Café cinéma 12 mars 2013 _ Ford

  • Mis à jour : 28 mai 2014


" LES GRANDS REALISATEURS : USA - JOHN FORD"

John Ford, nom d’état-civil de John Martin Feeney est né le 1er février 1894 à Cape Elizabeth dans le Maine et est mort le 31 août 1973 à Palm Desert (Californie). John Ford est un personnage contrasté qui échappe aux schémas traditionnels.

Un Homme Engagé : dans son cinéma comme dans sa vie on le dit un moment de gauche alors qu’il soutient la guerre des USA au Vietnam. Ford mit sa notoriété au service du syndicat des metteurs en scène américains dont il fut l’un des dirigeants les plus actifs.

Un grand Réalisateur : de quelques centaines de films, il est le Cinéma Américain dans toute sa splendeur. Il fut l’un des réalisateurs effectuant le moins de prises par plan (ratio de 2,5), les prises alternatives n’existant tout simplement pas.

Un homme fidèle : Fidèle tout au long de sa carrière, envers sa famille d’acteurs, de techniciens et de scénaristes, dont beaucoup étaient originaires d’Irlande, pays de ses origines auquel il consacrera plusieurs films.

John Ford et ses origines irlandaises

John Ford est né dans une famille d’immigrants irlandais. Il est le dernier d’une famille de 11 enfants Son père immigre aux Etats-Unis en 1872 et ouvre à Portland en 1897 un speakeasy où se rassemble la communauté irlandaise de la ville.

En 1921, Ford entreprend un long voyage en Europe. Il rencontre la branche familiale restée en Irlande dont un cousin membre de l’IRA. Il est présenté à l’indépendantiste irlandais Michael Collins.

En 1934, Ford gagne très bien sa vie et est associé aux recettes de ses films. Il fait l’acquisition d’un yacht qu’il baptise L’Araner en hommage à l’Irlande. Il le gardera jusqu’en 1970. Il y tournera deux films et s’y rendra régulièrement pour échapper à la pression d’Hollywood ou pour travailler avec ses scénaristes.

En 1935 ; "Le Mouchard" avec Victor McLaglen, qu’il réalise très rapidement pour la RKO en studio et avec un petit budget, lui permet d’aborder l’Irlande qu’il présente comme une terre de souffrance et de misère qui combat l’envahisseur britannique. Il n’y fait pas mystère de ses sympathies pour l’IRA. Avec ce film ténébreux, formellement proche du cinéma expressionniste et bien éloigné de son univers habituel, le cinéaste remporte paradoxalement son tout premier Oscar du meilleur réalisateur en 1936.

En 1952, John Ford tourne "L’Homme tranquille". Comparé aux précédents films sur l’Irlande, il révèle une métamorphose pour explorer le nouvel élan pris par son cinéma. "L’Homme tranquille" (The Quiet Man), est un projet qui lui tient à coeur depuis les années trente. Le film est l’un des plus importants succès public et permet au réalisateur de gagner un quatrième et dernier Oscar en 1952. En 1957, fatigué par l’alcool et une carrière sans répit, John Ford retourne en Irlande pour réaliser "Quand se lève la lune", un film « pour m’amuser », sur les origines irlandaises de Tyrone Power.

Les débuts dans le mode du spectacle et à Universal

John, durant sa scolarité, gagne un peu d’argent de poche comme ouvreur au Jefferson Theatre de Portland et peut ainsi voir les grands acteurs du moment, comme par exemple : Ethel Barrymore ou les Wild West Shows.

