Le cinéma d’Afrique

  • Mis à jour : 9 décembre 2011

Article écrit par Alain Serbin sur son blog
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Faire du cinéma en Afrique, c’est déjà audacieux.

Certains diront même, un exploit. Tant les conditions ne le permettent pas. Il faut tout faire, tout inventer, y laisser ses quelques plumes. C’est aussi vrai de dire que le cinéma africain n’a pas encore atteint la maturité. L’état embryonnaire de ce cinéma ne lui permet pas, pour le moment, de concurrencer des grands cinémas déjà existants comme les grands studios d’Hollywood, de Bollywood, de Cinècittà, ou d’ailleurs. Les Africains manquent de moyens pour produire leurs films. Dans cette condition, faire du cinéma demeure une gageure. On peut saluer le travail des réalisateurs et producteurs Africains qui se lancent dans cette aventure cinématographique. Bien entendu, faire un film coûte très cher. Surtout pour les pays africains dont le pouvoir d’achat reste un casse-tête pour les familles. La pauvreté des Africains fait que le cinéma reste un luxe. Certains réalisateurs osent se lancer dans l’aventure. Bravant l’improbable, les cinéastes Africains font des miracles.

Les productions

Si les documentaires sont matériellement pratiques à financer et à réaliser, les fictions font cruellement défauts. Manque de structures. Manque d’écoles de formation des acteurs de cinéma. Ce qui explique l’engouement des jeunes sur le théâtre de plus en plus en développement en Afrique noire. Les pouvoirs politiques négligent le cinéma, surtout les films de fiction. La satire les faisant très peur. Ce qui montre la cassure existante entre les actuels dirigeants politiques africains et leurs peuples.

L’Afrique a besoin de cinéma de qualité. Un miroir de son existence. Sans critique, la société ne peut pas évoluer. Le cinéma est là pour servir de garde-fou devant les dérives d’une politique, d’une société en décomposition. Plaider pour un cinéma digne du continent équivaut à dire que l’Afrique ne doit plus se contenter de l’amateurisme.
Professionnaliser le métier du cinéma reste un devoir pour les responsables culturels des pays d’Afrique. Il faut maintenant avoir un autre regard sur le métier du cinéma en Afrique.

En Afrique du Sud, la politique s’est toujours penchée sur le développement d’un cinéma sud-africain. Au Nord du continent, le Maghreb a compris l’importance de ce domaine pour la société. Ces deux contrées se démènent pour trouver des finances afin de les aider à développer leurs industries de cinéma. L’Afrique subsaharienne est le parent pauvre dans le domaine. Seul un pays comme le Burkina Faso arrive à s’intéresser au cinéma. Depuis l’avènement du charismatique président Thomas Sankara, le cinéma africain avait retrouvé un de son meilleur défenseur. Le pays est à remercier profondément. Pour le bien de toute l’Afrique noire, souvent déconsidérée et dénigrée par les Occidentaux, il faut que les Africains démontrent qu’ils sont capables de réaliser un cinéma de qualité et concurrencer les autres pays dans ce domaine. Tout peuple est capable de grandes réalisations. Se sentir petit, fait de toi un petit. L’ambition est à la portée de toutes et de tous. Il suffit de se donner les moyens de ses ambitions...

Pour forcer le destin, certains réalisateurs quittent leur pays, pour tenter la chance en Europe, surtout en France. Ils y trouvent de soutiens, après avoir acquis la nationalité française. Cette double-nationalité leur ouvre la porte des aides financières. Ces films soutenus par la France, bénéficient d’une grande diffusion, donc d’une certaine audience. Surtout dans des festivals en Europe, en Amérique, au Canada ou à FESPACO, une des grandes tribunes du cinéma d’Afrique. D’ailleurs, certains films entièrement pris en charge, n’ont d’Afrique que le nom.

La chance de ces films, ce qu’ils franchisssent les frontières, grâce à la puissance culturelle de la France. A l’absence de soutiens matériel et financier des pays africains. Or les films produits ont besoin d’une grande diffusion sur le continent, mais au vu de l’état catastrophique de ces pays d’Afrique, les cinéphiles francophones vont se contenter de ce que la France et leurs gouvernements respectifs aimeraient bien leur offrir. Plusieurs paramètres vont surgir, c’est-à-dire l’intrusion des ciseaux de la censure.

De plus, les diffuseurs restent peu nombreux. L ?? ?tat ayant gardé le monopole sur tout. Une façon de contrôler le pays et les habitants. Tuant de ce fait la liberté de la culture de cinéma.  ?touffant les initiatives et les imaginations.

