Le cinéma polonais

  • Mis à jour : 8 décembre 2016

LE CINEMA POLONAIS

L’histoire du Cinéma polonais est presque aussi longue que celle de la cinématographie. Le cinéma polonais a acquis une renommée universelle, plus en raison de leur qualité que par la part d’audience qu’ils ont recueillie

A partir de 1955, les travaux faits par l’école polonaise du film ont eu une forte influence sur des mouvements cinématographiques tels que la Nouvelle Vague, le Néoréalisme et même le cinéma classique hollywoodien.

De plus, des réalisateurs polonais comme Roman Polanski, Krzysztof Kielowski, Agnieszka Holland , Andrzej Wajda, Andrzej Żuawski ont eu un impact fort sur le développement de la cinématographie. D

Depuis 1990, le cinéma polonais n’est plus exposé à la censure. Les productions polonaises récentes, bien que de plus en plus diverses, ont tendance à être plus inspirées par le film américain.

DEBUT

La première salle de cinéma en Pologne (alors occupé par l’Empire russe) fut construite à Łódź, en 1899, quelques années après l’invention de la cinématographie. Initialement appelé Living Pictures théâtre, elle gagna beaucoup en popularité. C’est pourquoi, une dizaine d’années après, il y avait dans chaque grande ville polonaise des cinémas.

Sans nul doute, le premier cinéaste polonais fut Kazimierz Prószyski, qui tourna plusieurs documentaires sur la ville de Varsovie. Sa pellicule photographique fut brevetée avant l’invention des frères Lumière. Boleslas Matuszewski fut, lui aussi, pionnier du cinéma. Il est, en effet, devenu l’un des premiers réalisateurs de films à travailler pour la société des frères Lumière, et fut par la suite photographe officiel du tsar Nicolas II de Russie, en 1897.

Le premier long-métrage polonais, Antopierwszy raz w Warszawie (Antos pour la première fois à Varsovie) a été tourné en 1908, par Antoni Fertner. La date de son avant-première, le 22 octobre 1908, est considérée comme la date fondatrice de l’industrie cinématographique polonaise. Par la suite, des artistes polonais ont commencé à expérimenter d’autres genres de cinéma : en 1910, Wadysaw Starewicz, crée l’un des premiers dessins animés au monde - et le premier à utiliser l’animation en volume. Le cinéma polonais est en plein essor. On adapte, au grand écran, des livres de la littérature polonaise.

Pola Negri Le cinéma polonais traversa les frontières au cours de la Première Guerre mondiale. Effectivement des films réalisés à Varsovie ou à Vilnius, étaient souvent diffusés dans les salles de projection à Berlin. C’est ainsi que la jeune actrice Pola Negri (née Barbara Apolonia Chaupiec), s’est fait connaître en Allemagne et devint une grande star du cinéma muet.

Il faut mentionner la production intéressante et diversifiée de films juifs en yiddish dans la Pologne des années 30. De nos jours, des films comme "Le Dybbouk" (1937) de Micha Waszyski ou" Jidl mitn fidl" (1936) de Józef Green et Jan Nowina-Przybylski, dont les copies ont été restaurées, connaissent une nouvelle jeunesse. L’actrice américaine Molly Picon est venue interpréter ce film en Pologne, bien que d’habitude les rôles principaux aient été tenus par de grands acteurs juifs vivant en Pologne, tels Ida Kamiska.

APRES LA SECONDE GUERRE MONDIALE

La tradition artistique du cinéma polonais s’est formée á l’époque du totalitarisme. Dans les années 1956-1981, alors que le régime communiste perdait de son intransigeance idéologique, le cinéma polonais a réussi, dans la plupart des cas, á se soustraire aux exigences idéologiques du pouvoir en se plaçant du côté de la société. C’est de cette époque que datent les deux plus grands courants de l’histoire du cinéma polonais : "l’école polonaise de cinéma" des années 1956-1961 et "le cinéma de l’inquiétude morale" des années 1975-1981.

La tradition du premier courant, dont les racines remontent á la littérature romantique polonaise, est toujours particulièrement vivante, avec le plus grand rationnaliste et le plus grand railleur de l’école polonaise, Andrzej Munk (1921-1961), réalisateur de " De la veine à revendre" (1959) et de "La Passagère" (1963).

