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Acteurs et actrices français : Romy Schneider

  • Mis à jour : 2 août

CAFE CINEMA : ROMY SCHNEIDER

UNE VIE DE FEMME

L’enfance

Romy Schneider est née Rosemarie Magdalena Albach le 23 septembre 1938 à Vienne (Autriche au sein d’une famille à la longue tradition artistique.
Son arrière-grand-père paternel, Rudolf Retty, était un acteur et un metteur en scène et sa femme Kate Retty était une chanteuse.

Ils sont les parents de Rosa (Retty puis Albach-Retty) (1874-1980), une pensionnaire du Burgtheater. Rosa, qui mourra centenaire en 1980, épouse Karl Albach, un officier de l’armée impériale austro-hongroise. Ce dernier renonce par amour à sa carrière militaire et devient par la suite avocat puis comédien.

Rosa et Karl ont un fils, Wolf Albach-Retty qui deviendra acteur. Il épouse la comédienne allemande Magda Schneider.

Cette dernière, née à Augsbourg en Souabe bavaroise, est la fille de Xaverius (ou Franz Xavier) Schneider et de Maria, née Meier-Hörmann. Magda et Wolf Albach se rencontrent lors d’un tournage en 1933 et se marient en 1937 à Berlin. Le prénom de baptême de Romy Schneider, Rosemarie, est la contraction des prénoms de ses grands-mères, Rosa et Maria. En 1941, naît son frère Wolf-Dieter Albach, qui exercera la profession de chirurgien.

En octobre 1938, alors que Rosemarie n’est âgée que de quelques semaines, la famille Albach quitte Vienne à l’arrivée des nazis dans le cadre de l’Anschluss et s’installe dans la propriété de Mariengrund à Schönau am Königssee dans les Alpes bavaroises, près de Berchtesgaden. Le Berghof, le chalet d’Adolf Hitler, est situé à seulement vingt kilomètres de leur domicile.

Les époux Schneider-Albach, en raison de leurs engagements professionnels, ne sont que rarement présents. C’est la grand-mère de Romy, Maria Schneider, qui prend soin d’elle et de son frère lorsque leurs parents sont en tournage. Elle fréquente avec sa mère le cercle d’Adolf Hitler, qu’elle rencontre.

Magda Schneider, qui a été exemptée d’impôt par le ministère de Propagande nazi, est une proche de Martin Bormann, dont les enfants jouent avec la petite Romy. À ce sujet, Romy Schneider déclarera en 1976 : « Je crois que ma mère avait une relation avec Hitler ». Elle a probablement eu la volonté de s’affranchir de ce passé en donnant à ses enfants des prénoms d’origine hébraïque, en l’occurrence David et Sarah.

En 1943, son père Wolf rencontre l’actrice Trude Marlen et quitte sa mère Magda. Romy, âgée de quatre ans et demi, est bouleversée et s’attache davantage à sa mère qu’elle admire profondément, ainsi qu’à son frère. Elle idéalise le père absent et projettera par la suite, dans sa rencontre avec ses futurs réalisateurs, l’image de son propre père.

En 1944, Romy entre à l’école primaire de Berchtesgaden alors que son père s’installe avec l’actrice Trude Marlen. Le divorce de ses parents est prononcé en 1945. À cette époque, l’Autriche est de nouveau indépendante, mais occupée par les armées alliées. Du fait de ses accointances avec le régime nazi, la fin de la guerre marque le début d’une longue pause dans la carrière de Magda Schneider...

L’adolescence

À partir de 1949, Romy est placée en pensionnat à l’internat autrichien Goldenstein, une institution religieuse catholique située près de Salzbourg, qu’elle fréquente jusqu’en 1953. Cette année-là, elle obtient avec mention sa Mittlere Reife, l’équivalent du diplôme national du brevet français d’aujourd’hui, puis est censée rejoindre sa mère à Cologne. Celle-ci s’est remariée en 1953 avec le restaurateur Hans-Herbert Blatzheim, déjà père de trois enfants. Romy, adolescente à cette époque, ne s’entendra pas avec son nouveau beau-père : elle ne le désignera plus tard que par l’expression « le deuxième mari de ma mère ».

