Café cinéma 23 janvier 2013 _ Luis Bunuel

  • Mis à jour : 25 janvier 2013

Présentation de la vie et de l’oeuvre de Luis Bunuel FICHE LUIS BUNUEL

« Je ne cherche pas à embellir les images. Si l’image est jolie, c’est son affaire » Luis Buñuel

BIOGRAPHIE

L’ESPAGNE
Luis Buñuel est né le 22 février 1900 à Calanda (Aragon, Espagne) dans une ville réputée pour son conservatisme (pour ne pas dire plus) religieux Peu de temps après sa naissance, sa famille déménage à Saragosse. Il restera cependant très attaché à son village natal, et y retournera régulièrement. Le relief rocailleux, les environs désertiques, le caractère rugueux des habitants de la région marqueront le comportement du futur artiste, comme l’illustre un de ses courts-métrages : Un chien andalou.
Il étudie chez les jésuites jusqu’à l’âge de quinze ans et reçoit une formation répressive qui le marqueront encore une fois de plus. Il regrettera toute sa vie de ne pas avoir pu jouer de la musique (il jouait du violon) en raison de sa surdité.

 ? 19 ans, il part vivre à Madrid pour commencer des études supérieures (il suit les cours du Museum d’histoire naturelle). Il rencontre Salvador Dali et Federico Garcia Lorca, apporte son soutien au mouvement dadaïste. En 1923, il fonde avec Federico Garcia Lorca, entre autres, l’Ordre de Tolède. Comme Buñuel le raconte dans ses souvenirs, la décision de fonder cet ordre lui est venue après une vision provoquée par l’absorption d’alcool. Cette vision lui est apparue en pénétrant dans une cathédrale gothique où "il entendit des milliers d’oiseaux et quelque chose lui dire de rentrer aux Carmélites, non pas pour devenir moine, mais pour voler la caisse du couvent." Le but principal de l’ordre était de se rendre le plus souvent possible à Tolède, ville considérée comme sainte par ses membres, de manger et de boire plus de que raison, pour ensuite déambuler dans les rues de la ville et "se mettre en état d’y recevoir les expériences les plus inoubliables". Chaque membre devait verser dix pesetas à la caisse commune, en d’autres termes dans la poche du fondateur

LA FRANCE

En 1925 (25 ans) , diplômé de philosophie il vient à Paris. Il débute dans la mise en scène de théâtre.
La projection du film de Fritz Lang, Les trois lumières est pour lui une véritable révélation. Il décide d’étudier à l’Académie du cinéma et de tourner des films. Il se fait embaucher comme assistant réalisateur de Jean Epstein, sur le tourage, en 1926, de "Mauprat" d’après un roman de George Sand. [Deux membres de la famille Mauprat, doivent leur fortune à l’audace de leurs brigandages. Retirés dans le château qui leur sert de quartier général, ils y préparent minutieusement leurs coups, qu’ils exécutent ensuite en toute impunité]

Puis, en 1928, toujours sous la direction de Epstein, c’est "La Chute de la maison Usher." Ce film est l’adaptation d’une nouvelle éponyme d’Edgar Poe. Appelé par Lord Roderick Usher, inquiet de la santé de sa compagne, avec laquelle il vit dans une maison perdue au milieu des étangs, un de ses amis se rend dans ce lieu chargé d’angoisse et d’énigmes. il trouve le maître de céans en train de peindre avec acharnement le portrait de son épouse ; celle-ci s’étiole dans cette atmosphère lugubre, transmettant le peu de vie qui lui reste au portrait. Un jour, elle s’effondre. On l’enterre dans la crypte du parc. Mais Roderick est persuadé qu’elle n’est qu’endormie. Elle sortira seule de la tombe par une nuit d’orage, tandis que la foudre tombe sur la maison Usher. Grâce à son écriture, le film réussit à créer un climat onirique impressionnant et impose une atmosphère inquiétante et morbide, c’est probablement la plus grande réussite de l’histoire du cinéma français dans le domaine du fantastique.

