Le cinéma d’Haïti

  • Mis à jour : 31 mars 2013

LE CINEMA HAITIEN

Le cinématographe fait son apparition en Haïti pratiquement en même temps que dans les autres pays du monde. Un représentant du cinématographe Lumière, Joseph Filippi, de passage sur l’île, effectue la première projection publique au Petit séminaire du Collège Saint-Martial le 14 décembre 1899, quatre ans après la naissance du cinéma. Les premières projections en continu, après le passage du représentant des frères Lumière, ont lieu à partir de 1907 au Grand Hôtel de Pétionville, puis au Parisiana, situé au Champ de Mars de Port-au-Prince, à partir de 1914. Le Parisiana a été la première grande salle de cinéma et de théâtre (environ 500 places) qui a existé dans le pays. Par la suite, l’idée de créer des salles de cinéma à Port-au-Prince a marché au point que les fins de semaine de cinéma étaient nées dans la capitale. Port-au-Prince a connu à sa manière la traversée du siècle cinématographique.

De 1915 à 1934 tous les films classiques n’ont pas été projetés sur les écrans en raison, entre autres, des choix des réseaux de distribution largement dépendant du marché américain. On dispose encore, dans les archives américaines de la Bibliothèque du Congrès de Washington, de nombreuses séquences sur la période de l’occupation américaine de 1915-1934, représentant les actions des marines et les cérémonies officielles. On peut retrouver encore des images tournées en Haïti sur les soins de santé, l’agriculture ou des scènes de la vie sociale, dont le carnaval est le moment privilégié, dans les archives de la Bibliothèque du Congrès ou de Pathé-Ciné. En 1933, le Ciné Eden ouvre ses portes au Cap-Haïtien. L’année suivante, c’est le tour du Paramount à Port-au-Prince, et en 1935 celui du Rex Théâtre.

Au cour des années 1950-1960, apparaissent les premiers acteurs du "cinéma haïtiens". Ils jouent dans des films réalisés par des cinéastes étrangers ou haïtiens. Il a fallu attendre Jean Dominique, Raphaël Stines, Rassoul Labuchin, Bob Lemoine, Mireille Métellus, Fayole Jean, Martha Jean-Claude, Arnold Antoine et hier encore Raoul Peck, pour constater l’érection d’une production cinématographique haïtienne, plus ou moins représentative à l’étranger. Ricardo Widmaïer, pionnier de la radio l’a été aussi pour le cinéma. C’est lui qui assure au début des années 1950 la réalisation et la projection au Ciné Paramount des actualités filmées. Il a son propre laboratoire à Port-au-Prince où il développe, en noir et blanc et en couleurs, ses films tournés en 16 mm. Il produit avec Edouard Guilbaud "Moi, je suis belle" . Jean Dominique, auteur du commentaire, prête également sa voix à la narration. Le son est assuré par Herby Widmaïer qui n’a alors que 15 ans.

Dans les années 1960, les spectateurs avaient encore le choix entre des films produits par des réalisateurs italiens et français. Mais au fur et à mesure, malgré des représentations offertes sporadiquement par l’Institut Français, le cinéma hollywoodien a progressivement envahi les écrans.

Pendant tout le régime Duvalier, la production d’images filmées a été d’une extrême pauvreté à l’intérieur du pays et une stricte surveillance est exercée sur les films projetés de peur qu’ils ne véhiculent des idées « subversives ». Par exemple, La fièvre monte à El Pao, de Luis Buñuel, a été vite enlevé des salles.  ? cette époque, les westerns et les films inspirés des arts martiaux chinois représentaient le plus souvent les seuls choix offerts au public. Vu les contraintes technologiques et financières de la production cinématographique, il n’est pas étonnant que dans les cinéastes, à de rares exceptions près, n’arrivaient pas à réaliser des films. C’est ainsi que se produisent, en tout et pour tout, pendant les 28 ans de la dictature des Duvalier, seulement deux films : un moyen métrage, Map palé nèt, réalisé en 1976 par Raphaël Stines, version créole de la pièce de Jean Cocteau, Le bel indifférent ; Olivia, long métrage réalisé en 1977 par Bob Lemoine.

Malgré tout le cinéma haïtien connaît une date charnière, 1974. La revue franco-haïtienne Conjonction (été 1983) écrit "1974, l’année où l’Institut Cubain de l’Art et de l’industrie Cinématographique produit le film Simparele, réalisé par Humberto Solas, avec Martha Jean-Claude comme principale interprète En 1980, Rassoul Labuchin réalise Anita , qui a connu un grand succès, grâce à la diffusion qu’en a fait le Ciné-Club «  Point-de-Vue  » créé à la même époque mais qui ne dura pas longtemps.