Certains pays ont, exceptionnellement, intégrés le cinéma dans leur politique culturelle et y donnent des moyens pour développer ce domaine. C’est le cas du Burkina Faso. C’est un des rares pays d’Afrique noire qui a une réelle politique du cinéma, et ce, il faut le redire, grâce au regretté président assassiné Thomas Sankara. Heureusement son successeur a maintenu cette magnifique initiative. Le cinéma africain était ainsi sauvé. Merci au Burkina Faso.
Le pays a fait évoluer l’image du cinéma du continent. La vitrine du FESPACO est là pour le témoigner. Certains films n’existeront même pas sans ce prestigieux festival.

Pour sa 21è édition, le FESPACO 2009 nous a permis de voir plusieurs films en compétition, et les 19 films en catégorie "longs métrages" furent projetés au Ciné Burkina et ailleurs dans le pays. Il s’agissait des films : " Mal Saah-Sah", du Camerounais Daniel Kamwa ; " Triomf", du Zimbabwéen Michaël Raeburn ; " Shtar M’Haba, l’autre moitié du ciel", du Tunisien Kaltham Bornaz ; " Le fauteuil", du Burkinabè Missa Hebié ; " Coeur de lion", du Burkinabè Boubakar Diallo ; " White wedding, Mariage blanc", du Sud-fricain Turner Jann ; " Jerusalema", du Sud-Africain Zima Ralph ; " Notting but the truth", du Sud-Africain John Kani ; " L’absence", du Guinéen Mama Keita ; " Les feux du Mansare", du Sénégalais Mansour Sora Wade ; " Ramata", du Congolais Léandre-Alain Baker ; " Fantan Fanga", des Maliens, Adama Dramo et Ladji Diakité ; " Teza", de l’Ethiopien Haïla Gérima ; " Samira Fi Dayaa", du Marocain Latif Lahlou ; " Wadaan Oummahat, Adieu mères", du Marocain Mohamed Ismaïl ; " Whatever Lola Wants, du Marocain Nabil Ayouch ; " Mascarades", de l’Algérien Lyes Salem ; " La Maison jaune", de l’Algérien Amor Hakkar ; " Al Ghaba, les démons du Caire", de l’Egyptien Ahmed Atef.

Comme on le remarque, le continent africain continue à produire, difficilement certes, des films. Et de tous les genres. De qualité diverse. Dans tous les pays dont le cinéma signifie encore quelque chose pour satisfaire son public. Soyons juste, c’est un arbre qui cache la forêt. Hélas. Très peu de pays, encore. Le public africain voit rarement des bons films, limités par le budget. On gâve le public des mièvreries cinmatographiques, des séries télévisées assez plates, croyant amuser la galerie. Et ce n’est jamais si drôles.
Par contre, il existe exceptionnellement d’autres bons films, des longs métrages très intéressants qui impliquent la culture africaine du pays concerné. C’est de cette cinéma-là que l’on parle et que l’on veut pour sauver une culture africaine déjà abâtardisée par une écrasante culture européenne, ou occidentale, qui a éloignée l’Africain de son terroir originel. L’avènement de la télévision en Afrique a fait aimer cet outil pour le divertissement audiovisuel dans les familles africaines. La télévision est devenue est véritable support pour l’industrie du cinéma. Les chaînes de télévision détiennent des moyens financiers. Ce sont elles donc qui produisent des téléfilms, des séries télévisées et des émissions de variétés ou de divertissements. Ces télévisions s’autofinancent et comptent sur les publicités. Il existe parfois des très bonnes fictions qui passent à la télévision. C’est souvent des films en co-production avec les pays étrangers. La France, par exemple, est un grand pays culturel qui aide les pays francophones dans les domaines comme la littérature, le cinéma, et parfois aussi dans la musique. Une véritable bouffée d’air culturelle qui sauve les artistes africains francophones. Le ministère de la culture et de la coopération se charge de soutenir l’aspect culturel de plusieurs pays d’Afrique francophone. Tout comme le Canada (Québec).