En 1914, John Martin s’inscrit à l’université du Maine mais il n’y entrera jamais. Car cet été-là, son frère Francis revient à la maison et parle d’Hollywood. En juillet, il débarque à Hollywood et devient son homme à tout faire. C’est l’occasion pour lui de découvrir les métiers du cinéma sur les films que son frère interprète et réalise pour les studios Universal. En 1915, il interprète également des petits rôles dans les films de son frère dont il devient l’assistant-réalisateur. Il affirme avoir joué l’un des membres cagoulés du Ku Klux Klan dans Naissance d’une nation de D. W. Griffith : « J’étais celui qui avait des lunettes. Je tenais ma cagoule relevée d’une main parce que ce putain de truc n’arrêtait pas de glisser devant mes lunettes. ». En entendant cela on ne peut s’empêcher de penser à la Séquence du Ku Klux Klan avec Tarentino dans "Django Unchained"

A partir de 1916, il est engagé par les studios Universal comme assistant-réalisateur. Il assiste des réalisateurs sous contrat dont Allan Dwan et commence à diriger les scènes de figurants tandis que son frère Francis, lui, quitte Universal pour fonder son propre studio. Alors qu’il n’est qu’accessoiriste et pendant une visite de Carl Laemmle dans les studios, il se voit confier par hasard sa première réalisation, remplaçant au pied levé un réalisateur absent. Le film s’intitule "The Tornado" et sort le 3 mars 1917. Il signe son premier contrat de réalisateur avec Universal et devient le réalisateur attitré des westerns avec l’acteur Harry Carey. Ils tourneront ensemble 25 films avant de se brouiller en 1919.

La plupart des films muets réalisés pour Universal sont aujourd’hui perdus. Il n’en reste que trois : "Le Ranch Diavolo" (Straight Shooting) réalisé en 1917 qui est son premier long métrage, A l’assaut du boulevard" (Bucking Broadway) de 1917 récemment retrouvé, et "Du sang dans la prairie" (Hell Bent) réalisé en 1919. Dans ces trois films interprétés par Harry Carey, on retrouve déjà les caractéristiques des grands westerns de Ford : sa manière d’intégrer les personnages dans des décors naturels sublimes, des personnages féminins consistants qui sont l’égal des hommes.

Le cinéma muet à la Fox

Les films réalisés par Ford au début des années 1920 ont aussi, pour une grande partie d’entre eux, disparu. Il ne reste que "Just Pals" (1920) qui est le premier film que l’auteur réalise pour le compte de la Fox et "Cameo Kirby" (1923) avec John Gilbert qu’il signe "John Ford" pour la première fois, à la place de "Jack Ford", son précédent pseudonyme.

Ford se voit confier en 1924 la réalisation du "Cheval de fer", production pharaonique de la Fox. En 1926, toujours pour la Fox, il réalise "Trois Sublimes Canailles" (Three Bad Men) avec George O’Brien, Tom Santschi, Olive Borden, J.Farell McDonald et Louis Tellegen. Il utilisera une photo au style volontairement expressionniste en 1928 dans "La Maison du bourreau" (Hangman’s House)

En 1927, il s’était rendu en Allemagne pour le tournage des "Quatre Fils" (Four Sons) et et y avait découvert le cinéma expressionniste. Ce film est le plus grand succès public de la carrière muette de Ford

Le début du parlant

Le premier film entièrement parlant de Ford est "Napoleon’s Barber" (aujourd’hui perdu). Fait inédit à l’époque depuis l’apparition du parlant, et en dépit de la réticence des studios, les prises de son sont faites en extérieur. Dans les premiers films parlants que Ford réalise pour la Fox, la direction des scènes dialoguées est confiée à des metteurs en scène de théâtre et sont peu inspirées. Ford laisse néanmoins éclater son talent de metteur en scène dans les scènes d’action.

En 1928, il signe avec la Fox un contrat de deux ans très rémunérateur. "Hommes sans femmes" (Men Without Women) (1930) est la première collaboration de Ford avec le scénariste Dudley Nichols. Ford dira de lui : « Nous étions très amis. Il adorait le cinéma. Il n’écrivait jamais de phrases ronflantes. Il écrivait un langage du quotidien, et réduisait les dialogues au minimum. C’était un homme merveilleux.. En 1931, la Fox qui a perdu William Fox met fin à son contrat. Ford entame sa première cure de désintoxication alcoolique au cours d’un voyage à Honolulu.En 1931, il réalise "Arrowsmith" pour le producteur Samuel Goldwyn, qui lui vaut sa première nomination aux Oscars..