C ??est dans la diaspora qu’apparaît avec vigueur un cinéma de dénonciation et de lutte contre la dictature. D’abord ce furent les films documentaires d’Arnold Antonin, notamment Les Duvalier sur le banc des accusés (1973, 25 mm, noir et blanc) et Haïti le chemin de la liberté (1974, long métrage de 120 mm, noir et blanc). Ce film, parrainé par la revue Les Cahiers du Cinéma, lance le cinéma haitien au niveau international et est présenté encore aujourd ??hui comme un film culte. Il est ainsi présenté au Festival du cinéma haïtien de Paris en 2001.


Haïti, le chemin de la liberté d'Arnold Antonin par HAITIENDOC

Il faut également signaler le documentaire intitulé Canne amère , long métrage réalisé par Paul Arcelin, en 1975 et sorti en 1983 (16mm, couleurs). Ces films gagnent de nombreux prix et sont projetés dans de nombreux festivals internationaux.

Après la chute des Duvalier, la production n’a pas été plus abondante, loin de là. Pas un seul film n’a été réalisé, depuis lors, à l’intérieur du pays, à moins de prendre en compte les films sur support vidéo qui représentent plusieurs titres. A l’extérieur, le cinéma militant n ??est plus fait exclusivement de documentaires mais aussi de films de fiction, comme ceux de Raoul Peck qui réalise, entre autres :
 ? Haitian Corner (1989, 109 minutes, 16 mm, couleurs, fiction).
 ? Lumumba ou la mort du prophète

 ? L’homme sur les quais (1992, 105 mm, 35 mm, couleurs, fiction), sélectionné officiellement au Festival de Cannes de 1993.
 ? Desounen (1994, 52 minutes, 16 mm, couleurs).
 ? Ayisyen leve kanpe (1982, court métrage réalisé par Haïti Film. Couleurs, documentaire).
 ? Nou tout se refijye (1983. court métrage réalisé par Willy Exumé.)
 ? Se mèt Kò (1990, court métrage, 16 mm, couleurs, réalisé par Patricia Benoit).

Le film Anita de Rassoul Labuchin, couronné de plusieurs prix, traduit l’envie d’arriver un jour à un cinéma haïtien pour enfants.

La même année, deux autres films furent réalisés en Haïti, Haïti perle des Antilles , réalisé par un prête belge, Omer d’Hoe. Ce documentaire montre le contraste entre la misère du peuple et la richesse des nantis. L’institut Dominicain de Ciné et Télévision réalise un film sur la situation des travailleurs haïtiens en République dominicaine : Via Crucis. Au cours de l’année 1974, Maurice Faillevic de l’O.R.T.F réalise le film Gouverneurs de la rosée avec, comme principaux interprètes, Manuel, Jessie Alphonse, Sylvie Auguste, Bien-Aimée, Langichatte... Le cinéma haïtien et mondial a été célébré en Haïti à l’occasion du 14 décembre 1999, soit 100 ans après la première projection cinématographique en Haïti.

Dans les années 1980, le groupe Maxence Elisée apparaît sur le marché haïtien du cinéma. Cette corporation antillaise a permis au public haïtien d’avoir accès aux films à succès réalisés en France et aux versions françaises des films américains.. On y retrouve Toto Bissainthe, du même réalisateur, Haïtien Corner a également été salué par la critique internationale. Autre cinéaste haïtien, connu localement Jean Gardy, qui dépeint la bourgeoisie haïtienne. Son dernier film, sorti en novembre 1999, Le père de mon fils, traite de l’avortement en dépeignant la lâcheté et la violence des hommes.

Les films étrangers sur Haïti

La liste serait bien longue si on devait mentionner également les films étrangers, documentaires et de fiction, inspirés de la réalité haïtienne sur support pellicule ou vidéo réalisés par des cinéastes, des vidéastes ou des chaînes de télévisions sur Haïti.  ? citer, entre autres le classique The divine horsemen, the living gods of Haiti (1963) de Maya Deyren. "Les comédiens" de Peter Glenville d’après le roman de Graham Greene. Ce film réalisé en 1967 raconte la vie sous la dictature Duvaliériste, avec, dans les rôles principaux, Elizabeth Taylor, Alec Guinness et Peter Ustinov. Il n’a pas été tourné autour de l’Oloffson, qui a inspiré Graham Greene, mais à Cotonou au Bénin. A cette occasion, le gouvernement haïtien intenta un procès aux producteurs du film.

