Le cinéma portugais

  • Mis à jour : 11 novembre 2012

Un constat s’impose sur le sujet du cinéma portugais : il est peu connu et paraît être réservé à un cercle d’initiés. Cultures et Cinémas vous donne l’occasion de découvrir ce cinéma particulier. Comme dans le monde entier, les premiers films, vers 1896, furent des documentaires et, depuis, il s’est développé du muet au parlant , mais toujours en marge, dans un style différent.

Le début du cinéma de sa naissance aux années 50

Au début le cinéma portugais est associé à la production de courts-métrages amateur par l ??industriel de la ville de Porto Aurélio Paz dos Reis - 1896. Le premier film de fiction portugais, réalisé en 1907, est le court métrage d ??un photographe de Lisbonne, João Correia.

L ??industrie du cinéma au Portugal débute en 1918, avec la restructuration de la maison Invicta Film, à Porto.  ? cette époque, on adaptait des auteurs classiques portugais, employant des réalisateurs étrangers. Entre les années trente et quarante, des films ont été faits par certains auteurs d ??avant-garde d ??inspiration moderniste, qui hésitaient entre la comédie et le drame historique. Dans les années vingt, on a vu surgir certains films musicaux.

Certains films vont néanmoins inspirer les réalisateurs des années 60 : film de Leitão de Barros ( Maria do Mar -1930) et de celui de Manoel de Oliveira ( Douro, Faina Fluvial  ?? 1931. Documentaire sur l’activite sur les quais de la rive droite du fleuve Douro lors de son passage a travers la ville de Porto.

Maria do Mar (1930) est un film muet portugais, que les connaisseurs considèrent comme le chef-d ?? ?uvre du cinéma muet portugais. Ce documentaire romancé (le premier dans le genre au Portugal), qui met en scène les habitants de Nazaré, petit village de pêcheurs et dont l ??interprétation est confiée essentiellement à des acteurs amateurs, raconte l ??histoire de Falacha, le capitaine d ??un bateau de pêcheurs qui perd une partie de ses hommes lors d ??un naufrage. Parmi eux il y a le mari de Tante Aurélia, qui tient Falacha et sa famille pour responsables de cette tragédie. Quelques années plus tard, Maria, la fille de Falacha, tombe amoureuse de Manuel, le fils de Tante Aurélia

José Leitão de Barros est un étonnant cinéaste portugais, dont l ?? ?uvre reste trop insuffisamment connue, qui a réalisé de nombreux films et documentaires qui font partie des classiques lusophones ( A severa, As pupilas do Senhor Reitor, Bocage, Maria Papoila, Varanda dos Rouxinóis, Inês de Castro, Vendaval maravilloso  ?).

Dans Camões (1946), il raconte de façon très romancée la vie du grand poète portugais Luís Vaz de Camões, auteur des célèbres Lusiades. Un film qui était en compétition lors du Festival de Cannes, et qui fut considéré d ??un grand intérêt historique et national par le régime salazariste. Le rôle principal est tenu par António Vilar, un acteur portugais qui a tourné notamment avec Brigitte Bardot dans La Femme et le pantin, de Julien Duvivier).

A Canção de Lisboa (1933), réalisé par l ??architecte José Cottinelli Telmo, est le premier d ??une série d ??un genre cinématographique particulier, la Comédie Portugaise. Ce film obtint énormément de succès lors de sa sortie auprès de la communauté lusophone mondiale, notamment grâce au caractère typiquement portugais des personnages et des situations qui entraîna un phénomène d ??identification de la part du public.

L ??introduction de chansons qui devinrent très vite populaires auprès des spectateurs n ??est pas non plus étrangère à cette réussite. Une recette efficace qui sera reprise dans les nombreux films qui suivront et qui explique la longévité des comédies portugaises, très appréciées encore de nos jours. Financièrememt parlant, A Canção de Lisboa eut un tel succès que les recettes du film permirent de payer en grande partie les travaux de construction des installations de la société cinématographique Tóbis. Il raconte l ??histoire d ??un étudiant en médecine de Lisbonne, fêtard invétéré, qui passe son temps à faire la cour à sa fiancée, une petite couturière, qui a raté son examen, et qui vit de l ??argent que lui envoient ses tantes qui habitent en province, et auxquelles il fait croire qu ??il a brillamment réussi, alors qu ??en vérité c ??est tout le contraire. Un jour, les tantes débarquent dans la capitale pour lui rendre visite. Tout se complique alors ?

