Le Nanar du mois d’Août : La revanche de Samson

  • Mis à jour : 28 juillet

Je sais madame ! C’est très dur en ce moment. Vous qui êtes sur la plage vous jetez sans doute un regard furtif mais non moins intéressé vers ce bel adonis aux muscles saillants et aux tablettes de chocolat provocatrices. Evidemment le retour vers l’homme qui se trouve à coté de vous et qui par ailleurs est votre conjoint, est douloureux. D’autant que vous vous apercevez que les petits plats que vous lui avez concocté avec amour sont la cause de ce désastre esthétique, d’où une culpabilité qui vous met mal à l’aise.

Bon ! Pour vous permettre de déguster sans retenu ce que pourrait être votre homme après un régime bouillon-muesli, je vous présente un Péplum : "La Revanche de Samson" . Par ailleurs nous les hommes ça nous plait de savoir que Samson a une revanche. Car ce mec très beau mais aussi très limité (faut quand même être un peu neuneu pour écrouler le temple sous lequel il est enchaîné) a été victime d’une fille mal attentionnée qui lui a coupé les cheveux (bon heureusement ce ne fut que les cheveux) pendant son sommeil. Victime de l’amour en quelque sorte.

FICHE TECHNIQUE DU FILM

LA REVANCHE DE SAMSON

- Titre original : Samson Dan Delilah
- Réalisateur : Sisworo Gautama Putra
- Année : 1985
- Pays : Indonésie
- Genre : Mythologie anti-coloniale (Catégorie : Heroic-fantasy)
- Acteurs principaux : Paul Hay, Suzzanna, Eddy Gunawan, H.I.M. Damsyik, Soendjoto Adibroto

PRESENTATION DU FILM

D’après Nanarland

Attention, gros gros morceau. « La Revanche de Samson », ou la relecture moderne d’un mythe ancestral par l’industrie du cinéma indonésien. En effet, contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre, ce film n’est pas un bon vieux péplum des sixties à la Maciste ou Hercule, mais bel et bien la retranscription eighties du mythe de Samson, l’homme qui doit tout à ses cheveux (peut-être parce qu’il le vaut bien après tout) qui nous est contée dans ce film. De plus cerise sur le gâteau cefilm est un film engagé : lutte contre le colonialisme

L’HISTOIRE
Daman (alias Samson) est un jeune homme dont les parents se sont fait assassiner alors qu’il n’était qu’un enfant. Il a été recueilli, puis élevé par un vieil homme qui a su faire de lui un être surpuissant, quoi que pacifiste (note : le vieil homme est lui-même assez surpuissant puisque pour entraîner Daman, il lui jette d’énormes rochers).

Daman (alias Samson) le héros à la force surhumaine qui se dressera contre les Hollandais. Bon je sais il a pas le profil de l’hébreu mais un tournage en Indobésie impose quelques adaptation.

Le film démarre vraiment lorsque Daman fait par hasard la rencontre d’une jeune femme prénommée Delilah, alors que celle-ci se fait attaquer par un buffle en mousse. D’un bond il saute sur l’animal et le fait tournoyer tel un fétus de paille (ou tel un buffle en mousse, ça marche aussi).

Samson c’est pas le mec a se laisser em.... par un buffle et hop…

Estourbie par la puissance phénoménale de Daman, Delilah tombe immédiatement amoureuse de lui, décide de tout faire pour le séduire, et en profite au passage pour le rebaptiser Samson. Aussi singulier que cela puisse paraître, il se trouve que Delilah est aussi la fille d’un général hollandais, peuple colonisateur de l’Indonésie natale de notre héros. Samson deviendra donc tout à la fois l’ennemi juré du père de Delilah, l’objet de la convoitise de celle-ci, et le sauveur providentiel de ses frères colonisés. Vous la voyez l’embrouille. Chez les caves on appelle ça un point d’honneur !

Les ignobles Néerlandais moustachus qui ourdissent de sombres projets.

L’ANALYSE DU FILM
Formellement, le film se veut très héroïc-fantasy puisque pour contrer Samson, le père de Delilah fait appel à des mercenaires pétris de pouvoirs magiques. Et ce qui fait plaisir, c’est que le réalisateur n’a pas lésiné sur les effets spéciaux. Plutôt que la suggestion, il préfère montrer, bien que l’on nage dans le manque de moyens (et de talent) le plus total. Résultat : des maquillages d’un autre temps, des effets spéciaux ahurissants, le tout mâtiné de dialogues crétinoïdes et saupoudré de mannequins comme s’il en pleuvait… Que du bonheur !

Le gourou Saya (l’homme qui détient tous les secrets). Mais qui se fera avoir par Samson on sait pas trop comment.

Le cyclope, le premier ennemi que Samson devra affronter. Il n’y a pas de raison pour ne pas faire un petit clin d’oeil à Ulysse ...

Au niveau des scènes clés, il n’y a que l’embarras du choix, tant le film compile tout ce qui nous fait rire à Nanarland. On citera évidemment le buffle en mousse évoqué plus haut, ainsi qu’un type de mannequin assez rare pour être signalé : le mannequin gonflable à l’effigie du héros ! Lors d’une scène mémorable, alors que Samson affronte un ennemi magicien, il se voit projeté dans une crevasse qui se referme sur lui. On nous montre ensuite le méchant qui se réjouit de son attaque mortelle, quand soudain Samson surgit du sol, projeté à toute vitesse tel un ballon de baudruche que l’on aurait crevé. En fait c’est effectivement un ballon de baudruche…et il faut voir ce gros machin informe voler furtivement dans les airs au grès des vents, tel un bibendum Michelin abandonné au bord d’une rocade.

Un autre passage mémorable se situe vers la fin du film. Samson, tout énervé, s’en prend à la maison du père de Delilah. Il se place entre deux colonnes et écarte les bras. Evidemment il réussit à casser la maison. Ce qui n’a pas dû être prévu par contre (ah oui petite précision, Samson a les yeux bandés…), c’est l’énorme morceau de plâtre anguleux qui lui tombe violemment sur le coin du nez. Le choc est d’une violence telle que l’on serait presque tenté de croire que si personne n’a plus jamais entendu parler de Paul Hay, l’acteur principal, c’est qu’il a succombé à une hémorragie cérébrale peu de temps après la fin du tournage !


Paul Hay, l’oeil vif et l’air intelligent.

Enfin cette chronique ne serait pas complète si on omettais la scène de "sexe" qui pompe sans vergogne « 9 semaines ½ » mais qui, au final, s’avère aussi sensuellement glamour qu’une scene d’amour entre deux mygales. Les symboles et métaphores sont si grossiers que ça en serait presque choquant (une série d’effronteries d’autant plus osées si l’on songe que l’Indonésie reste tout de même un pays musulman).

Ce film est vigoureusement préconisé par Nanarland, car pour une fois tout le monde, du néophyte au nanardeur confirmé, y trouvera son compte : des mannequins en veux-tu, en voilà, des cascades pourries, des dialogues nullissimes, un acteur aussi charismatique qu’un gant de toilette sur le déclin, des seconds rôles ridicules et, comble du comble, de magnifiques fausses moustaches ! (sans parler des réjouissantes moumoutes blondes permettant aux figurants indonésiens de camper des soldats hollandais…)

LE FILM COMPLET