qu’un caméraman vicelard filme sous son pagne (eh non ! désolé, vous ne verrez pas les caps ! pas de ça chez nous


Le colosse de Hong Kong 2/5 par syl20bx

Johnny flashe instantanément sur cette femme si désirable et si bien maquillée, pour une sauvage. Pour la peine, il va se charger de lui faire découvrir la civilisation en lui faisant l’amour dans une grotte et ce, après le clip-émotion de circonstance où les deux tourtereaux se courent après cheveux-z’au-vent et font tournoyer des panthères au ralenti. C’est beau, l’amour !

Bon le plus à plaindre c’est la panthère (arrête de tourner, imbécile ! ), et les spectateurs obligés d’écouter cette musique débile)
L’amour c’est beau, mais comme chacun sait, ça attire les serpents (si, si ! relisez la Bible !). Et de fait, un cobra vient mâchouiller la jambe à Samantha d’une manière impromptue. Johnny extrait le venin en suçotant l’intérieur de la cuisse de sa copine qui pousse des petits cris orgasmiques de douleur qui ne trompent personne : c’est une manière habile de contourner la censure pour nous caser une scène crypto-érotique sans trop susciter de questions chez le public le plus jeune et on s’en félicite (bon OK ! vous l’aurez voulu ! voilà des caps !)

Samantha sera sauvée grâce aux soins buccaux prodigués par Johnny et grâce également au colosse qui connaît parfaitement le secret des plantes médicinales. Une preuve supplémentaire que les gorilles géants ont des gènes en commun avec Rika Zaraï.
Puis, Johnny et Samantha décident de quitter la jungle pour la civilisation. Le temps de dire au revoir à des copains éléphants, et pouf ! les voilà partis. Le colosse les suit jusqu’à un village où il re-terrorise la population et se fait capturer par les Hong kongais , comme quoi il y a pas besoin de chef pour capturer un Gorille géant. Ils l’ l’enchaînent à un bateau selon un mode opératoire qui ne nous sera pas dévoilé (comment une poignée d’explorateurs réussit à transporter un animal de plusieurs milliers de tonnes à travers la jungle ? C’est l’énigme récurrente de tous les films de gorilles géants mais aussi des égyptologues pour le transport des obélisques). Quoiqu’il en soit, le colosse de Hong Kong arrive à Hong Kong, d’où son nom. Placé en cage, on l’exhibe dans des stades où on l’oblige à lutter contre des camions miniatures.

Le drame survient lorsqu’un méchant Chinois tente d’arracher le soutif en peau de bête de Samantha (non, non ! ça suffit comme ça les caps !). Le colosse, fou de jalousie, se libère de sa cage et s’en va casser un nombre impressionnant de maquettes d’immeubles pendant que Samantha se réfugie en haut d’un lampadaire.

Tout se passe bien pour le colosse qui ratatine tout d’un air jovial. Malheureusement, il semble bien que les gorilles géants lâchés dans une ville soient condamnés à reproduire sans cesse les mêmes erreurs : en effet, le colosse à l’idée, le croirez-vous ?? d’aller se percher avec sa blonde en haut d’un building (m’enfin, il va jamais au ciné ou quoi ce colosse ? ça fait depuis 1933 que tous les gorilles géants se font avoir comme ça !). Mitraillé par des hélicos puis incendié, le colosse n’en réchappera pas. Sa copine Samantha non plus d’ailleurs, et ce malgré les efforts de Johnny pour empêcher les militaires d’allumer le feu. Y sont un peu c... ces militaires !