Le cinéma ivoirien

  • Mis à jour : 2 février 2013

La Côte-d’Ivoire, comme la presque totalité des pays d’Afrique, doit faire face à un manque de moyens et de structures adaptées pour avoir une production cinématographique de qualité : parc de salles insuffisant ; distribution des films échappant à toute sélection ; pas de politique d’aide à la production. Débutant dans les années soixante grâce à la Télévision, l’apparition du numérique à partir de 2004 lui donne une seconde jeunesse. Néanmoins les séries trop nombreuses et de piètre qualité nuit à l’expansion de ce cinéma et laisse la production ivoirienne sur la touche des grands festivals. Il faut enfin noter que le français demeure, d’une manière générale, la langue utilisée dans la cinématographie ivoirienne.

LES DEBUTS AVEC LA TELEVISION

C’est la télévision qui a permis un premier développement de la création cinématographique après la déclaration d’indépendance. Tout commence en 1964 avec une fresque à base de légende populaire : Korogo, téléfilm de Georges Keïta. La TV est encore aujourd’hui le premier client de la Compagnie ivoirienne de cinéma (la CIC), pour la production de documentaires, ou de courts et moyens métrages signés ou non par les principaux cinéastes d’Abidjan : Timité Bassori, Gnoan M’Bala ou le Guinéen Henri Duparc (la CIC a coproduit la Famille).


L’APPARITION DU NUMERIQUE

Le cinéma ivoirien, depuis l’avènement du numérique, a connu, dès 2004, de nouvelles sorties de films comme : Coupé décalé de Fadiga demilano Le Bijou du sergent Digbeu de Alex Kouassi, de Alain Guikou ou Un homme pour deux s ?urs de Marie-Louise Asseu. On compte, actuellement et en moyenne, la sortie d’un film tous les trois mois. On notera, il est vrai, que ces films connaissent souvent des défauts techniques (image ou son) mais il est possible d’affirmer que, grâce au numérique, le cinéma ivoirien a pris un nouveau départ.

Le bijou du Docteur Digbeu

LES DIFFICULTES DU CINEMA IVOIRIEN

Un manque de disposition institutionnelle

A ce jour, aucune disposition institutionnelle ne réglemente ni ne protège efficacement la profession de cinéaste. Les lois sur les droits d ??auteurs ou sur protection des  ?uvres de l ??esprit ne sont pas appuyées par ds décrets ou arrêtés, ce qui laisse un véritable vide juridique.


Pas de financement

Un autre problème fondamental du cinéma est la question du financement de la production cinématographique. « Le cinéma coûte cher. Les autorités ivoiriennes ont toujours montré, sous les différents régimes qui se sont succédé, leur incapacité à soutenir financièrement cet art », reconnaît un spécialiste. Pour lui, « sans un soutien financier de l ??Etat ou de structures spécialisées, le cinéma ne sera que l ??ombre de lui-même ». Etalon de bronze de la 22e édition du Fespaco , « Le mec idéal  », film d ??Owell Brown a été produit avec le soutien de partenaires privés. Quant à Bleu Brigitte, réalisatrice de  ?? ??Virus 1 et 2 ?? ??, elle soutient avoir financé ses deux films à hauteur de 45 millions sans aucune subvention. En termes de perspectives, l ??horizon reste sombre. Le Fonds d ??aide à la création (Fac) qui a permis la réalisation de plusieurs chefs-d ?? ?uvre du 7e art ivoirien n ??est plus fonctionnel. En 1996, 1997, 1998, le pays avait bénéficié d ??une aide exceptionnelle de 1,2 milliard de la part du Centre national de la cinématographie (Cnc) de France. Et depuis, plus rien. Les réalisateurs sont délaissés et seuls des courageux sollicitent une aide de l ??Union européenne (destinée aux pays du 1/3 monde dans le cadre des accords de Lomé V). Mais, les conditions pour postuler sont draconiennes.

Le mec idéal


Un problème de diffusion

Pour les rares réalisateurs qui arrivent à sortir un film, se pose la question de la diffusion au plan national et international. Aujourd ??hui, le pays ne disposent plus de salles de projection. A Abidjan, il ne reste plus que deux salles : Prima-vera et Sococé la fontaine. Les autres ont été, soit transformées en salle de spectacle, soit utilisées comme lieux de culte. « La religion nous a vidés des salles. Et nous sommes sortis par la fenêtre », regrette Gnoan M ??Balla. Il y a aussi le problème de l ??exiguïté du marché national. La plupart des films ivoiriens est mal vendue et ne se retrouve que sur le continent africain. Ce qui soulève la question de la distribution.


La concurrence déloyale

Le boom des Vcd, Dvd et autres Divix constitue un véritable danger pour le cinéma ivoirien. Ces appareils qui permettent de lire des films sur des supports CD, clés Usb et cartes mémoires, sont vendus à des prix dérisoires sur le marché. Ce qui permet à chaque citoyen de posséder son  ?? ??cinéma ?? ?? à domicile. La commercialisation à grande échelle des CD reproduits illégalement et vendus à tous les coins de rue constitue la source d ??approvisionnement des populations.

LES REALISATEURS

Désiré Ecaré et Bassori : Après des études d’art dramatique à Paris et leur passage à l’IDHEC, Désiré  ?caré et Bassori se font remarquer ; le premier par deux moyens métrages lucides et sarcastiques : Concerto pour un exil (1968) et  ? nous deux, France ! / Femme noire, femme nue (1970) ; le second par la Femme au couteau (1970), considéré comme le premier film de long métrage ivoirien, qui veut traduire « la dualité de la société africaine », mais parvient difficilement à marier le réel et le surnaturel.  ? ce jour, les carrières de  ?caré et Bassori paraissent s’enliser dans les problèmes de production. Le premier nommé a néanmoins réussi à achever en 1985 Visages de femmes qu’il avait entrepris depuis de longues années.

Gnoan M’Bala : Après la réussite satirique de Amanié , moyen métrage produit par la CIC (1972), Gnoan M’Bala tourne le Chapeau (1975), dénonciation des affairistes. Ce film de 70 minutes, qui confirme les qualités de M’Bala, se révèle pourtant, et c’est le cas de nombreuses productions africaines, difficilement exportable à cause de sa durée inusitée : le débouché idéal devient dès lors la TV...

Henri Duparc : En 1977, Henri Duparc reprend et déploie, dans l’Herbe sauvage , la thématique de la Famille sur les clivages et les fissures apparus dans la société.


Les FILMS IVOIRIEN

- 1981 : Djéli de Lanciné Kramo Fadiga
- 1984 :
* L’impact de la satire dans Pétanqui (Yo Kozolowa, 1984), dont l’étonnant Sidiki Bakaba tient le rôle-titre, satire fondée sur l’exploitation d’une famine ;
* Comédie exotique, de Kitia Touré ;
- 1985 : Visages de femmes , d’ ?caré ;
- 1988 :
* les Guérisseurs (Aduefue) de Sifir Bakaba ;
* Bouka de Gnoan M’Bala ;
* Bal poussière d’ Henri Duparc

- 1990 : le Sixième Doigt d’ Henri Duparc
- 1993 : Au nom du Christ de Gnon M’Bala