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Cultures & Cinémas

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Le cinéma de la république démocratique du Congo

  • Mis à jour : 15 mai 2016

CINEMA DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
Références : Article de Jean-Baptiste Dossou-Yovo

Contrairement à la littérature de la RDC qui rassemble une pléiade d’auteurs parmi lesquels un certain nombre se distinguent à la fois comme universitaires, critiques littéraires et écrivains, le cinéma de l’ex-Zaïre est resté modeste mais vivant. On devrait cependant reconnaître qu’au cours de la dernière décennie, il a réalisé plus de progrès qu’en trente ans. C’est dire qu’il s’agit d’un cinéma en pleine expansion.

1. Le cinéma congolais des premiers temps à nos jours

Existe-t-il un "cinéma congolais" ? Pour l’historien et anthropologue belge Guido Convents, les Congolais ont une histoire et une culture cinématographique et audiovisuelle fascinante, qu’il nous fait découvrir dans son dernier livre "Images et démocratie. Les Congolais face au cinéma et à l’audiovisuel".

Dès 1896, des opérateurs se sont rendus avec des cinématographes dans l’Etat indépendant du Congo, sous la souveraineté du roi des Belges Léopold II. Très vite, le milieu colonial a utilisé l’image photographique, puis cinématographique comme instrument de propagande, explique le livre de Convents. .

Vers 1910, des projections de films, en grande majorité français ou américains, sont régulièrement organisées par des Européens à Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa), mais seulement un nombre restreint de Congolais y avaient accès. Pendant la première guerre mondiale, l’Etat belge va cependant s’employer à organiser une structure de production et de diffusion, pour propager et justifier sa présence au Congo aux yeux de ses alliés et de ses propres ressortissants.

En 1916, le ministère des colonies crée ainsi le Service de documentation et de vulgarisation, puis décide l’envoi d’une mission cinématographique dirigée par Ernest Gourdinne au Congo, au Ruanda (Rwanda) et au Urundi (Burundi). Dans les années 20, les prêtres catholiques déploient eux aussi leur propre organisme cinématographique, avec un système de distribution, de salles de projections, de cinémas mobiles et des commissions de contrôle.

Il faudra toutefois attendre 1944 pour voir apparaître le premier cinéma commercial destiné aux Congolais ouvrir ses portes à Aketi, dans le nord-est du pays, à l’initiative d’un commerçant belge, Willy Pitzele. Comme de nombreux coloniaux, l’homme d’affaires considère les Congolais comme de grands enfants et décide donc que sa programmation doit regrouper des actualités, un dessin animé, une petite comédie et un court documentaire éducatif sur l’Afrique.

En 1955, une ordonnance du gouvernement général sur l’accès aux spectacles cinématographiques mettra cependant les Congolais sur un même pied d’égalité que les Européens. A l’époque, la production cinématographique coloniale officielle est entre les mains d’un abbé, André Cornil, dont l’ambition première était de réaliser des films courts s’inspirant des contes naïfs et pittoresques congolais. Entre 1954 et 1957, il tourne 11 films de fiction, avec des acteurs congolais, et 22 documentaires éducatifs ou didactiques.

A la même époque, des cours privés de cinéma sont organisés au Congo et des Congolais viennent se former à la prise de vue en Belgique, notamment au sein de la firme Gevaert. Des acteurs congolais commencent également à décrocher des rôles dans des films destinés à un public international. En 1953, « Bongolo et la princesse noire » du belge André Cauvin, dont les acteurs principaux sont congolais, est projeté à Cannes, en France.

Après l’indépendance du Congo en 1960, les services du plus gros producteur, le gouvernement général de la colonie, quittent le pays, et la production missionnaire devient quasi inexistante.

Après son coup d’Etat, le général Mobutu créé une télévision nationale et lance son mouvement culturel "d’authenticité" au début des années 1970. La production d’actualités est placée sous son contrôle. Ce n’est qu’après 1989, lorsqu’il est contraint de rétablir le multipartisme, qu’un espace public s’ouvre enfin pour les radios et les télévisions.