Voulant devenir décoratrice ou illustratrice de livres pour enfants, Romy doit effectuer sa rentrée scolaire à l’École de dessin de mode à Cologne, mais elle rêve surtout d’une carrière d’actrice, comme le montre le journal intime qu’elle a reçu en cadeau à l’âge de treize ans et qu’elle baptise Peggy. Elle y raconte sa joie lorsqu’on lui confie un rôle dans la petite troupe de théâtre de son pensionnat.

Dès 1953, Magda Schneider avait décidé de prendre en charge la carrière naissante de sa fille qui a définitivement adopté le pseudonyme « Romy Schneider ». En outre, Magda parvenait souvent à imposer aux réalisateurs de jouer auprès de sa fille. En 1957, elle va même jusqu’à interdire à sa fille de signer le contrat que Kirk Douglas lui propose lors de leur rencontre au Festival de Cannes. La jeune fille se rebelle alors et décide de désormais choisir elle-même ses rôles. Comme conséquence évidente, cette décision a un effet négatif sur la carrière professionnelle et la situation financière de sa mère

Premiers amours

En 1956, Romy Schneider fréquente brièvement Toni Sailer, le triple champion du monde de ski alpin, rencontré lors d’un bal de valse autrichienne. Leur flirt est médiatisé en raison de leurs notoriétés respectives.

Peter Sailer

Entre 1956 et 1957, Romy entretient une amourette avec l’acteur Horst Buchholz qu’apprécie beaucoup sa mère Magda. En 1957, Romy — accompagnée de sa mère — et Horst débarquent à Paris pour jouer dans le film « Monpti ». Rentrés à Munich pour tourner les intérieurs du film, les deux jeunes acteurs mettent fin à leur relation.

Horst Buchholz

Film Mompti

L’année 1958 est « charnière » dans la vie professionnelle et privée de Romy Schneider : Pierre Gaspard-Huit lui propose le rôle principal de « Christine », un remake de Liebelei de Max Ophüls, dans lequel sa mère avait tenu le rôle principal en 1933. Ayant le droit de choisir elle-même son partenaire, elle sélectionne sur photo le jeune premier, Alain Delon et les producteurs arrangent une entrevue avec la presse dans les salons de l’aéroport d’Orly à Paris : les deux jeunes acteurs se rencontrent pour la première fois au pied de l’escalator. Leurs premiers rapports sont houleux, Romy ne parlant pas français et trouvant Alain Delon trop arrogant. Cependant, durant le tournage, elle tombe amoureuse de son partenaire.

Film Christine

Le 22 mars 1959, les « fiancés de l’Europe » célèbrent leurs fiançailles officielles, organisées par la mère et le beau-père de Romy à Morcote en Suisse, au bord du lac de Lugano, devant la presse internationale, sans planifier de date pour un éventuel mariage. Échappant à sa mère qui la chaperonnait jusque dans ses films, Romy part alors s’installer avec Delon à Paris. Elle y abandonne son éducation bourgeoise pour découvrir les soirées de la capitale, l’anticonformisme et une jeunesse qui méprise l’argent. La presse allemande ne lui pardonne pas cette infidélité.

Une vie privée tumultueuse

En 1963, après cinq ans de passion orageuse, Alain Delon l’a quitte pour Nathalie Sand, enceinte de leur fils Anthony. Romy est évidemment très affectée par cette rupture.
Le 21 février 1967, son père meurt à Vienne d’un infarctus, à la suite d’un excès de trac, appréhension qui la fera elle aussi souffrir pendant toute sa carrière.

Romy avec son père

Vivant alors comme une épouse et une mère anonyme dans son appartement de Grünewald, sa carrière redémarre le jour où Jacques Deray lui offre, sur la suggestion d’Alain Delon, le rôle de Marianne dans « La Piscine » au cours duquel le couple Delon-Schneider se reforme dans la fiction ; ce n’est pas le cas dans la vie privée contrairement à ce qu’aurait pu suggérer la presse de l’époque.