Extrait de la "Veine à revendre" :


De la veine a revendre par malavidafilms

L’histoire de l’autre courant classique du cinéma polonais, le "cinéma de l’inquiétude morale", qui en partant de la réalité, critiquait les déformations du système, est tout á fait différente. Agnieszka Holland (1948) et Krzysztof Kielowski (1941-1996), réalisateur de "L’amateur" (1979), chef-d’oeuvre du genre, sont ses deux plus éminents représentants.

Les films d’Andrzej Wajda offrent des analyses perspicaces des éléments universels de l’histoire de la Pologne. Ses films ont inspiré plusieurs générations polonaises. Roman Polanski, acteur, réalisateur et auteur de scénarios reconnus, a interprété son premier rôle dans " La Génération " (1954) d’Andrzej Wajda, premier film de "l’école polonaise". Il a été l’assistant de Munk dans " De la veine á revendre ", et son premier film, " Quand les anges tombent " (1959, diplôme de l’Ecole de Cinéma de Łódź), était une parodie du genre. :

Pendant ses années de travail á l’étranger, Polanski est resté fidèle à ses collaborateurs polonais, tels que Krzysztof Komeda, auteur de la musique du plus amusant des films britanniques de Polanski, "Le bal des vampires " (1967), et du meilleur de ses films américains "Rosemary’s Baby" (1968).

Jerzy Kawalerowicz (1922) n’a pas échappé à la vogue des films costumés moralisateurs et ascétiques tels que "Mère Jeanne des Anges" (1960) et "Le Pharaon" (1966)


Ext Mere Jeanne des Anges par malavidafilms

Le romancier et le cinéaste Tadeusz Konwicki (1926), a été le précurseur du cinéma d’auteur ( Le dernier jour de l’été , 1958). Ses oeuvres, originales et visionnaires, comme le film autobiographique "Si loin, si près d’ici" (1972) ou " Sur les bords de l’Issa" (1982), basées sur le roman d’un autre Nobel polonais, Czesnaw Minosz, font ressurgir la multiciplicité éthnique de la culture polonaise que partageaient les Polonais, les Juifs, les Russes, les Lithuaniens, les Allemands...

La comédie est le plus populaire des genres du cinéma grand public. Les spectateurs d’aujourd’hui vouent un véritable culte á certains réalisateurs de comédies de l’époque communiste qui ont réussi á illuster l’absurdité du système : Stanislaw Bareja (1929), auteur de " Nounours " (1980) et Marek Piwowski (1935), auteur de " La croisière" (1970). Janusz Machulski (1955), réalisateur de" Sexmission "(1983), avec un beau rôle tenu par Jerzy Stuhr, est devenu le véritable spécialiste du genre.

APRES LA CHUTE DU MUR

Au début des années 90, Kienlowski était considéré comme l’un des meilleurs cinéastes européens. Son cycle " Décalogue " (1988-1989) sert de référence sur la façon de passer de la pure observation de la réalité á des questions élémentaires, primordiales pour chacun de nous. Il a poursuivi cette voie en tournant les coproductions " La double vie de Véronique "

(1991) et la trilogie " Trois couleurs " (1993-1994), avec l’inoubliable musique de Zbigniew Preisner. Les rôles dans ces films ont permis aux jeunes actrices françaises Juliette Binoche et Irène Jacob de renouer avec les meilleures traditions d’interprétation du cinéma européen.

En tant qu’industrie, le cinéma polonais a prouvé son efficacité au début des années 90, en coproduisant " La Liste de Schindler " (1993) de Steven Spielberg, pour laquelle le caméraman Janusz Kaminski et les scénographes Allan Starski et Ewa Braun ont reçu des Oscars.

Parmi les plus grands artistes de l’école polonaise du cinéma, il faut également nommer Kazimierz Kutz (1929), auteur de très beaux films décrivant le folklore de la Haute Silésie. "La mort comme une bouchée de pain" (1994), avec la superbe musique de Wojciech Kilar, a rappelé le mythe de "Solidarité" ouvrière par la reconstitution d’un événement tragique : la pacification par l’armée des grévistes de la mine silésienne "Wujek", après l’instauration de la loi martiale, en décembre 1981.

" Le Pianiste " de Roman Polanski, lauréat de la Palme d’Or du festival de Cannes 2002 et décoré de trois Oscars en 2003, peut être considéré comme la plus récente des manifestations de l’école polonaise du cinéma. Ce film est une coproduction polonaise, il a été réalisé en Pologne et parle de la destinée d’un artiste d’origine juive. La musique et les photos du Pianiste sont également l’oeuvre des polonais Wojciech Kilar et Pawen Edelmann.

