Le cinéma du Viet Nam

  • Mis à jour : 24 février 2015

Premiers films

Dans les années 1920, un groupe d’intellectuels vietnamiens fonda la Huong Ky Film Company à Hanoi. Ils produisirent des documentaires sur les funérailles de l’empereur Khải Enh et l’accession au trône de Bảo Đại. Ils réalisèrent aussi le film muet (A Penny for a Horse) .

Les premiers films parlant furent produits entre 1937 et 1940, avec Trọn vi tình (True to Love) , Khúc khải hoàn (Le chant de la victoire) et Toét sợ ma (Toét’s Scared of Ghosts) par le studio Asia Film Group de Hanoi, avec la participation de l’artiste Tám Danh.

Le Vietnam Film Group, mené par Trần Tấn Giàu produisit Mat bui chiều trên sông Cửu Long (Une soir sur le Mékong ) et Thầy Pháp râuỏ (The Red-Bearded Sorcerer). Deux autres films, Cánh Ang ma (The Ghost Field) et Trận phong ba (La tempête ), furent réalisés en 1937 et 1938 à Hong Kong avec des acteurs et dialogues vietnamiens, mais ils furent des échecs commerciaux.

Le ministère de l’information et de la propagande constitua un département cinématographique vers 1945, et réalisa quelques documentaires sur les batailles de la Guerre d’Indochine : Trận Màc Hóa (La bataille de Mac Hóa) en 1948, Trận Đông Khê (La bataille de Đông Khê) en 1950 Chiến thắng Tây Bắc’ (La victoire du nord ouest) en 1952, Viet Nam trên eường thắng lợi (Le Viet Nam sur la route de la victoire) en 1953 et Dien Bien Phu en 1954.

Les années de guerre

Avec la fin de la Guerre d’Indochine et la création de la République démocratique du Viêt Nam et de la République du Viêt Nam, il y avait deux industries du film vietnamien, avec celle de Hanoi concentrée sur les documentaires, et celle de Saigon qui réalisait des films d’action grandement influencés par le cinéma hongkongais.

Le Vietnam Film Studio de Hanoi fut fondé en 1956 et l’école de cinéma de Hanoi ouvrit ses portes en 1959. Le premier film produit fut un film nationaliste réalisé par Nguyen Heng Ngne, Chung met Dòng sông (Ensemble sur la même rivière).

Il réalisèrent même un film d’animation, Đáng Aời Thằng cáo (Une juste punition pour le renard) en 1960. A cette époque, les films de Hanoi attirèrent l’attention des festivals de films en Europe de l’Est. Le documentaire Nưec về Bắc Hưng Hải (L’eau retourne à Bắc Hưng Hải) gagna la "palme d’or" du Festival du film de Moscou en 1959, et le film de Phạm Kỳ Nam, Che Tư Hậu (Saur Tư Hậu) gagna la "palme d’argent" à Moscou en 1963. Il avait pour vedette Trà Giang.

Mais la plupart de la production concernait la Guerre du Viêt Nam. Entre 1965 et 1973, 463 films d’informations, 307 documentaires et 141 films scientifiques furent réalisés, à comparer aux 36 fictions et aux 27 dessin-animés. Les films de cette période comptent Du kích Củ Chi (Củ Chi Guerillas) en 1967 et Lũy thép Vĩnh Linh (Vĩnh Linh Steel Rampart) en 1970, qui intégraient des séquences de batailles réelles. D’autres films, comme Đường ra phía truec (La route vers le front) en 1969 et Những người sen thú trên núi Dak-sao (Chasseurs de la montagne Dak-sao) en 1971 étaient plutôt des docu-drames.

Les fictions de cette époque comptent Đường về quê mẹ (Road Back to Mother), Truyan vợ chang Anh Lực (L’histoire de Anh Lực et sa femme), en 1971, et Em bé Hà Nai (Jeune fille de Hanoi) en 1974.

Saigon produisit de nombreux documentaires et films d’information, ainsi que quelques fictions. Le réalisateur Joseph Mankiewicz tourna une adaptation du roman de Graham Greene Un Américain bien tranquille dans et autour de la ville en 1957 (à l’hôtel Rex notamment). L’acteur américain Marshall Thompson y réalisa A Yank in Vietnam, ou Year of the Tiger en 1964.

Réunification

Après la Réunification de la République démocratique du Viêt Nam et de la République du Viêt Nam, les studios du sud du pays se mirent à faire des films de réalisme socialiste. Les films des années qui suivirent la guerre étaient concentrés sur les efforts et les actes héroïques accomplis pendant la révolution, les souffrances infligées pendant la guerre, et les problèmes sociaux de l’après-guerre. Citons notamment Mùa gió chưang (Season of the Whirlwind ) en 1978 et Cánh Eang hoang (The Wild Field) en 1979.