Son film suivant, "Tête brûlée" (Air Mail) de 1932, est produit par Universal. Il réalise ensuite son premier film pour la Metro-Goldwyn-Mayer : le mélodrame "Une Femme survint" (Flesh). Il retrouve Dudley Nichols pour "La Patrouille perdue" qu’il met en scène en 1934 pour la RKO avec Victor McLaglen auquel il offre un nouveau grand rôle.

Lié par son contrat avec la Fox, il doit prendre en charge la réalisation du "Monde en marche", grande fresque familiale qui couvre la fin du XIXe siècle et les premières décennies du XXe siècle. Bien que ce film comporte des scènes de guerre très réussies, Ford détestera ce film. Il eut plus de réussite avec "Judge Priest" avec Dudley Nichols au scénario et l’acteur Will Rogers qu’il avait dirigé l’année précédente dans "Doctor Bull" et qu’il dirigera à nouveau en 1935 dans "Steamboat Round the Bend" avant qu’il ne trouve la mort dans un accident d’avion. Ford admire le travail de Rogers et lui laisse une grande liberté, d’ailleurs Judge Priest est l’un de ses films préférés. Il en fera un remake en 1952 : "Le soleil brille pour tout le monde".

Twentieth Century Pictures rachète en 1935 la Fox qui devient 20th Century Fox et dont le patron est Darryl F. Zanuck. Ford réalise en étroite collaboration avec son nouveau patron, grand admirateur d’Abraham Lincoln, "Je n’ai pas tué Lincoln" (The Prisoner of Shark Island). L’association entre Ford et Zanuck commence par un violent affrontement au sujet de l’accent sudiste de Warner Baxter que Ford souhaite conserver. Ford est à deux doigts de claquer la porte de la 20th Century Fox mais accède finalement aux désirs de Zanuck. Par la suite une grande admiration et une estime réciproque s’installeront entre les deux hommes.
Il vit une liaison avec Katharine Hepburn qu’il dirige sur "Marie Stuart" (Mary of Scotland) pour la RKO en 1936. Il réalise pour un cachet important "The Hurricane" produit par Samuel Goldwyn.

La période classique

De La Chevauchée fantastique à Dieu est mort

Avec "La Chevauchée fantastique", Ford renoue avec le western, genre qu’il n’avait pas abordé depuis 13 ans. Le western n’est alors plus en vogue ; une centaine de westerns a bien été distribuée en 1938, mais ce sont principalement des films de série B. Ford, à l’origine du projet, ne parvient cependant pas à convaincre David O. Selznick de le produire ; celui-ci n’a aucune confiance en John Wayne qui n’a tourné que dans des westerns mineurs depuis le début des années 1930. Ford s’adresse donc à Walter Wanger et United Artists. Pour la première fois, il tourne en extérieur, à Monument Valley : « j’ai été partout dans le monde mais je considère cet endroit comme le plus beau, le plus complet et le plus calme de la planète ». Pour ce film qui fait l’unanimité des critiques, ce qui est encore inédit pour un western, Ford reçoit le New York Film Critic Award.

Après La Chevauchée fantastique, Ford retrouve Zanuck et sa passion pour Abraham Lincoln. Il réalise l’admirable "Vers sa destinée" (Young Mr. Lincoln) avec Henry Fonda qui sera également l’acteur principal de ses deux films suivants : "Sur la piste des Mohawks" (Drums Along the Mohawk), son premier film en couleur, et "Les Raisins de la colère" (adapté de John Steinbeck), deuxième collaboration avec le scénariste Nunnally Johnson. Pour ce dernier film, Ford obtient en 1941, pour la seconde fois, l’Oscar du meilleur réalisateur. L’auteur est alors au faîte de sa gloire, son talent est reconnu tant par la critique que par les professionnels du cinéma.