Film « La piscine »

Le 1er avril 1965, à l’occasion de l’inauguration du restaurant Blatzheim à l’Europa-Center de Berlin-Ouest, elle rencontre l’acteur et metteur en scène de théâtre de boulevard berlinois Harry Meyen, d’origine juive. Encore marié, il divorce : ils peuvent se marier le 15 juillet 1966 à Saint-Jean-Cap-Ferrat — Romy est déjà enceinte de cinq mois — et s’installent à Berlin-Grünewald. Le 3 décembre 1966, à l’âge de 28 ans, Romy donne naissance à son premier enfant, David Christopher Meyen (Meyen étant le pseudonyme de son père, David s’appelle en réalité Haubenstock, comme le mentionne son état civil). L’actrice se retire alors de la vie publique pendant une année et demie pour s’occuper essentiellement de son fils à Berlin.

La tragédie

Femme engagée, elle se prononce pour l’avortement libre et gratuit en signant en Allemagne dans le magazine Stern, l’équivalent du Manifeste des 343, publié en France dans Le Nouvel Observateur ; ce qui lui vaut d’être inquiétée par le Tribunal de Hambourg. Elle sort à cette époque avec le producteur américain Robert Evans.

Romy Schneider en 1971.

En 1972, elle se sépare de son époux Harry Meyen. En 1974, elle tombe dans une grave dépression, après le tournage éprouvant de « L’important c’est d’aimer » d’Andrzej Żuławski, et à la suite de sa liaison interrompue avec Jacques Dutronc, autre vedette du film. Ressurgissent alors les vieux démons de l’alcool et des médicaments que le milieu artistique d’Harry Meyen lui a fait découvrir. Malgré la surveillance de son secrétaire Daniel Biasini, elle parvient à obtenir ses médicaments par l’intermédiaire de Marlene Dietrich qui les lui fait transmettre dissimulés entre les pages de quelques livres. En outre, elle fume jusqu’à trois paquets de cigarettes par jour, ce qui dégrade rapidement sa santé.

Le divorce houleux — Harry Meyen lui réclame la moitié de sa fortune en échange de la conservation de la garde de leur fils David — est prononcé le 5 juillet 1975 à Berlin-Ouest en l’absence des deux intéressés. Le 18 décembre 1975, elle épouse Daniel Biasini à Berlin. Le 31 décembre 1975, vers 18 heures, elle ressent de violentes douleurs au ventre. Elle fait une fausse couche non pas à la suite d’un accident de voiture car celui-ci a en fait eu lieu en janvier 1977not. Ainsi, cette fausse couche survenue le 31 décembre 1975 serait due à un virus transmis au fœtus au cours de l’extraction d’une dent de sagesse une semaine auparavant.

Le 21 juillet 1977, à l’âge de 38 ans, elle accouche prématurément d’une fille, la future actrice Sarah Biasini, à Gassin dans le Var. La césarienne l’a épuisée : elle reste une année entière auprès de sa famille puis reprend à nouveau le chemin des plateaux de cinéma. Ses rapports avec son mari se dégradent dès 1979 : Romy est souvent absente en raison de son métier et Daniel Biasini sort beaucoup la nuit. Elle part alors en vacances au Mexique seule avec Sarah mais, pendant son séjour, un télégramme adressé le 15 avril 1979 lui annonce le suicide à Hambourg de Harry Meyen son ex-mari ; très affectée, elle rentre d’Acapulco pour assister aux obsèques.

Elle divorce de Daniel Biasini en février 1981. La même année, sous la direction de Jacques Rouffio, elle commence le tournage de « La Passante du Sans-Souci », que plusieurs incidents vont interrompre à plusieurs reprises. En avril, sous l’emprise de l’alcool et de calmants, elle est contrainte de partir en cure à Quiberon. Elle s’y brise le pied gauche en sautant d’un rocher sur une plage, sous l’objectif du photographe Robert Lebeck. Le 23 mai, elle entre à l’hôpital américain de Neuilly pour une ablation du rein droit, à la suite de la détection d’une tumeur. Mais, par l’intermédiaire de Claude Berri, elle rencontre le producteur Laurent Pétin, célibataire, plus jeune qu’elle, avec lequel elle entame une relation amoureuse. Laurent Pétin lui redonne confiance et elle peut achever le tournage du film de Jacques Rouffio.