Cette carence au niveau de l’industrie audiovisuelle fait que certains pays prennent conscience et s’unissent pour réaliser des films ou des séries télévisées. Une coproduction panafricaine peut s’avérer une bonne option pour sortir le cinéma du continent de son isolement. A l’exemple de ce film "Ramata", projetté lors de ce Fespaco, à Ouagadougou. Ce film congolais de Léandre-Alain Baker, a bénéficier du concours d’un producteur sénégalais.
Un exemple à souligner, dans la co-production entre pays africains. C’est de cette façon que l’on pourra faire progresser l’industrie du cinéma en Afrique. Pays francophones et anglophones, pays lusophones et arabophones, tous devront coopérer ensemble dans ce domaine du cinéma, ou de la télévision. L’exemple sénégalais et burkinabè permet de donner des exemples positifs. Les deux pays restent le fer de lance en Afrique francophone. Il faut aussi que d’autres pays se donnent les moyens pour développer cette culture de l’image et encourager leurs créateurs. Le cinéma africain doit rayonner dans ce domaine et sur le plan mondial. Si les pays africains arrivent à acheter la quincaillerie militaire et inutile, et qui ne servira à rien (sinon à opprimer leurs peuples), on aimerait que ces pays investissent dans le cinéma et dans le développement de la culture, en général. Les gouvernements africains doivent s’impliquer puisque c’est possible, et qu’il faut juste une bonne volonté politique. C’est triste d’observer cette totale dépendance culturelle dans les pays africains qui ne doivent dépendre que des anciens colonisateurs, redevenus des mécènes du cinéma et de la culture.
Les films étrangers qui passent sur les écrans en Afrique sont plus considérés et pris au sérieux que les films africains, tournés par des cinéastes africains. Même si ajourd’hui, les films africains intéressent les Africains, il faudrait faire une campagne publicitaire pour valoriser les films africains, et plus est, tournés par des Afrcains.
Actuellement, ce sont les cassettes-vidéos, ou les DVD, qui sont accessibles au grand public. Les salles de ciéma se sont rarefiés, et beaucoup sont fermés, par manque de moyens et du public au pouvoir d’achat trop bas.
Le développement des salles de location des DVD a permis aux plus démunis d’avoir des films africains et étrangers. Plutôt de payer une place dans une salle de cinéma de moins en moins existante, un lecteur de DVD et une télévision suffisent pour voir un film, une série-télé, ou une pièce de théâtre en vogue.
Pour attirer encore plus les cinéphiles africains, il faudra encore que ce public-là puisse s’y identifier. Les Africains doivent se reconnaitre dans un film de chez eux, s’identifier à son histoire. Il est ridicule que les Africaines ou les jeunes Africains connaissent tout sur le cinéma d’ailleurs alors même qu’ils sont incapables de reconnaître leurs propres films, leurs acteurs et la trame d’un film africain. Les stars du cinéma américain sont très populaires et très connus que les acteurs d’un pays africain. C’est cela le drame de ce cinéma fait surtout pour le public africain. Bien entendu que le cinéma est un domaine universel, mais faire un film hybride qui parle de n’importe quoi, n’intéressera personne. Surtout pas le cinéphile africain. Le cinéphile doit reconnaître son envirronnement en regardant un film. Il faut que l’histoire mise en scène reflète celle du pays, ou du moins celle du drame de l’Afrique actuelle. Sans tabou, ni vulgarité. Les genres de cinéma feront aimer leurs amateurs dans diverses catégories.
Du comique au dramatique, de la fiction au film historique. Des thèmes aussi variés qui reveilleront l’industrie du cinéma encore balbutiante.
On aimerait bien que des pays comme, l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Nigéria, l’Angola, le Cameroun, les deux Congo, Haïti, le Mali, l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, l’Egypte, et tant d’autres pays qui ont développés leurs cinémas, offrent des opportunités aux amoureux du septième art africain. Il faut donner au public un cinéma de qualité.
Le développement du cinéma africain reste un défi à rélever. Les créateurs africains d’images doivent disposer des moyens pour matérialiser leurs créations. Ne peut prétendre cinéaste celui qui n’apporte pas une nouveauté dans la création cinématographique, ou autre chose qu’une piètre copie des films étrangers (américains ou français). Le public attend qu’un film lui surprenne. Retrouver du déjà vu, c’est lassant à la longue.