La même année associé avec Salvador Dali il tourne de court métrage "Le chien andalou". Deux ans plus tard, " L’âge d’or" crée un véritable scandale. Ce chef-d’ ?uvre du cinéma surréaliste, inspiré de Sade et de Lautréamont, mobilise l’Action française et sera finalement interdit par la censure le 10 décembre 1930, interdiction qui ne sera levée qu’en 1981. En 1932, il tourne en Espagne un documentaire "Ma terre sans pain"

LES ETATS UNIS

Entre 1933 (33 ans) et 1935, Buñuel travaille pour des compagnies américaines. La guerre civile qui éclate en Espagne le bouleverse. Il participe à un documentaire pro-républicain "Madrid 36", puis il se rend aux  ?tats-Unis. il part aux Etats-Unis où ses projets avec Hollywood n’aboutissent pas. Il y rencontre néanmoins Chaplin et Eisenstein. Il travaille à démontrer l’efficacité et le danger des films de propagande nazis (il utilise en particulier un film de Leni Riefenstahl). Mais il ne cache pas son anticatholicisme et son marxisme et subit des pressions, notamment après la parution, en 1942, du livre de Salvador Dali "La Vie secrête de Salvador Dali". Il doit abandonner son poste au Museum of Modern Art de New York et s’exiler au Mexique.

LE MEXIQUE

Il y reprend sa carrière de réalisateur, grâce au producteur Oscar Dancigers. Son premier film mexicain, la comédie musicale "Gran Casino" (1947), est un échec. Mais le second, une petite comédie avec Fernando Soler, "Le Grand Noceur" (1949), remporte un grand succès. Elle lui vaut aussi la réputation d’un cinéaste fiable, capable de respecter ses budgets.

Dancigers lui suggère ensuite de s’intéresser à la vie des enfants de Mexico : "Los Olvidados", présenté au Festival de Cannes 1951, remporte le prix de la mise en scène et remet Buñuel au premier plan. "Tourments" et "La Vie criminelle d’Archibald de la Cruz", ses meilleurs films mexicains sont pleins de référence au marquis de Sade, à la religion, à la bourgeoisie. "Nazarin" (1958) marque l’apogée de sa période mexicaine.

Buñuel est toujours lui-même : "La Montée au ciel "(1952) est un film surréaliste, "Robinson Crusoe " (1954) est une adaptation développant les obsessions bunuéliennes, "Abismos de pasion" (1954) celle des "Hauts de Hurlevent". "La Mort en ce jardin" (1956), puis "L’Ange exterminateur" (1962), "Le Journal d’une femme de chambre" (1964) adaptation du célèbre roman d’Octave Mirbeaun avec Jeanne Moreau En choisissant de repousser de trente ans l’action du roman d’Octave Mirbeau, Luis Buñuel s’offre une belle vengeance sur ceux qui bâillonnèrent ses débuts dans les années 1930 : dans la dernière séquence du film, des manifestants « antimétèques » scandent effectivement « Vive Chiappe ! ». "Simon du désert" (1965) marque la fin de sa période mexicaine.

L’EUROPE

Entre temps, un bref retour en Espagne, en 1961, voit la production de "Viridiana". Le film sera Palme d’Or à Cannes en 1961 (ex-æquo avec Une Si longue absence de Henri Colpi) et ne sortira en France qu’en 1962. Ce film surtout provoque de gros remous politiques, diplomatiques et religieux. Le régime de Franco, après avoir permis le tournage et accepté que le film représente l’Espagne au festival finit par l’interdire complètement. Les copies espagnoles sont saisies et détruites mais le film est distribué normalement en France. Le film n’est distribué en Espagne qu’en 1977, deux ans après la mort du caudillo.

La dernière période est celle de la collaboration avec Jean-Claude Carrière. Sa collaboration avec Buñuel durera dix-neuf ans jusqu’à la mort de Buñuel Un certain classicisme définit cette époque avec des films qui empruntent souvent le principe de suite de sketches. Mais que l’on ne s’y trompe pas, derrière "Belle de Jour" (1967), "La Voie lactée" (1969) ou encore "Le Charme discret de la bourgeoisie" (1972 - Oscar du film étranger), c’est toujours L’Age d’or qui est en toile de fond. Il tourne "Tristana" en Espagne, à Tolède, malgré l’incident provoqué par Viridiana. Buñuel choisit d’arrêter sa carrière de réalisateur en 1976 avec "Cet obscur objet du désir". Buñuel utilise le thème du roman de Pierre Louÿs (La Femme et le Pantin) pour mieux le déstructurer, le "démembrer". Le rôle de Conchita est, par exemple, joué alternativement par Carole Bouquet et Angela Molina qui constituent les deux facettes d’un personnage mi-ange mi-démon sans souci de ressemblance physique. Un peu à l’image d’un Luis Buñuel dont l’apparente versatilité traduit une unité complexe. Il décède le 29 juillet 1983 à Mexico (Mexique).