Le "cinéma de l’inquiétude morale" demeure toujours un mode de création productif. Krzysztof Zanussi (1939) est le plus actif parmi ses réalisateurs. Son film " La vie comme une maladie mortelle sexuellement transmissible " (2000), est un moyen de parler de choses irréversibles en continuant d’observer le monde contemporain. Les générations suivantes de réalisateurs s’inscrivent dans un modèle semblable. Dans son film " La dette " (1999), Krzysztof Krauze (1953), en décrivant une affaire criminelle authentique du début des années 1990, a posé des questions sur les limites juridiques de l’auto-défense, mais aussi des questions morales et politiques concernant le prix des changements politiques et la préparation spirituelle á la liberté. Robert Glinski (1952), dans le film " Salut Tereska " (2001), en retraçant la destinée difficile de deux adolescentes entrant dans la vie adulte, montre comment la déchéance actuelle des valeurs mène á l’impuissance des institutions á mission éducative.

Parmi ces oeuvres, les débuts cinématographiques de Piotr Trzaskalski (1967), avec " Edi " (2002), semblent plus optimistes : grâce á une série d’images suggestives, il parvient á convaincre le spectateur que même la vie d’outsider sans abri n’est pas un obstacle á l’harmonie intérieure et au bonheur. Le metteur en scène allie avec beaucoup de sensibilité un enregistrement objectif de la misère de ce monde á des images dignes d’un adepte du bouddhisme.

LE DOCUMENTAIRE POLONAIS

Le film documentaire artistique est fort important dans la tradition du cinéma polonais. Le maître du genre, Kazimierz Karabasz (1930), auteur des célèbres " Musiciens " (1960), est toujours professeur á l’Ecole de Cinéma de Łódź.

L’école polonaise du film documentaire consistait á produire un tableau de la réalité qui permettait de généraliser en créant une métaphore du destin. Krzysztof KieNlowski a réalisé de superbes films documentaires (" Le premier amour", "L’hôpital "). Marcel Łozinski (1940), qui, á l’époque du communisme, a créé des documentaires démasquant l’hypocrisie du système ("Comment vivre", 1977), est aujourd’hui une véritable référence en la matière. Dans des films comme " A 89 mm de l’Europe " (1994) et " Tout peut arriver " (1995), il est en quête de situations qui décrivent l’état de la spiritualité de l’homme contemporain.

Son fils Pawen Łozinski (1965) est un des meilleurs documentalistes de la jeune génération. Il a réussi á créer une formule originale de document privé, en filmant en VHS des voisins vivant dans le même immeuble (" Une histoire comme ceci ", 1999). Andrzej Fidyk (1953), voyageur et auteur de documentaires, se distingue également, grâce á son " Défilé " (1989), enregistrement des festivités du 40e anniversaire de la République Populaire de Corée, métaphore fascinante du système totalitaire. Le film Les " Cinochards de Calcutta" (1998), hommage á l’Inde et sa cinématographie, a obtenu le Grand Prix du festival de films de télévision de Banff. " La danse des roseaux " (2001) est une description colorée quoique pessimiste des problèmes et des coutumes du Swaziland, petit pays du sud de l’Afrique. Selon un rapport de l’ONU datant de juin 2000, au cours des quelques années á venir la moitié des adolescents du Swaziland périra du Sida. Le fim de Fidyk a reçu le prix World Media Festival de Hambourg dans la catégorie "société", et il a été classé parmi les 10 meilleures productions du monde en 2001 lors de la foire de la télévision á Cologne.

LE DESSIN ANIME POLONAIS

Le dessin animé polonais fut par le passé le lieu de diverses recherches artistiques, sans pour autant abandonner ses ambitions philosophiques ou littéraires. Jan Lenica (1928-2001), auteur de " Labirynthe " (1963), de " Ubu et la grande Gidonille " (1979) et Walerian Borowczyk (1923), réalisateur d’animations grotesques (" Le Théâtre de M. et Mme Kabal ", 1962), sont considérés comme des maîtres du genre. Le cracovien Jerzy Kucia (1942), éternel expérimentateur, appelé le "Bresson de l’animation mondiale", et le varsovien Piotr DumaNa (1956), auteur d’adaptations originales de chefs-d’oeuvre de la littérature mondiale, sont les plus grands réalisateurs de films animés á l’heure actuelle. Zbigniew Rybczynski (1949), lauréat du premier Oscar polonais pour le film "Tango " (1982), a mérité le surnom de "pape de la vidéo". Dans des films comme " Steps " (1987), " L’orchestre " (1990) ou " Kafka " (1991) il expérimente les possibilités cognitives encore inconnues qu’offrent les nouvelles technologies, comme la Haute Définition.