Il rempile avec John Wayne dans "Les Hommes de la mer" (The Long Voyage Home), désormais plus crédible grâce au succès de La Chevauchée fantastique, tandis que Zanuck tente de surfer sur la vague du succès des Raisins de la colère avec "La Route du tabac" (Tobacco Road). Dernier film de Ford avant la guerre, "Qu’elle était verte ma vallée" est un immense succès public et critique. Il rafle cinq Oscars dont ceux du meilleur film et de la meilleure réalisation.

Après la guerre, de retour à Hollywood, Ford reprend le chemin de Monumental Valley pour tourner "La Poursuite infernale" (My Darling Clementine). Il y retrouve Henry Fonda qu’il dirige à nouveau dans "Dieu est mort" (The Fugitive) en 1947. Argosy produira neuf films de Ford avant d’être dissoute en janvier 1956. Argosy permet à Ford de travailler en toute liberté, il dira à propos de Dieu est mort : « J’ai réalisé le film tel que je le voulais. Pour moi, il est parfait. La critique l’a apprécié, mais il n’avait évidemment pas d’attrait pour le public. Mais je suis très fier de mon travail. »

Les années 50’s

Ford retrouve rapidement le succès populaire avec "Le Massacre de Fort Apache" qui ouvre le Cycle de la cavalerie. Le passage de témoin entre deux acteurs aussi antinomiques que Fonda et Wayne, marque également une rupture dans le cinéma de Ford. Bertrand Tavernier, qui n’apprécie guère « le Ford esthète et intellectuel qu’encouragea l’influence capitale et assez pernicieuse de Dudley Nichols » écrit à ce sujet : « Les coups de théâtre y sont supplantés par des coups de coeur. Ce cinéma qui prend son temps et semble s’inventer sous nos yeux abolit cette fameuse construction en actes, credo hollywoodien, au profit d’un récit large, majestueux, tourmenté et paresseux comme le cours d’un fleuve ».

Il tourne successivement en deux ans, de 1948 à 1950 : "Le Fils du désert" (Three Godfathers), "La Charge héroïque" (She Wore A Yellow Ribbon), "Le Convoi des braves" (Wagon Master), "Rio Grande".

Le réalisateur s’offre cependant une parenthèse avec la comédie "Planqué malgré lui "(When Willie Comes Marching Home). Ford porte ensuite au cinéma une pièce qu’il avait montée en 1949," What Price Glory" avant de réaliser "Le soleil brille pour tout le monde", remake de Judge Priest.

En 1952, il tourne "Mogambo" en Afrique avec un trio de rêve (Ava Gardner, Clark Gable et Grace Kelly). Après avoir surmonté des problèmes de santé, il revient au cinéma en 1955 pour filmer en CinemaScope "Ce n’est qu’un au revoir" (The long Gray Line). Mais son alcoolisme s’aggrave ; il souffre bientôt d’hémorragies internes et les retrouvailles avec Henry Fonda pour "Permission jusqu’à l’aube" (Mister Roberts) sont calamiteuses. Ford se bat avec Fonda et, trop saoûl, il est remplacé par Mervyn LeRoy. Il retrouve néanmoins tous ses moyens pour réaliser le magnifique "La Prisonnière du désert" (The Searchers). Argosy est dissoute en janvier mais en août 1956, Ford fonde, avec entre autres John Wayne, John Ford Productions.

Les dernières années

Il enchaîne avec "L’aigle vole au soleil" sur son ami le scénariste Frank Wead (en), un des précurseurs de l’aéronavale, avant de s’éloigner d’Hollywood pour réaliser en 1957 à Londres un film policier, "L’Inspecteur de service" (Gideon’s Day). L’année suivante, "La Dernière Fanfare" (The Last Hurrah) avec Spencer Tracy sonne comme un chant mélancolique. Dans ce film qu’il produit lui-même, il réunit les comédiens et amis qui l’ont accompagnés durant sa carrière. Film pessimiste à l’image de la défaite et de la mort de Skeffington (Spencer Tracy), qui est aussi celle d’une Amérique d’hommes de caractère, héros épuisés face à une Amérique de la médiocrité.