SON "STYLE"

Le contexte intellectuel

L ??arrivée du XXe siècle fut accompagnée de grands bouleversements sur le continent européen, notamment sur le plan culturel, historique ainsi qu ??artistique. D ??un point de vue intellectuel, l ??Europe vit émerger des mouvements totalement innovateurs notamment le Cubisme, le Dadaïsme, l ??Expressionisme, le Futurisme ou encore le Surréalisme. Ce dernier fit parler le monde artistique européen. Le Surréalisme, qui se proposait de transcender toute esthétique ainsi que toute logique artistique, se convertit en un véritable credo intellectuel à caractère révolutionnaire. En effet, faisant son apparition dans ce nouveau siècle Buñuel signera son passage dans le monde du cinéma en le révolutionnant. L ??impact de son
oeuvre et sa popularité est bien souvent reliée au caractère extraordinaire des films de ce réalisateur.
Sa carrière dans le monde du cinéma a été à la fois scandaleuse et quelque peu confuse, si bien qu ??il devient difficile de le catégoriser. Bunuel a reçu une éducation religieuse à l ??école jésuite de Salvador à Saragosse. Il en portera durablement les stigmates et en combattra les causes dans son cinéma « Les deux sentiments essentiels de mon enfance, qui perdurèrent avec force pendant l ??adolescence, furent ceux d ??un profond érotisme, tout d ??abord sublimé dans une forte religiosité, et une constante conscience de la mort. »). L ??arrivée de Buñuel en 1917 à la Résidence d ??étudiants à Madrid marque une date clé notamment sa rencontre avec Lorca et Dali, eux-mêmes futures grandes figures du XXe siècle. Buñuel est d ??emblée attiré par les mouvements d ??avant-garde et il trouvera sa place auprès de ceux que l ??on nommera la Génération de 1927.

Le surréalisme

C’est en 1928 que s’exprime une des constantes du cinéma de Bunuel : le Surréalisme.

Un chien Andalou

Son premier film "Un chien Andalou" dont le scénario est écrit avec Salvador Dalí. Dans un premier temps, ce film est projeté en privé pour Man Ray et Louis Aragon. Très enthousiastes, ces derniers demandent à Buñuel d’organiser une séance pour les surréalistes. Concernant la première projection devant les membres du groupe surréaliste au Studio des Ursulines Bunuel en a lui-même raconté la petite histoire , qu’on peut croire conforme à la réalité : il s’était muni de pierres, autant pour se défendre s’il se trouvait agressé, que pour les jeter sur les spectateurs s’ils venaient à manifester en huant le film.
Vidéo : Chien Andalou

Le style surréalisme

Le film est une succession de scènes ayant pour seuls liens logiques quelques personnages et le décor d’un intérieur parisien. Dans l’ensemble, il s’agit des relations violentes et difficiles entre un homme et une femme dans un appartement. Le fil conducteur serait les tentatives de l’homme poussé par le désir vers la femme, qui, le plus souvent, se défend. Des objets et des personnages inattendus apparaissent et disparaissent, laissant le spectateur libre de leur attribuer une part de réalité, d’imagination. L’étrangeté de l’ensemble est délibérément onirique, selon le principe surréaliste défini par André Breton dans son Manifeste du surréalisme.
Ainsi, dans Un chien andalou, rêve et réalité sont deux instances complémentaires : « Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, la surréalité [...] c’est à sa conquête que je vais. »
On retrouve dans ce film les symboles de Dali.
Les fourmis, par exemple, récurrentes dans l ?? ?uvre de Dali, symbolisent la putréfaction. Le fait de vivre sans se poser de question sur la vie, le fait d’agir sans se demander pourquoi cette action, tomber dans la routine mène immanquablement à la putréfaction. Dans le film, l’homme, en regardant sa main, peut-être trop consacrée à l’onanisme, se rend compte de cette putréfaction et cette prise de conscience déclenche ce besoin de donner une impulsion à sa vie.
Les pianos encombrés d’ânes morts rappellent une toile de Dali portant exactement le même sujet. Le piano symbolise la bourgeoisie, thème également omniprésent chez les surréalistes. Trainer le piano évoque l’ensemble des valeurs de la bourgeoisie qui s’imposent au héros du film et le contraignent dans la séducton L’âne mort appartient à l’histoire intime de Dali. Elle évoque un épisode d’enfance, qui se déroule pendant une fête de village, au cours de laquelle une fillette, qui ne laissait pas insensible le jeune Salvador, l’aborda. Celui-ci, impressionné, tenta de fuir mais la petite était persévérante. C’est alors que dans la rue un âne, utilisé dans la fête publique, s’écroula mort. Et là, contre toute attente, le jeune Dali se précipita sur la bête inanimée et la mordit jusqu’au sang. Il montra aussitôt sa bouche ensanglantée. Stupeur. La fillette disparut de la vie de Salvador mais l’âne mort est resté dans l’univers du peintre. On le retrouve ici, lié à une scène de désir sexuel inassouvi.
Les apparitions d’hermaphrodites, de suicides et a fortiori de morts, d ?? ?ufs dont le liquide coule, rappelant d’une part le paradis perdu de la vie intra-utérine, qui se termine violemment et qui oblige à ouvrir les yeux sur le monde, sont encore une fois des références connues du monde très riche de Dali.