Le 5 juillet 1981, David, le fils de quatorze ans qu’elle a eu avec Harry Meyen, passe le dimanche à Saint-Germain-en-Laye28 chez les parents de Daniel Biasini, son ex-beau-père. L’après-midi, vers 16 h 30, il est de retour à la maison mais le portail, haut de deux mètres, est clos. Pour ne pas déranger sa famille, il escalade le mur d’enceinte comme il en a l’habitude, mais perd l’équilibre et, dans sa chute, tombe sur les pointes de métal de la grille : celles-ci lui perforent l’artère fémorale. Il meurt le soir même à l’hôpital. Des paparazzi, costumés en infirmiers, pénètrent dans le service funéraire pour photographier l’adolescent sur son lit de mort. Romy Schneider est anéantie : elle exprimera sa colère, quelques mois plus tard, dans une interview accordée à Michel Drucker, diffusée dans l’émission Champs-Élysées en avril 1982 : « Que des journalistes se déguisent en infirmiers pour photographier un enfant mort… Où est la morale ? Où est le tact ? ».

Au matin du 29 mai 1982, Romy Schneider est retrouvée morte par son compagnon Laurent Pétin dans son appartement parisien du 11, rue Barbet-de-Jouy dans le 7e arrondissement. Elle avait 43 ans. La police retrouve sur son bureau une lettre inachevée, un mot d’excuse — sa fille ayant la rougeole — pour décommander une séance de photographie et d’interview, portant une longue rature montrant qu’elle a dû s’effondrer en l’écrivant. Sur le bureau on trouve de l’alcool et des médicaments. Le magistrat Laurent Davenas préfère classer l’affaire sans autopsie pour, dit-il, « ne pas casser le mythe ». Quant à savoir si elle s’est réellement suicidée par barbituriques, s’il s’agit d’un abus accidentel de ces produits ou d’une mort naturelle, le journaliste Guillaume Évin affirmera ultérieurement qu’« elle ne s’est pas suicidée… mais est morte de ses excès ». En 2012 (anniversaire des trente ans de sa disparition), Claude Pétin, amie intime de l’actrice et belle-sœur du compagnon de la star, Laurent Pétin, prétend que la mort de Romy Schneider était absolument naturelle et n’avait pas été causée par un abus de barbituriques et d’alcool, comme l’avait spécifié la presse à l’époque.

Portant symboliquement une étoile de David autour du cou, elle est inhumée le 2 juin 1982 au cimetière de Boissy-sans-Avoir, commune de sa maison de campagne, achetée peu de temps auparavant. Le corps de son fils David, initialement enterré le 7 juillet 1981 à Saint-Germain-en-Laye, est transféré dans le caveau de sa mère.

Tombe de Romy Schneider au cimetière de Boissy-sans-Avoir, dans les Yvelines.

À celle dont il dit qu’elle est le plus grand amour de sa vie, Alain Delon écrit sur un bout de papier : « Tu n’as jamais été aussi belle. Tu vois, j’ai appris quelques mots d’allemand pour toi : Ich liebe dich, meine Liebe. » (« Je t’aime, mon amour »)32. Alain Delon n’est pas présent le jour de l’inhumation, ayant préféré se recueillir quelques jours après dans une plus grande discrétion. La mère de Romy Schneider est elle aussi absente ; elle décèdera quatorze ans après sa fille.

« L’un contre l’autre » : c’est le titre du film qui devait réunir pour la quatrième fois à l’écran le couple Delon-Schneider : avec le décès de Romy, le projet est abandonné33.

Le 22 février 2008, l’académie des César lui décerne à titre posthume un prix du souvenir à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de sa naissance. Alain Delon monte sur scène pour le recevoir et demande une ovation en l’honneur de l’actrice.

UN ACTRICE HORS PAIRE

La carrière de Romy Schneider est marquée par deux orientations divergentes  : la première est celle des années de jeunesse, sous l’influence de sa mère Magda qui l’impose comme la jeune héroïne allemande typique, fraîche et tumultueuse, dans des films pastoraux et romantiques : l’ère des Sissi.