Parmi les films de l’Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographique (ICAIC) :
 ? Coumbite (1964) réalisé par le Cubain Tomas Gutiérrez Alea, d’après l’ ?uvre romanesque de Jacques Roumain, Gouverneurs de la rosée. Le Français Maurice Failevic en fera une adaptation également.
 ? Simparele (1974) de Humberto Solas avec la chanteuse haïtienne Martha Jean-Claude.
 ? Entre el cielo y la tierra (1979) de Manuel Octavio Gómez, toujours avec Martha Jean-Claude
Les documentaires des Français Jean-Marie Drot et Charles Najmann, ceux des Américains Jonathan Demme et Rudy Stern, Kareen Kramer, du Danois Jurgen Leth, des Canadiens Jean Daniel Laffond, Yves Langlois et Gérard Lechêne. Tous des cinéastes étrangers qui, à titre de producteur ou de réalisateur, ont senti la nécessité de revenir plus d’une fois sur la réalité haïtienne.

Les réalisateurs

Rassoul LABUCHIN
Né le 30 mars 1939 à Port-au-Prince, Haïti. A travaillé comme acteur dans "Gouverneurs de la rosée". Comme Scénariste et traducteur créole dans "Map pale net" (Raphaël Stines) a réalisé : Anita , Joumankole

Raphaël STINES
Réalisateur / Producteur / Acteur - N A réalisé : Map pale net, Kraze Lanfè , Bouki nan paradi.

Raynald DELERME
Réalisateur / Producteur / Scénariste / Acteur - Né le 5 Juillet 1957 - Il reçoit une formation professionnelle en Communications audiovisuelles de l’Université de Miami, (BFA). Créateur du nouveau cinéma Haïtien en 1986. A réalisé : Pour l’amour de Suzie - La femme de mon ami - Infidélités - L’enquête se poursuit - Sherico S.A - Les gens de bien - Founérailles


Jean GARDY BIEN-AIME

Réalisateur / Producteur / Scénariste / Acteur - Né le 24 janvier 1959 à Port-au-Prince, Haïti. A realisé et/ou co-produit : 2002 - Millionnaire Par Erreur / Protège-moi - 1999 - Cicatrice II - 1998 - Père de mon fils - 1997 - Cicatrice I - 1992 - Le Cap à la Une

Richard SENECAL
Réalisateur / Producteur / Scénariste - Né à Pétion-Ville, Haiti le 1er avril 1967. A réalisé : " Les nouvelles aventures de Languichatte " (Mancuso Productions, 1988)


Reginald LUBIN

Acteur / Producteur / Réalisateur / Scénariste Né le 7 juillet 1961 à Port-au-Prince, Haïti. a réalisé : Pouki se mwen - La peur d’aimer- V.I.P.

Raymond CAJUSTE
Réalisateur - Né le 29 août 1942 à Port-au-Prince, Haïti. Journaliste et Cinéaste. a réalisé : Voyage de rêve avec Collis Davis - De nombreux documentaires pour des Chaînes de Télévision américaines

Mario DELATOUR
Réalisateur / Producteur - a réalisé : Haïti entre l’espoir et le cauchemar- Portrait de Roussan Camille

Carl LAFONTANT
Réalisateur - a réalisé : Jacmel avec Rachelle Magloire


Jacmel (Haïti) Extrait par HAITIENDOC

Arnold ANTONIN
Réalisateur / Producteur / Scénariste . A réalisé : 2000 - TIGA / Bénita - 1993 - Port-au-Prince, la troisième guerre mondiale a déjà eu lieu - 1990 - La drogue ne pardonne pas - 1989 - Les droits de l’enfant - 1988 - 20 ans de travail avec les pauvres/le Manioc est la vie de Maréchale - 1984 - Le droit à la parole - 1981 - Un Tonton Macoute peut-il être poète - 1976 - Art naïf et répression en Haïti - 1975 - Duvalier condamne/Haïti le chemin de la liberté - 1974 - Haïti : au tribunal de Bertrand Russel


Art naif et répression d'Arnold Antonin par HAITIENDOC

Michèle LEMOINE
Réalisatrice - Née à Port-au-Prince, le 12 octobre 1956. Titulaire d’une maîtrise de Lettres Modernes et d’une license d’Etudes Théâtrales, elle travaille à la fois dans l’audiovisuel et le théâtre. a réalisé :
en 1988 "Haïti, Chronique des femmes-oiseaux"