Autour du film

Le film a été inspiré par des rêves de Salvador Dalí et de Luis Buñuel, qui raconte :« En arrivant chez Dalí, à Figueras, invité à passer quelques jours, je lui racontais que j’avais rêvé, peu de temps auparavant, d’un nuage effilé coupant la lune et d’une lame de rasoir fendant un  ?il. De son côté il me raconta qu’il venait de voir en rêve, la nuit précédente, une main pleine de fourmis. Il ajouta : "et si nous faisions un film, en partant de ça ?" »
Federico García Lorca, ami des deux auteurs du film, crut se reconnaitre dans le titre ce dont il se trouva mal ; selon lui Le chien andalou avait été le surnom moqueur que lui auraient donné Buñuel et Dalí .

L’ ?ge d’or

Le 30 novembre 1930, après la première projection du film "L’ ?ge d’or", co-réalisé par Salvador Dalí (selon José Pierre : « Peut-être l’unique film intentionnellement surréaliste ».

Le synopsis

Histoire de la communion totale mais éphémère de deux amants que séparent les conventions familiales et sociales et les interdits sexuels et religieux, le film est une succession d’épisodes allégoriques teintés d’humour noir, commençant par un documentaire sur les scorpions et s’achevant sur une transposition des Cent Vingt Journées de Sodome de Sade.

Vidéo : Age d’or

Le style

S’il propose diverses recherches formelles comme le collage, le film n’a pas, plastiquement, la même ambition qu’"Un chien andalou". Cependant, la violence du propos antipatriotique, antihumaniste et, surtout, antichrétien (principal objet de la plupart des coupes exigées par la censure), le ton pessimiste et lyrique, font de L’ ?ge d’or, « peut-être l’unique film intentionnellement surréaliste » (José Pierre).

Les difficultés

Quelques jours après la première projection, la Ligue des patriotes et la Ligue anti-juive saccagent le Studio 28 à Montmartre, Paris 18e, qui projette le film et propose dans son hall une exposition d’ ?uvres surréalistes. Ce saccage est le déclenchement d’une virulente campagne de presse contre les surréalistes, et le préfet de police Chiappe fait saisir le film. En fait, seule la copie de projection sera confisquée et détruite, le négatif étant resté en la possession du vicomte de Noailles et de son épouse Marie-Laure, les mécènes du film. L’interdiction de projection ne sera levée qu’en 1980.

La comédie musicale et la comédie

Le Grand Casino

Synopsis

Deux hommes évadés d’une prison trouvent du travail dans une exploitation pétrolière. Soupçonnés d’avoir tué un homme d’affaire, l’un d’entre eux mène une enquête et découvre que le meurtre était commandité par un grand trust ?
Vidéo : Gran Casino

Style

C’est le premier film mexicain de Buñuel qui n’avait pas tourné depuis quinze ans. Le cinéaste s’attaque aux capitalistes des grandes industries du pétrole mexicaines tout en accompagnant son récit de chansonnettes, ce qui donne une comédie musicale socialisante accommodée d’un humour brutal.

Le réalisme social

Los Olvidados (Pitié pour eux)

Synopsis

El Jaibo, un adolescent des rues, s ??échappe de la maison de correction et retrouve ses compagnons d’infortune dans leur bidonville de la banlieue de Mexico. Avec Pedro et d ??autres enfants, il tente d ??attaquer Don Carmelo, un aveugle cruel qui survit en jouant de la musique dans les rues. Quelques jours après, Jaibo tue, en présence de Pedro, le jeune homme qu ??il accuse de l ??avoir dénoncé.  ? partir de ce moment, les destins de Pedro et du Jaibo sont tragiquement unis.
Vidéo : Los Olvidados

Analyse

Los Olvidados (les oubliés) sont tous ces jeunes Mexicains des années 1950 rejetés socialement à la périphérie de la capitale suite à une misère physique et intellectuelle que leur ont légués des générations antérieures brisées par l ??alcool et l ??analphabétisme.