La seconde, plus sombre et complexe, prend un véritable tournant par ses interprétations dans « Le Procès » d’Orson Welles et « La Piscine »de Jacques Deray. Cette période plus tardive est le fruit d’une collaboration, parfois compliquée, avec des cinéastes exigeants tels qu’Alain Cavalier, Joseph Losey, Claude Sautet, Luchino Visconti, Andrzej Żuławski, Bertrand Tavernier ou encore Costa-Gavras et Orson Welles.

Elle remporte le tout premier César de la meilleure actrice en 1976, pour « L’important c’est d’aimer » d’Andrzej Żuławski, elle en obtient un autre, en 1979, pour « Une histoire simple » de Claude Sautet.

Débuts au cinéma

En 1953, le producteur de cinéma Kurt Ulrich cherche une jeune fille pour tenir le rôle de la fille du personnage principal du film « Lilas blancs », joué par sa mère Magda Schneider. Celle-ci propose sa propre fille, qui passe brillamment les essais en juillet 1953 et se révèle très photogénique. Romy quitte alors le cursus scolaire, et, à quinze ans, apparaît pour la première fois à l’écran, sous le nom de « Romy Schneider-Albach ». Le film « Lilas blancs » connaît un succès immédiat et est suivi d’autres rôles. Mais c’est en incarnant l’impératrice d’Autriche Élisabeth de Wittelsbach à partir de 1955 qu’elle fait une percée fulgurante.

Film complet Lilas Blancs

Le mythe Sissi

Au début des années 1950, le réalisateur autrichien Ernst Marischka a pour projet de monter à l’écran l’histoire romancée de l’impératrice Élisabeth de Wittelsbach, née en 1837 et assassinée en 1898 à Genève, dite « Sissi », épouse de l’empereur François-Joseph Ier d’Autriche. Marischka a toujours été sensible à l’immense pouvoir de séduction de cette femme qui fut l’un des personnages les plus captivants de la fin du xixe siècle, mais également celui dont les Autrichiens se souviennent avec le plus de nostalgie. Marischka avait déjà essayé de la populariser en 1932 dans une opérette où Paula Wessely tenait le premier rôle.

Pour Marischka, l’existence réelle d’Élisabeth de Wittelsbach révèle trop de tourments pour ne pas être romancée et il ne souhaite conserver dans sa fiction que le passé glorieux et heureux de l’impératrice. Il ne gardera donc que les événements romantiques et les grands moments d’émotion en occultant tous les drames pénibles et les phobies qu’elle a réellement vécus . De plus, l’Autriche cherche à faire oublier son annexion à l’Allemagne nazie et à retrouver son prestige. Ernst Marischka « ne lésine pas » sur les moyens pour que le spectateur croie réellement côtoyer Sissi à son époque. Il vise très haut et sait que Romy Schneider, remarquablement secondée par sa mère qui interprète le rôle de la duchesse Ludovika, mère de l’impératrice, est prête à contribuer à la réussite du projet. Il choisit Karlheinz Böhm pour interpréter le rôle du jeune empereur François-Joseph.

Romy Schneider en 1955 dans le rôle de Sissi.

À sa sortie en 1955, le film « Sissi » déclenche un tel engouement populaire en Autriche et en Allemagne que les recettes du film dépassent celles d’ « Autant en emporte le vent ». En Europe, le film obtient la mention d’« œuvre culturelle ». En Suisse et en France, le film bénéficie d’un lancement remarquable et est même ensuite diffusé gratuitement dans des écoles. Des prospectus de Romy Schneider sont distribués et on retrouve même son visage sur des boîtes d’allumettes et des briquets. À Nice, Lille, Amsterdam, Anvers, Gand, Madrid et Helsinki, les records de fréquentation des salles de cinéma sont largement battus.