En 1959, Ford réalise "Les Cavaliers" (The Horse Soldiers) d’après un scénario de John Lee Mahin qui est également le producteur du film, puis, l’année suivante, "Le Sergent noir" (Sergeant Rutledge), un western avec Woody Strode dont un noir américain est le héros. Il se lie d’amitié avec Strode qu’il dirigera encore à trois reprises dans "Les Deux Cavaliers", "L’Homme qui tua Liberty Valance" et "Frontière Chinoise". C’est également par amitié qu’il aide John Wayne à réaliser certaines séquences de "Alamo". Le pessimisme de John Ford dans ses dernières années apparaît dans Les Deux Cavaliers (Two Rode Together) réalisé en 1960. Lors du tournage, il apprend la mort de son ami et acteur Ward Bond. Très touché par cette disparition, Ford se retranche dans son yacht et se réfugie dans l’alcool. Il devra être à nouveau hospitalisé d’urgence à Honolulu. De retour à Hollywood, il doit batailler cinq mois avec la Paramount Pictures pour obtenir le financement de "L’Homme qui tua Liberty Valance". Ford filme avec force ce western intimiste dont l’action se déroule en huis-clos, loin des grands espaces. L’Homme qui tua Liberty Valance aborde à nouveau les thèmes développés dans La Dernière Fanfare : les vrais héros sont désormais inutiles et dérisoires. On a pu voir dans le film un passage de témoin symbolique entre le western classique des pionniers et celui des nouveaux venus comme Arthur Penn ou Sam Peckinpah.

Après "Flashing Spikes", réalisé pour la télévision, et le segment sur la Guerre de Sécession dans "La Conquête de l’Ouest", John Ford tourne entre amis La "Taverne de l’Irlandais" (1963) sur son yacht « l’Aramer », dans une ambiance bonne enfant. "Les Cheyennes" (Cheyenne Autumn) est son dernier western, hommage au peuple indien. « J’ai voulu montrer ici le point de vue des Indiens, pour une fois" Mais John Ford est rattrapé par la fatigue et la maladie, et malgré son enthousiasme du début de tournage, il laisse son assistant réalisateur tourner de nombreuses scènes. L’année suivante il doit abandonner à Jack Cardiff le tournage du "Jeune Cassidy" et part se ressourcer sur L’Aramer.

Ne travaillant plus, John Ford ne peut plus assumer la charge financière de l’Aramer qu’il doit vendre en 1970. En 1969 c’est son � ?uvre de bienfaisance, la Field Photo Farm qui est contrainte à la fermeture. En 1970, Ford, malade et qui a deux côtes cassées, est victime d’un accident de voiture qui l’affaiblit encore davantage. On lui diagnostique un cancer. En mars 1973, deux ans après la Mostra de Venise où lui avait été décerné un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière, Richard Nixon lui rend un hommage appuyé et lui décerne la Médaille présidentielle de la liberté. Il meurt le 31 août.

John Ford l’homme engagé

En 1927 il est élu à la tête de la Motion Pictures Directors Association. En 1935, Ford fonde aux côtés de King Vidor, Lewis Milestone, William A. Wellman, Frank Borzage et Gregory La Cava la Screen Directors Guild pour remplacer la Motion Pictures Directors Association. Il n’ira cependant pas chercher son trophée suite au boycott lancé par la jeune Screen Directors Guild. Après le Ford et Nichols se verront confier, deux ans plus tard, toujours pour la RKO, l’adaptation de la pièce de Seán O’Casey "Révolte à Dublin" (The Plought and the Stars) qui s’avèrera en revanche un échec financier.