L ??environnement déplorable quotidien que subissent ces jeunes adolescents brise une nature fondamentale de bonté que l ??enfant possède par défaut. Ces gosses positionnés dans une brutalité quotidienne croupissent au jour le jour dans un monde de combines et de rapines stagnantes.

Le drame de ces enfants est purement interne, le manque total d ??amour maternel déclenchent pour certains une approche primaire de la vie. N ??ayant aucune notion de tendresse, ils sont dans l ??incapacité de redistribuer ce qu ??ils ignorent.

 ? l ??inverse de Miracle à Milan de Vittorio de Sica qui montrait une misère sociale atténuée par la sensibilité et la bonté distillée par Toto envers son entourage, ici le ton est dur, sans pitié. Il n ??y a pas de constat matériel « riche, pauvre » à faire. Cette misère interne est localisée dans un territoire bien défini, la sécheresse totale des esprits. Un manque de positionnement digne de ces enfants dans des comportements adaptés à la logique naturelle de leur âge les rend semblables à de véritables pierres brutes de la société livrées à eux-mêmes.

L ??encadrement de départ a été complètement inexistant, ils créent donc leurs propres déséquilibres en appliquant des lois scélérates. Un directeur de prison seul personnage encourageant par son discours tolérant envers ses enfants atténue la froideur de l ??ensemble. Le dénouement final semble une délivrance pour Jaibo, débarrassé enfin de toute cette crasse.

Nazarin

Nazarin est une entorse à l’anticléricalisme de Bunuel. Ce film raconte l’histoire d’un prêtre tel que Bunuel l’aurait souhaité. Tourné vers les pauves allant jusqu’au sacrifice, le prêtre Nazario (Francisco Rabal) se trouve dans presque tous les sens admirable et vertueux. Debout, mais pas moralisateur ou de jugement, dévot, mais pas superstitieux ou non scientifiques, ascétique, mais robuste et viril, porte à la fois spirituel et du temporel bien-être des autres, le Père.

Vidéo : Nazarin

Pourtant, Nazario rencontre de défaillance constant et de rejet. Un jour, un enfant malade pour qui il prie récupère, mais cela provoque seulement une paire de femmes superstitieuses (en alternance suggestive de Marie et de Marthe ou de Marie-Madeleine) à le considérer avec une dévotion presque idolâtre, qui le suivait comme des groupies, tout en ignorant ses efforts pour éclairer ou les instruire. Dans un pestiféré pueblo le prêtre trouve une jeune femme sur son lit de mort et tente de transformer ses pensées aux choses spirituelles, mais elle ne veut être avec son amant et le prêtre est forcé de quitter. En fin de compte, il semble douteux que ce qu’il a fait de bien à personne durable.

Dans un échange de clé vers la fin du film, un criminel sympathique (un type du Bon Larron) dit fataliste : « Tu es sur le côté du bien, je suis du côté du mal, mais aucun de nous n’est tout utiliser pour quoi que ce soit. " Ce commentaire va à la maison comme un coup de feu, laissant Nazario perdus et de sombrer.

Sur la surface, la représentation Nazarín l’apparence positive d’un prêtre honorable suggère l’un de ces hommages artistiques fascinantes à la croyance ou de croyants qui viennent de temps en temps par des artistes qui ne sont pas eux-mêmes croyants, tels que "L’ ?vangile selon Matthieu" , de marxiste homosexuel cinéaste Pier Paolo Pasolini (Buñuel était un athée de longue date, mais il aurait vécu une conversion religieuse vers la fin de sa vie.)

Viridiana

Synopsis

Viridiana va bientôt prononcer ses v ?ux et s’enfermer dans un couvent. Auparavant, elle vient une dernière fois saluer son oncle, riche bourgeois. L’oncle la drogue et fait semblant d’abuser d’elle afin qu’elle accepte de l’épouser. Elle refuse, horrifiée. Rongé par le remords, il se donne la mort.

Héritière du domaine avec son cousin, Viridiana renonce au cloître et décide de consacrer sa vie et sa propriété aux pauvres. Un soir de fête, les gens qu’elle a aidés se saoulent, pillent la maison et essaient de violer leur bienfaitrice.