Film complet « Sissi »

Le succès du film étant assuré, Marischka entreprend le tournage d’un deuxième épisode, « Sissi impératrice (Sissi, die junge Kaiserin en allemand) » avec un budget et une vision similaires à ceux du premier volet. En revanche, Romy Schneider comprend difficilement que l’on puisse faire un deuxième film. Elle se sent de plus en plus étrangère à ces personnages idéalisés et supporte de plus en plus difficilement les désagréments qu’on lui impose, comme celui de porter une lourde perruquenote qui lui donne des maux de tête. Le réalisateur et le représentant de la UFA refusent en outre de prendre en compte ses remarques pour rendre le rôle plus réaliste. En 1956, le second film reçoit un accueil similaire au premier. Des milliers de jeunes filles dans toute l’Europe adoptent alors le style « princesse » : cheveux longs bouclés, taille de guêpe et jupons bouffants.

Film « Sissi impératrice »

En 1957, Romy Schneider entreprend le tournage du troisième épisode « Sissi face à son destin (Sissi, Schicksalsjahre einer Kaiserin en allemand) » avec réticence et a hâte de se détacher du personnage auquel on l’identifie désormais. Au grand dam de son agent, de son beau-père — qui gère sa fortune et utilise ses cachets pour investir dans des hôtels et restaurants — et aussi de sa mère — qui utilise sa fille pour poursuivre sa propre carrière, déclinante depuis la fin du régime nazi1 —, Romy s’oppose au tournage d’un quatrième épisode. Plus tard, elle déclarera même : « Je hais cette image de Sissi » et reconnaîtra : « J’ai refusé les 80 millions qu’on m’offrait pour tourner une quatrième mouture de Sissi ».

Sissi face à son destin

Naissance d’une vedette

Alain Delon est en pleine gloire et tourne sans cesse tandis que Romy joue peu. Dans ses moments de déprime, elle rend visite à Marlène Dietrich qui devient sa confidente. Une complicité avec Jean-Louis Trintignant nait, en 1961, sur le tournage du « Combat dans l’île » d’Alain Cavalier, qui plus tard sera une liaison sur « Le Train », interrompue une fois le film achevé.

« Le combat dans l’ïle »

Delon lui fait apprendre l’italien et rencontrer Luchino Visconti qui fait monter sur scène le couple dans « Dommage qu’elle soit une putain » en 1961. Après ce triomphe, le réalisateur italien lui donne un rôle dans un sketch de « Boccace 70 » en 1962. À la fin du tournage, Visconti lui glisse au doigt un anneau en bois incrusté de deux diamants et d’un saphir qui ne la quittera plus jusqu’à sa mort. Cette même année, elle monte pour la première fois sur les planches en Allemagne, au théâtre de Baden-Baden, où elle joue en français, avec une troupe française, la pièce « La Mouette » d’Anton Tchekhov. Fin 1962, elle est hospitalisée pour surmenage ; Alain Delon est à son chevet.

« Dommage qu’elle soit une putain »

En 1962, Romy s’installe à Hollywood, qu’elle quittera en 1965. Elle tourne un premier film avec Otto Preminger, « Le Cardinal » qui est un succès.

« Le Cardinal »

La carrière de Romy prend par la suite une dimension internationale avec plusieurs rôles à Hollywood (« Prete-moi ton mari » (1964), une comédie avec Jack Lemmon,

« Prete-moi ton mari »
et le film « Quoi de neuf, Pussycat ? » aux côtés de Woody Allen en 1965).
Sa prestation sous la direction d’Orson Welles dans « Le Procès » en 1963 lui donne enfin l’image d’une femme belle et libre.

« Le Procès »
Les producteurs américains, séduits, surnomment l’actrice « la petite fiancée du monde » et lui font de nombreuses propositions. La Columbia lui offre alors un contrat de sept ans (pour sept films et un cachet d’un million de francs pour chacun de ses rôles). En 1963, elle reçoit la première récompense française de sa carrière, l’Étoile de Cristal de l’Académie du cinéma pour sa prestation dans « Le Procès ». Néanmoins, sur son deuxième film pour la Columbia, « Prête-moi ton mari », elle découvre que les techniques de l’Actors Studio sont bien différentes des siennes. Maladroite dans cette comédie, elle est envahie par le stress, le trac et les doutes, notamment personnels : des photos de Delon accompagné d’une jeune femme circulent dans la presse. Ainsi, la presse américaine la surnomme « Miss Worry (« Mademoiselle inquiète »), et la conduit à des seconds rôles.
En juin 1964, Romy obtient la « Victoire du Cinéma français », récompensant la « meilleure actrice étrangère de l’année ». La même année, elle tourne « L’Enfer » d’Henri-Georges Clouzot, film inachevé pour lequel elle change radicalement d’image et révèle son potentiel érotique.