Le cinéma africain doit étonner son public et surprendre le public étranger. C’est cela qu’on veut de l’image du film tourné par un grand réalisateur africain. Les thèmes ne manquent pas. Il existe même des romans africains déjà sortis que les cinéastes peuvent réadapter au cinéma. Les idées ne font pas défaut chez les Africains qui adorent raconter des belles histoires ou des fables invraisemblables. Le théâtre africain montre bien combien on peut trouver des bons sujets pour tourner un excellent film. On pourra même adapter quelques pièces à l’écran.
C’est dans la fiction qu’on mesure l’imagination d’un grand cinéaste. Le réalisateur Sembene Ousmane s’y est essayé avec grand brio. Avec lui, on a vu que quoi qu’il en soit, on peut faire exister un cinéma pour l’Afrique.
En Afrique du Nord, se développe des bons studios, qui, hélas, sont souvent mis à la disposition des étrangers (Américains et Européens, surtout), pour tourner leurs films. Ces pays devraient normalement se tourner vers les pays du sud du Sahara, pour les prêter leurs matériels, et faire de l’Afrique un continent de fraternité tant évoquée.
En Afrique du Sud, l’industrie s’est très bien développée et l’on y tourne des excellents longs métrages. Le pays privilégie les oeuvres cinématographiques du pays, et parfois prête ses infrastructures aux cinéastes étrangers.
Les autres pays d’Afrique noire sont nettement en retard. Même si le Burkina Faso et le Sénégal ont pris leur distance pour s’occuper de leur cinéma respectif. A ce titre, le FESPACO reste un lieu mythique qui sort le cinéma continental du ghetto. Ouagadougou offre ce festival à tous les cinémas d’Afrique. C’est une excellente chose. Très utile. Un lieu de rendez-vous obligé pour évoquer et montrer le cinéma africain dans tous ses aspects et ses défaillances. Son existence depuis plusieurs décennies est en soi louable. Le Festival Panafricain du Cinéma à Ouagadougou attire de plus en plus du monde. On y vient, en professionnels, ou tout simplement en touristes, pour y voir et découvrir ce qui se fait dans le domaine du cinéma en Afrique. Les réalisateurs et producteurs arrivent à se rencontrer, se parler, s’enrichir, dialoguer, s’échanger des coordonnées. Une bonne façon de découvrir le travail entre collègues ou professionnels du cinéma. C’est aussi l’occasion de re-découvrir d’autres talents.
C’est toujours difficile pour les réalisateurs africains de se retrouver leurs homologues dans des Festivals de Berlin, de Cannes, de Locarno, de Venise, dont ils ne sont pas souvent invités et leurs films brillent de leurs absences. Un Festival panafricain qui a lieu sur le continent est une gageure, une chance inouïe pour se faire connaître. Les réalisateurs trouvent toujours une certaine ouverture pour placer leurs oeuvres ou les faire diffuser tant en Afrique qu’ailleurs. Ceux qui sont présentés passent dans différentes catégories. Certains films présentés au Fespaco reçoivent des Prix Spéciaux du Jury. On y découvre que l’Afrique est capable parfois de faire des films à la dimension universelle. Donc, très intéressants. Les cinéastes Africains sont capables de tourner des films exotiques et des oeuvres didactiques. Malgré les difficultés que rencontrent ce jeune cinéma du continent. Comme le dit fort bien Michel Ouédraogo : " Aujourd’hui, les industries cinématographiques et touristiques sont novatrices, elles apportent un plus à la stucturation économique des pays. Il faut se demander comment agir pour que l’Afrique s’insère dans une nouvelle voie. Relever ce défi, c’est faire en sorte que le cinéma africain progresse, qu’il ait des structures de production, de distribution, qu’il se dote de salles de cinéma performantes avec toutes les capacités technologiques". Sachant que les Africans sont d’excellents cinéphiles, très attirés par l’audio-visuelle. La télévision a déjà conquis les Africains, tout comme l’arrivée des portables, des ordinateurs et de l’internet.
La passion du cinéma reste vivace chez les publics cinéphiles de tous les pays d’Afrique. Comme dirait aussi le cinéaste Malien Souleymane Cissé, cessons de mépriser le cinéma en Afrique. Nous sommes d’accord avec lui lorsqu’il dit : "Sans volonté politique, rien ne se fera. Il faudait convaincre au moins un chef d’Etat de l’importance de la culture et espérer que sa prise de conscience s’avère contagieuse. On dort depuis cinquante ans, il faut se réveiller". Le problème est que cette prise conscience doit se placer au niveau continental, impliquant des structures comme l’Union africaine. Un cinéaste Angolais doit se sentir solidaire avec un cinéaste egyptien, comme de tous ses confrères africains. On doit arriver à faire des films panafricains, à l’image de ce grand Festival Panafricain du cinéma africain. Là, où tous viennent pour parler d’une seule voix : travailler pour l’Afrique.