Les années 50 et l’avant "révolution des oeillets" (1974)

Ce n ??est qu ??après le début des années cinquante que la production de films au Portugal démarre, pour le grand public et sous les auspices de l ??« Estado Novo », le régime fasciste d ??Oliveira Salazar. Deux types de films sont réalisés : d’une part, un cinéma populaire composé de comédies légères et de tragédies avec les acteurs en vogue, d’autre part, le régime favorise l’adaptation de grands textes de la littérature, de grandes fresques historiques, héroïques et épiques, des allégories à la gloire de l’Empire.

Une révolution artistique va précéder la Révolution politique (la Révolution des Oeillets de 1974). Elle a su se forger une renommée internationale Au début des années soixante dix, «  Os anos verdes  » de Paulo Rocha

et «  Acto da Primavera  » de Manoel de Oliveira,

sont à l’origine du nouveau cinéma portugais, le « cinema novo ».

La révolution des Oeillets

La Révolution des  ?illets fut un tournant important du cinéma portugais, soit par les possibilités que les nouvelles libertés offraient aux nouveaux cinéastes, soit parce que, démocratiquement, la RTP, la chaîne publique de télévision, ouvrait ses portes à ces indépendants assoiffés.

 ? côté du film anthropologique, au sens profond, surgit, au sens radical, le film politique. Pour lutter on crée des associations coopératives : la Cinequipe, la Cine quanon, le Grupo Zero. Certains cinéastes indépendants s ??organisent, soutenus par des fonds publiques ou produisant pour la télévision. Sont représentatifs du film politique : Alberto Seixas Santos (Grupo Zero), Fernando Matos Silva (Cinequipe), Luís Galvão Teles (Cinequanon), Rui Simões, l ??un des indépendants. En groupe ou isolés, ces cinéastes et producteurs joueront non seulement un rôle important dans le renouvellement formel du cinéma, mais formeraient aussi toute une génération de techniciens qui, avec compétence, iraient, un peu plus tard, servir d ??autres patrons.

Dans les années quatre-vingt, sur les traces de João Botelho, on voit surgir une nouvelle génération de jeunes cinéastes, issus pour la plupart de l ?? ?cole supérieure de théâtre et cinéma de Lisbonne. Favorisé par les soutiens publiques aux premiers films, le cinéma portugais connait alors un nouveau souffle : Pedro Costa, Teresa Villaverde. Pedro Costa, plus crû en anthropologie et dans un registre plus urbain, se servant d’une petite caméra numérique, suit tranquillement la tradition qui va de António Campos jusqu ??à Ricardo Costa. Dans son style personnel, où l ?? ?il critique et l ?? ?il humain s ??ajustent, Sérgio Trefaut poursuit le même chemin. D’autres réalisateurs vont rejoindre ce duo dès les années 70 et 80 : João César Monteiro, João Botelho (« Trafico »),

ou João Mario Grilo (« Loin des Yeux »).

Nouvelle génération, renaissance d’un cinéma - années 90

Dans les années 90, on voit une nouvelle génération reprendre le relais et conserver cette esprit d’innovation et de recherche. Une exception est à relever avec le film de Joaquim Leitão « Adão e Eva  » (Adam et Eve), en 1996, qui a totalisé plus de 250.000 entrées au Portugal. Le seul grand hit populaire au pays. Le réalisateur avait pris le parti d’utiliser des techniques américaines, de faire du « Hoolywood made in Portugal », avec un succès en salles inédit.

Joaquim Sapinho (« Corte de cabelo » et le scénario de « Gloria  »), Teresa Villaverde (« Os mutantes »),

Pedro Costa (« Ossos ») ou Manuela Viegas sont les héritiers de cette « tradition » cinématographique.