« L’Enfer »

En 1970, elle est la vedette principale, aux côtés de Michel Piccoli, du film dramatique de Claude Sautet « Les Choses de la vie » (Prix Louis-Delluc) qui lui assure une grande notoriété en France et marque le début d’une longue collaboration avec le metteur en scène.

« Les Choses de la vie »


Romy Schneider le 31 octobre 1970, lors du tournage du film « Max et les Ferrailleurs », en extérieur à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine).

FILMOGRAPHIE

Années 1950 :
- 1953 : Lilas blancs (Wenn der weiße Flieder wieder blüht) de Hans Deppe : Evchen Forster
- 1954 : Feu d’artifice (Feuerwerk) de Kurt Hoffmann : Anna Oberholzer
- 1954 : « Les Jeunes Années d’une reine » (Mädchenjahre einer Königin) d’Ernst Marischka : Victoria

- 1955 : Mon premier amour (Der letzte Mann) de Harald Braun : Nicky Hövelmann
- 1955 : Mam’zelle Cri-Cri (Die Deutschmeister) d’Ernst Marischka : Stanzi -
Huebner
- 1955 : « Sissi (Sissi) » d’Ernst Marischka : Sissi
- 1956 : Kitty à la conquête du monde (Kitty und die große Welt) d’Alfred Weidenmann : Kitty Dupont
- 1956 : « Sissi impératrice » (Sissi, die junge Kaiserin) d’Ernst Marischka : Sissi
- 1957 : Monpti (Monpti) de Helmut Käutner : Anne-Claire
- 1957 : Un petit coin de paradis (Robinson soll nicht sterben) de Josef von Báky : Maud Cantley
- 1957 : « Sissi face à son destin » (Sissi, Schicksalsjahre einer Kaiserin) d’Ernst Marischka : Sissi
- 1958 : Mademoiselle Scampolo (Scampolo) d’Alfred Weidenmann : Scampolo
- 1958 : « Jeunes filles en uniforme » (Mädchen in Uniform) de Géza von Radványi (remake) : Manuela von Meinhardis
Film complet VST ANG


- 1958 : « Christine » de Pierre Gaspard-Huit : Christine Weiring
- 1959 : Éva ou les Carnets secrets d’une jeune fille (Die Halbzarte) de Rolf Thiele : Nicole Dassau/Eva
- 1959 : Mademoiselle Ange (Ein Engel auf Erden) de Géza von Radványi : Line/L’ange
- 1959 : La Belle et l’empereur (Die schöne Lügnerin) d’Axel von Ambesser : Fanny Emmetsrieder
- 1959 : « Katia » de Robert Siodmak : Katia Dolgorouki


- 1959 : « Plein Soleil » de René Clément : l’amie de Freddy

Années 1960
- 1961 : « Boccace 70 » (Boccaccio ’70) de Luchino Visconti, sketch Le Travail (Il Lavoro) : Pupé

- 1961 : Lysistrata - (Die Sendung der Lysistrata) (TV) de Fritz Kortner : Myrrhiné/UschiHellwig
- 1961 : Le Combat dans l’île d’Alain Cavalier : Anne
- 1962 : Forever My Love (version condensée des films Sissi, Sissi impératrice et Sissi face à son destin pour les États-Unis) : Sissi
- 1962 : Le Procès d’Orson Welles : Leni
- 1962 : Les Vainqueurs (The Victors) de Carl Foreman : Régine
- 1963 : Le Cardinal (The Cardinal) d’Otto Preminger : Annemarie von Hartman
- 1964 : Prête-moi ton mari (Good Neighbor Sam) de David Swift : Janet Lagerlof
- 1964 : L’Enfer de Henri-Georges Clouzot (inachevé) : Odette Prieur
- 1965 : L’Amour à la mer de Guy Gilles : la vedette
- 1965 : « Paris brûle-t-il ? » de René Clément - scènes coupées au montage -
- 1965 : Quoi de neuf, Pussycat ? (What’s new Pussycat ?) de Clive Donner : Carole Werner
- 1966 : Dix heures et demie du soir en été (10:30 P.M. Summer) de Jules Dassin : Claire
- 1966 : La Voleuse de Jean Chapot : Julia Kreuz
- 1966 : « La Fantastique histoire vraie d’Eddie Chapman » (Triple cross) de Terence Young : La Comtesse