En 1937, il adhère au Motion Picture Comittee to Aid Republican Spain qui apporte son soutien aux Républicains espagnols. Il envoie personnellement une ambulance aux brigades internationales, en Espagne. Ford est aussi très actif dans la lutte contre le nazisme. Il prend publiquement position pour réclamer le boycott de l’Allemagne nazie en 1938, et est un membre actif de l’Hollywood Anti-Nazi League. La signature du pacte germano-soviétique lui vaudra d’ailleurs de vives critiques de la part des communistes qui l’accuseront de « propagande de guerre ».

Dès 1939, Ford a l’intuition que l’Amérique ne tardera pas à être entraînée dans la Seconde Guerre mondiale. Il est à la tête d’un groupe de cinéastes qui demandent à Franklin Delano Roosevelt le boycott de l’Allemagne nazie et il fonde la Naval Field Photographic Unit dans le but de mettre les talents d’Hollywood au service de l’armée. En octobre 1941, celle-ci est officiellement reconnue et au moment de l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, l’équipe est opérationnelle et éparpillée aux quatre coins du monde alors que les armées de terre et de l’air organisent des équipes similaires. Il travaillera également pour l’Office of Strategic Services.

Durant la guerre, Ford et son unité vont parcourir les théâtres d’opérations militaires. Ils sont tout d’abord dans le Pacifique et en 1942 il y réalise pour la marine, les documentaires "December 7th" sur l’attaque de Pearl Harbor et "La Bataille de Midway". Ces deux films remportent l’Oscar du meilleur documentaire. Au cours de la bataille de Midway le réalisateur est blessé à la hanche alors qu’il filme seul l’attaque américaine. Un petit film "Torpedo Squadron" dont 29 des trente membres périrent à Midway est réalisé pour les familles des victimes. En 1942, on retrouve Ford en Afrique du Nord pour couvrir le débarquement. Durant l’année 1943, il couvre de multiples opérations extérieures dont la victoire des Alliés en Birmanie dans "Victory in Burma". En 1944, il filme le débarquement de Normandie sans débarquer puisqu’il reste sur un bateau pour saisir les vagues d’attaques marines successives. Il débarquera avec son équipe à Bellevue-sur-mer. En 1945, il suit l’armée de Patton en Allemagne avant de participer à la préparation du Procès de Nuremberg en rassemblant des documents filmés pour l’accusation. Il filmera également le procès. De février à juin 1945, il tourne "Les Sacrifiés" (They were expendable) pour la Metro-Goldwyn-Mayer avec John Wayne et Robert Montgomery qui termina la réalisation du film, Ford s’étant cassé la jambe. Il retrouve le scénariste d’Air Mail, Frank W. Wead sur lequel il fera un film en 1957, "L’aigle vole au soleil". Les Sacrifiés est curieusement le seul film de Ford (hormis la comédie ("Permission jusqu’à l’aube") sur la Seconde Guerre mondiale, à laquelle il a pourtant participé activement. L’argent gagné avec Les Sacrifiés permet à Ford de financer en partie la construction près d’Encino d’un établissement pour recevoir gratuitement les vétérans de la Field Photo Unit, la Field Photo Farm.

Pendant la période sombre du maccarthisme, Ford dénonce des « méthodes dignes de la Gestapo ». Il s’oppose violemment à Cecil B. DeMille qui souhaite que les membres de la Screen Directors Guild signent un serment de loyauté envers les Etats-Unis. Un temps, le FBI le soupçonne de sympathies communistes ; il adhère à un mouvement d’opinion très à droite pour se protéger des rumeurs. En 1950, Ford part en Corée et tourne pour la Navy un documentaire sur la guerre de Corée, "This Is Korea !". Ce film est très différent de La Bataille de Midway, Ford ne met pas en avant le patriotisme et l’héroïsme américains, mais bien au contraire livre une oeuvre pessimiste qui s’interroge sur le sens de cette guerre.

En 1966, Ford tourne son dernier film "Frontière chinoise" (7 women) avant de s’engager une dernière fois auprès de l’Armée pour soutenir la Guerre du Viêt Nam. Il s’y rend par deux fois en 1967 et 1968 et produit le film "Vietnam, Vietnam" pour l’United States Information Agency.

Documents joints

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