Sauvée par son cousin, elle cède à ses charmes et accepte à la fin de s’installer avec lui et la servante dans un ménage à trois.

Vidéo : Viridiana

Analyse

Buñuel continue de régler ses comptes avec l’oppression qu’il a subie dans sa jeunesse et aborde ses thèmes préférés : le fétichisme sexuel et l’inceste, l’hypocrisie de l’ ?glise, la bêtise et la suffisance de la bourgeoisie, la bestialité populaire. La « Cène » où le Christ et ses apôtres sont remplacés par des mendiants reste un monument de provocation.

Belle de jour

Synopsis

Séverine Serizy est une jeune et très belle femme aux fantasmes masochistes assez particuliers. Elle est mariée au docteur Pierre Serizy (Jean Sorel) qu’elle aime « au-delà du plaisir » : elle ne parvient en effet pas à trouver le plaisir auprès de lui, ce qui les frustre tous les deux. Un ami du couple, Monsieur Henri Husson (Michel Piccoli), lui parle d’un bordel de luxe et lui avoue son désir pour elle. Insatisfaite sexuellement, Séverine commence secrètement à y travailler, se prostituant seulement certains après-midi de 14 à 17 heures, d’où son surnom Belle de jour, avant de retourner dans les bras de son mari, qui, heureux, ne se doute de rien.

Vidéo : Belle de jour

Analyse

Pour Olivier Bourque de la revue Séquences, Bunuel dresse « un portrait implacable des contraintes de la bourgeoisie. Sans jugement aucun, il accompagne cette femme, cette héroïne bovarienne, qui ne peut vivre dans un milieu social qu’elle trouve étouffant. Il ne donne pas plus de réponses sur les motivations de la belle à être violée, brutalisée. Mais le film apporte tout de même un éclairage : Séverine se transforme en une épouse épanouie à partir du moment où elle devient Belle de jour. »1

Dans ce récit d’une riche épouse d’un interne en médecine qui se livre à la prostitution occasionnelle, Buñuel porte, à son habitude, un regard acide sur la bourgeoisie. Mais il aborde aussi avec pudeur des interrogations sur le bien et le mal, sur la recherche ambigüe du plaisir masochiste par cette femme sujette au bovarysme dans des conditions qui peuvent être humiliantes. Peut-on vendre son corps et y trouver du plaisir ? Et peut-on vendre son corps tout en restant fidèle ? On peut se demander si certaines scènes sont nées de l’imagination de Séverine, ou si elles ont réellement lieu. Ce film présente le conflit entre le plus tendre amour et l’exigence implacable des sens.


Le charme discret de la bourgeoisie

Synopsis : Trois notables essaient de planifier un repas ensemble, mais des événements imprévus empêchent ce dîner.

Vidéo : Belle de jour

Analyse : Le Charme discret de la bourgeoisie est une sorte de fourre-tout magistralement pensé que l ??on peut prendre et savourer par n ??importe quel bout.

Le néant parcourt peu à peu le film pour en contaminer l ??ensemble du récit et des évènements dont le spectateur est témoin (un résumé du sujet et de l ??histoire est quelque peu superflu pour ne pas dire vain) : absence d ??enjeu narratif (regardez à quel point mon résumé du sujet ne paye pas de mine...), enchaînements incongrus de saynètes, personnages disparaissant aussi rapidement qu ??ils sont apparus. Il passerait presque, au vue de ses lignes, pour un film désarticulé sans queue ni tête, un film  ??bêtement ?? surréaliste, carcan extrêmement réducteur dont on a hélas, trop souvent limité l ??auteur de Un Chien Andalou.
Car la nourriture (et par là-même, l ??acte même de manger) est au centre de quasiment toutes les scènes du film. Le fait de se sustenter semble être même, ce vers quoi tend chaque portion du film (sans mauvais jeu de mots !) : la quasi intégralité des scènes semble suivre le même schéma dont l ??issue serait toujours identique, un dîner manqué ; à ce propos, voir l ??inquiétante scène d ??ouverture dans le restaurant ou encore celle du dîner chez les Sénéchal interprétés par Stéphane Audran et Jean-Pierre Cassel, pour ne citer que deux des moments les plus marquants du film. Ou comment le moment du repas devient une sorte de leitmotiv prétexte à toutes les facéties  ??Bunueliennes ??. Et quel moment plus anodin et familier que celui du repas ?