Certains sont sélectionnés à Cannes, Berlin ou Venise. Le Festival de Turin a même programmé un spécial Cinéma du Portugal en 99. Les journalistes notaient et metaient en avant cette renaissance du cinéma portugais, désormais riche de 3 générations de style : Oliveira, le plus vieux cinéaste vivant en activité (et le seul portugais à pouvoir s’offrir Malkovich, Deneuve, Mastroianni, Piccoli dans ses films), celle de Monteiro (qui bénéficie d’un succès d’estime souvent mérité) et enfin les nouveaux venus, qui ont baigné dans un Portugal européen, moderne, libre.

Si la production se limitait à dix films par an environ, une dynamique poussait cette jeune création et permettait aux maîtres de continuer. A cet égard, Paulo Branco, le producteur de Oliveira, Monteiro, Botelho, Costa,et même du franco-chilien Ruiz...a eu un rôle primordial pour la diffusion de ce « cinéma rare » en France et dans les festivals internationaux

Dans les années 90

. Manoel de Oliveira réalise un film par an : «  Val Abaham  » en 1997, «  Inquiétude  » en 1998

et « La Lettre » en 1999. Cependant, il est aussi le seul à attirer plus de 30 000 aficionados sur son seul nom à Paris (son record international fut O Covento). Les autres films récemment sortis en salles ( Loin des Yeux, Os Mutantes - qui a représenté le Portugal aux Oscars-, Gloria...) n’ont guère briller malgré un appui de la critique : rares sont ceux à avoir dépasser les 10 000 entrées sur Paris. Et aucun n’est distribué dans un circuit hors-festival en Amérique du Nord.

Sans aucune star internationale depuis la comédienne-chanteuse Amalia Rodrigues, le Portugal a du mal à séduire avec ses histoires baroques, surréalistes, lyriques et passionnelles, entre égarement mental et tragédie quotidienne. Malgré une image souvent très soignée, une esthétique qui lui est propre, les sujets, pas assez universels, et le rythme souvent trop lent, ne comblent pas les attentes d’un public de plus en plus formaté à un cinéma sans regard.

En 1999, trois films ont été à l’affiche : «  La Lettre  » , «  Gloria  », le premier film de Manuela Viegas et «  Les Noces de Dieu  » de Joao César Monteiro. On assistait ainsi à une certaine évolution qui trouvait sa cause dans le renouvellement du cinéma au Portugal et par un long travail de promotion de certains comme Jacques Parsi, Pierre Léglise-Costa ou le producteur Paulo Branco.

Au delà d’Oliveira, qui parcourt les festivals du monde entier, il existe d’autres talents, d’autres regards, qui forment un cinéma plutôt riche. Dans la fiction, certains des parvenus, tels que João Pedro Rodrigues, cinéaste radical, ou Marco Martins, cinéaste graphique, se font remarquer avec des films novateurs dans des festivals importants.

Venu aussi de l ??école de cinéma de Lisbonne, Edgar Pêra, vidéo-cinéaste avant-gardiste, manipulant l ??image par ordinateur, est l ??un des plus originaux de cette génération et dans son genre. Le cinéma d’animation apporterait aussi des contributions importantes pour le déjà riche patrimoine du cinéma.

Tout un ensemble de jeunes, de sensibilités différentes, poursuit entre-temps sur le chemin du documentaire : Pedro Seda Nunes, Sílvia Firmino, Daniel Blaufuks, Miguel Gonçalves Mendes, Luísa Homem, Catarina Mourão, Susana Sousa Dias, Cristina Ferreira Gomes, Sílvia Firmino et d ??autres. L ??arbre donnerait ses fruits.

Les années 2000

Confrontés à une crise financière sans précédent, victimes de la conjoncture économique, les acteurs lusitaniens du septième art ne parviennent plus à joindre les deux bouts. "Il ne nous reste plus que l’amour du cinéma pour tourner", lance le réalisateur Joaquim Sapinho.

"Le cinéma portugais a toujours vécu avec peu de moyens. Mais nous parvenions toujours à combiner quelques aides publiques avec notre amour du cinéma", explique à l’AFP le réalisateur. Joaquim Sapinho rêve de voir sortir en salle son dernier film " Deste lado da Ressureiçao " ("De ce côté-ci de la Résurrection", un titre qui prend un accent prophétique dans ces circonstances). Or, "nous n’avons pas, pour l’instant, les moyens de financer les copies", constate le producteur Pedro Fernandes Duarte, de la société Rosa Filmes.