- 1968 : Otley de Dick Clement : Imogen
- 1968 : « La Piscine » de Jacques Deray : Marianne
- 1969 : L’Inceste (My lover, my son) de John Newland : Francesca Anderson

Années 1970
- 1970 : Les Choses de la vie de Claude Sautet : Hélène
- 1970 : Qui ? de Léonard Keigel : Marina
- 1970 : Bloomfield (Bloomfield) de Richard Harris
- 1970 : La Califfa d’Alberto Bevilacqua : La Califfa
- 1970 : « Max et les ferrailleurs » de Claude Sautet : Lily
- 1971 : « L’Assassinat de Trotsky » (The Assassination of Trotsky) de Joseph Losey : Gita Samuels

- 1972 : « Ludwig, le crépuscule des dieux » (Ludwig) de Luchino Visconti : Elisabeth d’Autriche

- 1972 : « César et Rosalie » de Claude Sautet : Rosalie

- 1973 : « Le Train » de Pierre Granier-Deferre : Anna Küpfer

- 1973 : Un amour de pluie de Jean-Claude Brialy : Elizabeth
- 1973 : « Le Mouton enragé » de Michel Deville : Roberte Groult

- 1973 : Le Trio infernal de Francis Girod : Philomena Schmidt
- 1974 : « L’important c’est d’aimer » d’Andrzej Żuławski : Nadine Chevalier

- 1974 : Les Innocents aux mains sales de Claude Chabrol : Julie Wormser
- 1975 : « Le Vieux Fusil » de Robert Enrico : Clara Dandieu

- 1976 : Une femme à sa fenêtre de Pierre Granier-Deferre : Margot Santorini
- 1976 :« Mado » de Claude Sautet : Hélène

- 1976 : Portrait de groupe avec dame (Gruppenbild mit Dame) d’Aleksandar Petrović : Leni Gruyten
- 1978 : « Une histoire simple » de Claude Sautet : Marie
- 1979 : Liés par le sang (Bloodline) de Terence Young : Hélène Martin
- 1979 : Clair de femme de Costa-Gavras : Lydia
- 1979 : La Mort en direct (Death watch) de Bertrand Tavernier : Katherine Mortenhoe

Années 1980
- 1980 : « La Banquière » de Francis Girod : Emma Eckhert


- 1981 : Fantôme d’amour (Fantasma d’amore) de Dino Risi : Anna Brigatti
- 1981 : « Garde à vue » de Claude Miller : Chantal Martinaud

- 1982 : « La Passante du Sans-Souci » de Jacques Rouffio : Elsa Wiener/Lina Baumstein

THEATRE
- 1961 : « Dommage qu’elle soit une putain » (It’s pity she’s a whore) de John Ford, mise en scène Luchino Visconti, Théâtre de Paris, adaptation Georges Beaume : Annabella
- 1962 : « La Mouette » d’Anton Tchekhov, mise en scène Sacha Pitoëff, tournée Karsenty-Herbert : Nina

RECOMPENSES
- 1976 : César de la meilleure actrice pour L’important c’est d’aimer

- 1979 : César de la meilleure actrice pour Une histoire simple
- 1982 : prix de la meilleure actrice au Festival de Montréal
- 2008 : César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière

Trente ans après, Romy Schneider est toujours l’un des plus grands visages du cinéma. De nombreux documentaires, téléfilms ou rétrospectives lui sont consacrés. L’actrice Géraldine Danon, présente au Festival de Cannes, a annoncé qu’elle préparait un biopic sur Romy Schneider.