LE CINEMA POLONAIS D’AUJOURD’UI

Le cinéma polonais d’aujourd’hui se caractérise par la présence d’un groupe d’auteurs individualistes, qui ont forgé une poétique originale et communiquent avec le public par le biais d’un univers constitué de débris d’une biographie authentique ou de mythologisée. Andrzej Kondratiuk (1936) est peut être l’auteur le plus opiniâtre du groupe. Depuis des années, dans des films comme " Le Fuseau horaire " (1995) ou " L’horloge solaire " (1997) il crée un cinéma autobiographique personnel, en assumant les fonctions d’auteur de scénarios, de metteur en scène, de producteur et d’interprête de rôles de premier plan. Marek Koterski (1942), auteur de " La journée d’un dingue " (2002), avec Marek Kondrat, un des meilleurs acteurs polonais, est le principal persifleur du cinéma d’aujourd’hui. Les héros de ses films partagent le destin amer des intellectuels frustrés. Le débutant le plus remarqué dans les années 90, Jan Jakub Kolski (1956), a réussi á créer dans des films comme " Jancio Wodnik " (1993) et " L’histoire du cinéma de Popielawy " (1998) un monde á part, éloigné de la civilisation, situé á la campagne, où les questions éthiques fondamentales résonnent de façon naturelle. Il faut également situer dans ce groupe Jerzy Stuhr (1947), un des plus grands acteurs du "cinéma de l’inquiétude morale", qui a débuté avec succès comme réalisateur avec " Histoires d’amour " (1997) et" Le grand animal " (2000).

La Pologne possède deux écoles de cinéma. L’Ecole Nationale de Cinéma, de Télévison et de Théâtre de Łódź, qui est la plus ancienne et la plus connue. Elle a formé de nombreux metteurs en scène comme Wajda, PolaNski, Krzysztof Zanussi ou KieNlowski, caméramen, acteurs et producteurs de réputation mondiale. La seconde appartient à la Faculté de Radio et de Télévision de l’Université de Silésie á Katowice. Les deux universités accueillent des étudiants étrangers. Ceux qui obtiennent un diplôme peuvent débuter avec des films de long métrage, dans le cadre du cycle "Générations 2000". Les jeunes auteurs des meilleurs films, comme Mangorzata Szumowska ("L’homme heureux", 2000), Łukasz Barczyk ("Je te regarde Marie", 2000) ou Marek Lechki ("Ma ville", 2002), génération formée dans un pays désormais démocratique, enrichissent le cinéma national d’une nouvelle perspective libérée des complexes de l’ancienne génération.

L’IMPACT DU CINEMA POLONAIS

Le grand maître du cinéma polonais Andrzej Wajda (1926), réalisateur de " Cendre et diamants " (1958), de la " Terre de la grande promesse " (1974) ou de " L’homme de marbre " (1976) a reçu, en 2000, un Oscar pour la totalité de son oeuvre. Sa réalisation récente du poème "Monsieur Thadée" (Pan Tadeusz) d’Adam Mickiewicz (1999) a rappelé aux Polonais leur rêve collectif, tout en montrant à quel point cette vision s’éloigne de la réalité d’aujourd’hui. Lors du Festival de Berlin 1999, la Cinema Foundation américaine a honoré Wajda de son nouveau Prix de la Liberté, destiné á la personnalité artistique la plus créative des pays d’Europe Centrale et Orientale. Le Prix porte depuis le nom d’Andrzej Wajda, qui le remet personnellement.

Parmi les nombreux festivals organisés en Pologne chaque année, le Festival National de Films de Long Métrage de Gdynia (auparavant de Gdansk), organisé depuis 1974, est le plus important. Chaque année en septembre on y montre la totalité de la production cinématographique de l’année, en vue d’attribuer Le Grand Prix, portant le nom des Lions d’Or. Le Festival de Films de Cracovie, qui existe depuis 1960, se compose d’un concours national et d’un concours international. On y attribue des Lajkonik et des Dragons d’Or pour les meilleurs documentaires et les meilleurs courts métrages. Le Festival International "Camerimage", qui attribue des Grenouilles d’Or aux meilleurs opérateurs, est le plus récent (1993).

Article tiré du site "Polska"