Le nanar de Novembre 2012 - QUEEN KONG

Queen Kong

  • Mis à jour : 30 mai 2014

Bon il n’y a pas de raison ! Pourquoi les montres ne seraient que masculin ? Nous avons dégoté un film où la parité est enfin rétablie. Ah , mais ! Le féminisme s’imposera partout.

FICHETECHNIQUE
- Titre original : Queen Kong
- Réalisateur : Frank Agrama
- Année : 1976
- Pays : Italie / Grande-Bretagne
- Genre : Féminisme très Kong (Catégorie : Monstres géants)
- Acteurs principaux : Robin Askwith, Rula Lenska, Valerie Leon, John Clive

Commentaires de Nanarland et de Cinécandide :

Il y a des films dont la seule existence donne le vertige : le simple fait d’imaginer que des trucs pareils aient pu trouver un financier, un réalisateur, des acteurs, et enfin un public quelconque (même trois personnes entrées par hasard dans la salle) laisse songeur. « Batman contre Dracula », « Abbott et Costello contre Frankenstein », « Queen Kong » font partie de cette catégorie de films, au postulat si outrancier que leur seule existence semble relever du gag.

Cette production italo-anglaise avait évidemment pour but de marcher sur les plate-bandes du remake de « King Kong » produit la même année par Dino De Laurentiis. Etrangement, « Queen Kong » fut le seul film à encourir les foudres de De Laurentiis, qui dégaina ses avocats pour faire un procès carabiné et empêcher la sortie du film. Etrangement, car « Queen Kong », et c’est là une relative déception pour l’amateur d’absurdités, est une parodie totalement assumée, qui ne prétend à aucun moment nous proposer un film de monstre sérieux. Ignorant le droit au pastiche, De Laurentiis bloqua la sortie du film, qui ne connut de distribution en salles qu’en Italie et en Allemagne et resta invisible de longues années, avant que des copies pirates, puis une distribution en DVD, ne viennent rappeler aux acteurs la manière dont ils avaient payé leurs impôts trente ans plus tôt.

L’auteur de ce film, Frank Agrama (de son vrai nom Farouk Agrama) était un producteur-réalisateur d’origine égyptienne, alors actif en Italie, qui avait tourné précédemment un obscur polar avec Richard Harrison, « L’Ami du parrain ». En tentant d’accrocher son wagon au train « King Kong », Agrama espérait sans doute faire date, mais il ne réussit qu’à créer un "film culte" qui ne dut sa très relative renommée qu’à son caractère invisible. Car « Queen Kong » est sans doute l’une des pires parodies jamais vues sur un écran, une sorte de « Y-a-t-il ? » avant la lettre, dont 80% des gags tombent si douloureusement à plat qu’finit par constituer une vision hallucinante et cauchemardesque, laissant le spectateur pétrifié par un humour aussi affligeant. Mixant l’humour anglais le plus balourd à des références pachydermiques au féminisme des années 1970, « Queen Kong » entre tout droit au panthéon de la comédie nanarde, tellement pas drôle que ça en devient drôle pour peu qu’on ait sérieusement picolé avant le visionnage.

L’humour du film se base sur un postulat quasi-unique, qui en constituera le fil conducteur : dans le monde dépeint dans le récit, les femmes sont le sexe fort, tandis que les hommes sont, pour la plupart, des lopettes. Ce point de départ "féministe" sert à inverser les rôles du film de 1933, les rôles masculins étant tenus par des femmes, et les rôles féminins par des hommes. Le scénario reprend en effet les grandes lignes de l’peuvre originale : une cinéaste baroudeuse, souhaitant tourner un film d’aventures de jungle, embauche un hippie malingre pour tenir le rôle principal et part vers l’île de « Lazanga where they do the Konga » pour tourner son chef-d’oeuvre en décors naturels (sans aucune équipe technique et avec une simple caméra à manivelle !). La grosse rigolade démarre d’emblée pour les cinéphiles, car les noms des personnages parodient ceux des acteurs du film de 1933 : la cinéaste s’appelle Luce Habit (Bruce Cabot) et le hippie Ray Fay (Fay Wray). Mouahahaha ! Heme

Bon, ok, ce n’est pas franchement drôle. Comme ce n’est pas drôle de voir une parodie des « Dents de la mer », avec un requin en plastique portant du rouge à lèvres et rebaptisé « Lady Jaws »

Car tout est du même tonneau : tous les gags du film sont appuyés avec une légèreté de marteau-piqueur et font de tels bides que ça en devient fascinant. A faire passer « Le Retour des Tomates Tueuses » pour un chef-d’oeuvre d’humour subtil et délicat. Ajoutons à cela des numéros musicaux au-delà de tout (« Burn your bra burn your pantie Call your mome call your auntie Join aboard The Liberated lady ! ») et un jeune premier (Robin Askwith) qui est sans nul doute le "beau gosse" le plus laid de toute l’histoire du cinéma, sorte de croisement improbable entre Jimmy Carter et Mick Jagger jeune.

L’histoire n’a ensuite rien de surprenant pour ceux qui connaissent celle du premier film, si l’on excepte sa clé de lecture "féministe" : l’équipe arrive sur l’île de Lazanga, dominée par une tribu multicolore (des Blancs et des Noirs joyeusement mélangés dans une ambiance « united colors of nanar ») qui s’exprime dans un langage très « Unga Banga Wunga ». La reine de Lazanga-where-they-do-the-konga (Valerie Leon, ancienne vedette de films d’horreur, reconvertie dans l’horreur tout court). La reine des Amazones (car les femmes sont ici aussi le sexe fort) envisage de sacrifier Ray au singe géante Queen Kong , gorille femelle aux nichons protubérants !

L’arrivée du rôle-titre donne lieu à des effets spéciaux parmi les plus misérables jamais vus, l’excuse de la parodie ne tenant guère : costume en peluche faisant des plis, transparence qui auraient fait honte à n’importe quel film turc. Passons sous silence les combats de Queen Kong contre des dinosaures, car les images parlent d’elles-mêmes !

Bien entendu, Queen Kong est tombée amoureuse de l’affreux Ray, dont les dents protubérantes et le physique d’angliche congestionné fascinent bizarrement toutes les créatures féminines, des femmes aux guenons

Mise K.O. par des bombinettes somnifères (voir photo !), Queen Kong est ramenée à Londres mais, humiliée par le soutien-gorge en chaînes

qu� ??on veut lui imposer pour cacher sa poitrine et jalouse de voir Luce tripoter Ray, la gorille ne va pas tarder à s� ??échapper et à semer une panique très relative en se baladant à travers des maquettes de rues. Menacée par la troupe, elle va cependant voir les féministes londoniennes venir à son secours !

Totalement abrutissant de bêtise, « Queen Kong » est une sorte de cas pathologie extrême de parodie touchant ici le point limite de l’humour pas drôle. Quelques gags un peu plus relevés n’empêchent pas le bateau de sombrer pavillon bas, les auteurs ayant semblé abandonner en cours de route toute prétention à réaliser une vraie comédie pour faire absolument n’importe quoi, en espérant faire mouche au hasard. En ce sens, « Queen Kong » est à voir avec la même fascination qu’un accident ferroviaire que le support digital aurait immortalisé dans toute sa désastreuse ampleur. On ne le conseillera cependant qu’aux amateurs les plus pervers de mauvaises comédies et aux anglophones distingués qui pourront s’esbaudir, en VO, à quelques-uns des pires jeux de mots jamais prononcés dans la langue de Shakespeare. A regarder et savourer comme un authentique désastre sur pellicule !