Vers le milieu des années 1990, la loi sur la presse permet la création de chaînes privées. Des jeunes formés à l’étranger rentrent au pays et se lancent dans la réalisation de films ou de reportages. Le théâtre filmé, mais aussi les feuilletons produits au Nigeria ou au Ghana envahissent les écrans au Congo.

"Aujourd’hui, il n’existe plus qu’une salle de cinéma polyvalente à Kinshasa", la capitale congolaise, souligne Convents. "Mais il y a beaucoup d’endroits qui possèdent une petite salle pour visionner des DVD, c’est une autre manière de voir les films. Il y a aussi des festivals, du cinéma ambulant, 20 à 30 chaînes de télévision. L’image est partout. On diffuse des productions théâtrales filmées, des clips vidéo, des publicités".

"L’Etat n’a pas réellement de politique cinématographique, mais dans chaque ville, on fait des images. Aujourd’hui, la caméra digitale est un symbole de richesse. Mais pour chaque mariage, on veut un vidéaste, par exemple. Et chaque chanteur veut son clip, chaque commerce sa publicité", ajoute l’auteur. Pour l’historien, l’idée qui voudrait qu’un cinéma congolais n’ait jamais existé, doit donc être nuancée.

Si la politique du gouvernement colonial, puis celle du président Mobutu n’ont pas favorisé un "libre accès" au cinéma, il y a bien eu une production cinématographique avant et après l’indépendance, affirme le livre de Convents, et elle ne peut être ignorée car elle a son importance, et elle a marqué les imaginaires.

2. Les caractéristiques du cinéma congolais

Il s’agit surtout d’un cinéma de la diaspora. Les images de l’exil, de la rencontre des cultures, un peu plus qu’ailleurs, occupent une place quasi-dominante. Cela n’exclut pas la présence remarquable d’images prioritairement de ce pays vaste et riche, non seulement de son sous-sol et de sa nature, mais aussi de ses hommes, de son histoire, de sa culture.

3. Les principaux réalisateurs de RDC

- De tous les cinéastes de la RDC, Joseph Koumbela reste celui dont les œuvres ont été le plus marquées par le thème de l’exil et ses dérivés. En 1991, il joue le principal rôle dans « Gito, l’ingrat » de Léonce Ngabo et participe également à sa mise en scène. Pour ce film, il reçoit le prix de la meilleure interprétation masculine au Fespaco 1993. L’ancien styliste parisien avait déjà fait de la comédie et de la danse à New York et à Los Angeles. Il avait par ailleurs acquis une certaine expérience à travers des rôles secondaires interprétés dans des téléfilms français.
A partir de 1994, Joseph Koumbéla s’installe l’autre côté de la caméra et réalise une série de courts métrages autour de l’émigration africaine, un milieu dans lequel il baigne depuis l’âge de treize ans.

« Perle noire » (1994, 35 mm) est une fiction couleur de 27 minutes. Roland, un homme criblé de dette et sans scrupule, contraint Blandine, sa quatrième épouse qui est une jeune Africaine à se prostituer. Celle-ci parvient à se rebeller grâce à l’aide de sa patronne.

Dans « Taxcarte » (1996, 35 mm), fiction couleur de 8 minutes Touré et Diop, deux cinéastes afri­cains, sont à Paris au festival Panafricain du Cinéma Calebasse 1996. Touré emprunte la carte de Corinne et lance un coup de fil en Afrique à sa femme qui est sur le point d’accoucher. Un quiproquo s’ins­talle à l’irruption de Josiane, sa fiancée.

Dans « Colis postal » (1996, 35 mm) fiction couleur de 10 minutes, Isidore, un Africain résidant en France, panique lorsque débarque de manière inattendue sa fiancée d’Abidjan. Comment lui annoncer qu’il est séropositif ?
« L’étranger venu d’Afrique » (1998, 35 mm, fiction 13 min) nous conduit à Pékin, une fin de journée : Sun, une jeune chinoise a rendez-vous avec son amant, un jeune étudiant africain. Les différences culturelles provoquent des conflits qui se compliquent sous le regard voyeur des autres.