Cinéma contemporain

Le virage de l’économie de marché en 1986 posa des problèmes à l’industrie cinématographique vietnamienne, qui dut faire face à la concurrence de la vidéo et la télévision. La production chuta drastiquement à partir de 1987. Pourtant, un certain nombre de réalisateurs continuait à produire des films d’Art et d’Essai, comme Trần Ven Thủy qui réalisa Hà Nai trong mắt ai ? (Hanoi Through Whose Eyes ?, 1983)

et Chuyan tử tế (Story of Good Behavior, 1987),

Trần Anh Trà avec Ngoui công giáo huyan Thang Nhất (A Catholic in Thang Nhất District, 1985), Trần Vũ avec Anh và em (Siblings , 1986), Ðặng Nhật Minh avec Cô gái trên sông (La fille du fleuve, 1987),
Nguyen Khắc Lợi avec Tưeng về hưu (The Retired General) et Ðặng Nhật Minh avec Mùa ei (Guava Season , 2001).

En fait il existe deux type de films tournés au Vietnam : les productions subventionnées par l’Etat vietnamien et celles financées par l’étranger. Sans le soutien du gouvernement vietnamien, la production proprement nationale aurait sans doute disparu. Le manque de moyens se ressent particulièrement dans les films issus de ce circuit de production.
L’autre circuit de production est celui qui est financé par des sociétés étrangères comme les productions Lazennec (Tran anh hung par exemple) et offre de meilleurs budgets. Certains cinéastes vietnamiens comme Ho Quang minh se sont expatrié afin d’acquérir plus d’autonomie vis-à-vis de l’Etat vietnamien.

Le cinéma vietnamien suit les mutations de sa société :

La guerre est toujours un sujet bien traité mais aussi ses effets comme dans la Fille du fleuve.

La morale : énoncée de façon plus ou moins pertinente, contre la perte des valeurs, les dangers de l’économie de marché ( L’mmeuble) et la corruption. L’un des plus grands succès locaux de ces dernières années est ainsi Lư Ei trời (Heaven’s Net) de Phi Tiến Sơn, un film sur la corruption dans le procès du gangster d’Ho Chi Minh Ville, Nam Cam.

Le cinéma de personnages : la production récente tend à décrire les relations humaines et devient plus proche du quotidien et des traditions vietnamiennes. (La saison des goyaves) En 1999, cette coproduction franco-vietnamienne réalisée par Nhat Minh Dang atteint une diffusion internationale.

LA SAISON DES GOYAVES from Les Films d'Ici on Vimeo.

Le cinéma expatrié tend à explorer des thèmes similaires au cinéma national mais avec une vision différente. La critique sociale est plus choquante dans "Cyclo" ,

Les effets de la guerre sont traités d’un point de vue plus proche de l’occident dans "3 saisons", Tran anh hung a imposé un style très personnel pour décrire le Vietnam de "A la verticale de l’été".


A la Verticale de l'été - Tran Anh Hung par AmberCeca

Le film de Bùi Thạc Chuyên, Cuec xe Aêm (Night Cyclo Trip) remporta le 3e prix dans la catégorie courts-métrages au Festival de Cannes en 2000.

Empreint de lutte sociale, héritier du film de propagande, le cinéma vietnamien semble emprunter de nouvelles voies prometteuses. Il possède un véritable caractère qui ne demande qu’à être affirmé. Le film de Trần Ven Thủy, Tiếng vĩ cầm A Lai (The Sound of Violin in Mi Lai) remporta le prix du meilleur court-métrage au 43e Asia Pacific Film Festival en 1999.

Đời cát (La Vie de sable) de Nguyen Thanh y remporta le prix du meilleur film quelques années plus tard. Ba mùa (Trois saisons , 1998) de Tony Bui remporta plusieurs prix au Sundance Film Festival en 1998 et devint la première nomination vietnamienne aux Oscars en 2000 (pour le meilleur film étranger).

Encore plus gros succès, le film de 2002 de Le Hoang Gai nhay (Bar Girls), décrivait la vie nocturne d’Ho Chi Minh ville sur fond de menace du SIDA, et comportait la première scène "topless" approuvée par le gouvernement. Il inspira une suite, Lọ lem hè phe (Street Cinderella) en 2004. Dans la même lignée de films "grand public", citons Nu tuong cuop (Gangsta Girls), et quelques comédies romantiques comme Hon Truong Ba Da Hang Thit (Truong Ba’s Soul in Butcher’s Body) en 2006 et Khi dan ong co bau (When Men Get Pregnant) en 2004.

Les productions européennes tournées au Viêt Nam sont toutefois plus connues, comme L’Amant et Indochine , ainsi que certains films de Tran Anh Hung et Tony Bui. L’Odeur de la papaye verte remporta la caméra d’or au Festival de Cannes en 1993. Une autre coproduction européenne, Mùa len trâu (Gardien de buffles) de Nguyen Võ Nghiêm Minh, a remporté plusieurs récompenses, dont une au Festival du Film de Chicago en 2004.