- José Laplaine qui débute sa formation cinématographique chez Paralax à Bruxelles, assiste Roger Vadim dans « Safari », une production italienne, puis s’installe en France en 1989. Commence une ascension constante de l’artiste.

En 1996, il réalise un court métrage, « Le Clandestin », fiction en noir et blanc de 15 minutes dont le héros est un Charlot d’ébène. Lorsque celui-ci débarque sur le port de Lisbonne, il est traqué par un policier qu’il parvient à semer. Mais un jour de retrouvailles, le clandestin et le policier vont devoir s’expliquer.
« Macadam tribu » (1996, 87 min, fiction) raconte la vie de la petite famille de la veuve Maman Bavusi. Elle se compose d’elle-même et de ses deux fils. Ils vivent dans un quartier populaire. Désœuvrée et solitaire, elle va chasser le cafard dans le bar de Papa Sandu. Mike vient de sortir de prison. Kapa, lui est mécanicien mais veut devenir boxeur. Son entraîneur défie un champion dans un combat qui va tourner mal.

« Le Jardin de papa » (2003, 35cm) cou­leur de 75 minutes : un jeune couple français en voyage de noces en Afrique. Jean fait découvrir à Marie le royaume de son enfance. Mais un accident intervenu dans un quartier populaire fait basculer tout.

- Quant à Bakupa-Kanyinda Balufu, non content de se forger les idées à Bruxelles en étudiant sociologie, philosophie et histoire de l’art, il se tourne bientôt vers d’autres cieux, la France, puis l’Angleterre et enfin aux Etats-Unis pour se former au septième art. Jusqu’à lors, Balufu s’affirme surtout comme documentaristes. Il débute en 1991 avec [« Dix mille ans de cinéma » et « Thomas Sankara, le baobab de Dagnoen »,

auxquels s’ajoutent en 1993, un troisième, « Balangwa Nzembo » portant sur la célèbre musique de son pays. Parmi ses plus récentes œuvres, s’inscrit le fameux « Afro@digital » (2002). Ce documentaire de 52 minutes montre l’appropriation faite par les Africains des nouvelles technologies et envisage des perspectives encourageantes pour le continent. Le réalisateur apporte une contribution positive aux débats et réflexions en rapport avec le sommet mondial sur la société de l’information

Bakupa-Kanyinda Balufu ne déteste pas pour autant la fiction. Au contraire, il en apporte la preuve dès sa première fiction. « Le Damier » tourné au pays en 1996 et les 35 minutes d’émotions que procure ce film qui a reçu entre autres distinctions le Prix ACCT au Fespaco 97. En 1999, la filmographie de celui que le grand public reconnaît à tra­vers Le Damier, s’enrichit d’une deuxième fiction court métrage, « Watt ». Evidemment, c’est une histoire d’énergie, mais aussi d’amour, et surtout de musique au centre de laquelle officie un DG d’enfer. Balufu reste pratiquement le seul réalisateur de la RDC à n’avoir pas encore fait du dépaysement de l’exilé africain en Europe le thème directeur d’un film.

- Ce thème n ’est pas inconnu du pionnier Dieudonné Mwenzé Ngangura, pour qui le documentaire, plus qu’un terrain de prédilection, tient lieu de cheval de bataille. Ngangura vogue depuis plusieurs décennies entre le Congo et la Belgique, en quête d’images, de paroles, de vies qui se complètent comme les deux faces d’une même monnaie. Né en 1950 à Bukavu, études à l’Institut des Arts de Diffusion à Bruxelles, il a enseigné le septième art dans plusieurs instituts professionnels à Kinshasa. Mwenzé Ngangura. Il entretient une complémentarité entre le documentaire et la fiction. Soit, les documentaires lui don­nent, après coup, le fil conducteur de la fiction. Soit, en vue de réaliser un projet de fiction à long terme, il rassemble les matériaux documentaires. Cette seconde alternative rejoint la démarche de l’artiste dont les deux chefs-d’œuvre de fi­tion occupent une place parti­cu­lière dans le cinéma de la RDC.
Mwenzé est coréalisateur avec Benoît Lamy de « La vie est belle » (1987), comédie musicale sur l’exode rurale où Papa Wemba, Krubwa Bibi, Nzunzimbu Landu, Matshia Kasongo Kanku donne le ton. On y retrouve les thèmes de « Kin-Kiesse », prix du meilleur documentaire au Fespaco 1983, ainsi que ceux des documents antérieurs. De même, « Le roi, la vache et le bananier » (1998) et d’autres documentai­res dont certains ont été réalisés à Bruxelles ont servi de matières premières à la conception de « Pièces d’identité », récompensé à juste titre par l’Etalon de Yennenga en1999. Mani Kongo, se rend à Bruxelles à la recherche de sa fille dont il n’a plus de nouvelle. Une quête qui en cache bien d’autres pour faire de l’ouvrage du maître, une œuvre majeure du cinéma africain.

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4. La RDC vu par les réalisateurs étrangers

- C’est Raoul Peck, cinéaste haïtien qui réalise « Lumumba » ( 95 minutes 2000). Premier ministre du Congo, Patrice Lumumba est assassiné en 1961 quelques mois après l’accession de son pays à la souveraineté dont il fut l’un des principaux artisans. A sa place les commanditaires de son élimination ont mis Désiré Mobutu alias Sesse Seko Kukubendu Wazabanga, celui qui imposera trente ans de dictature dans ce pays. Le film retrace le portrait fascinant du dirigeant charismatique, sa vie et sa pensée. Il dévoile les péripéties et les intrigues qui ont scellé le destin tragique de l’homme qui demeure le symbole de tout un continent. Sept ans plus tôt, le cinéaste haïtien avait terminé un documentaire intitulé « Lumumba, la mort d’un prophète ».
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- « Mobutu roi du Zaïre », (1999, 135 minu­tes) est signé par Thierry Michel, cinéaste belge. Celui qui fut l’un des derniers dictateurs issus de la guerre froide, n’était qu’un jeune sergent de l’armée coloniale qui s’arrogea les rênes du pouvoir avec l’aide de la CIA en 1965. Il instaure au Congo qu’il baptise Zaïre un régime politique fondé sur la corruption, le mensonge et la violence.

5. Les films les plus récents

- « Le combat du docteur Mukwege » - Un film poignant et mobilisateur autour d’un combat essentiel signé par deux fins connaisseurs du pays : Thierry Michel et Colette Braeckman.

- « Zaïre, le cycle du serpent » de Thierry Michel - A Kinshasa, Thierry Michel filme les puissants comme les sans voix. 30 ans après l’indépendance et après 25 ans de gouvernance de Mobutu : le bilan est accablan

- « L’irrésistible ascension de Moïse Katumbi » de Thierry Michel - Business, sport et politique au Katanga. Portrait du riche homme d’affaires congolais Moïse Katumbi.
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- « Kinshasa Kids » de Marc-Henri Wajnberg - L’histoire des Shégués, ces enfants de Kinshasa, abandonnés par leur famille souvent sous le prétexte de sorcellerie.

- « Spectres » de

- Un film autour de l’assassinat de Patrice Lumumba, qui fait débat !

- « Kinshasa Symphony » de Claus Wischmann et Martin Baer - « Le public n’a jamais vu une telle chose. Ils étaient très impressionnés de voir leurs frères congolais pratiquer cette musique. Ils n’ont jamais imaginé qu’ils pourront avoir cette musique dans notre pays » (Héritier, violoniste)

- « Les marchands de miracles » de Gilles Remiche - Un coup de projecteur saisissant sur le phénomène des églises évangélistes à Kinshasa.
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Marchands de miracles par hopto

- « Benda Bilili ! » de Renaud Barret et Florent de La Tullaye - L’histoire incroyable des Staff Benda Bilili !

- « Juju Factory” de Balafu Bakupa-Kanyinda - Vivre sa vie d’écrivain africain à Bruxelle