Le cinéma péruvien

  • Mis à jour : 9 mars 2016

Les débuts

La première projection d’un film (en utilisant le cinématographe des Frères Lumière) au Pérou a été réalisée en février de 1897 à la confiserie Jardin Estrasburgo (aujourd’hui le "Club de la Unión") , dans la ville de Lima. Un mois avant, on avait projeté des images en mouvement avec l’appareil appelé vitascope créé par Thomas Armat et Charles Francis Jenkins. Les premières images projetées montrent des paysages d’autres pays et ce n’est qu’en 1899 que l’on filme des paysages du Pérou. Peu à peu, les projections ne sont plus réservées à une aristocratie et touche toutes les classes de la société grâce aux projectionnistes ambulants qui parcourent le Pérou.
Au cours des premières années, les films montrent des corridas, des images d’actualité sur la guerre entre l’Espagne et les Etats-Unis à Cuba, des paysages naturels ou urbains du Pérou. A partir de 1908 les salles de cinéma se multiplient à Lima et en 1913, le premier film de fiction péruvien, « Negocio al Agua » est projeté au Cinema Teatro.Le cinéma crée Les premières salles obscures à Lima sont créées, dans les années 1910, où sont diffusés des courts-métrages de fiction.

Après la première guerre mondiale

En 1922 sort un premier film péruvien, « Camino de venganza » , de José Ugarte , qui oppose la saine ruralité andine à la capitale interlope et corruptrice, un thème récurrent dans les nombreuses réalisation à venir au Pérou. Il faut attendre 1927 pour qu’apparaisse un autre long-métrage péruvien, « Luis Pardo » , d’Enrique Cornejo Villanueva.

En 1928, le pays produit une superproduction inspirée d’une histoire réelle, « La Perricholi » d’ Enzo Longhi, qui sera présentée aussi à l’étranger. Il raconte les aventures amoureuses et politiques d’une jeune andine dans la haute société liménienne.
Dans les années 1930 que le cinéma sonore fait son apparition au Pérou. En 1932 est créée l’Ecole du Cinéma Ambulant dont l’objectif est d’intégrer les populations indigènes de la Cordillère des Andes et de la forêt amazonienne.
Dans les années 1940 le gouvernement tente d’encourager la production cinématographique péruvienne qui doit subir la concurrence des autres pays latino-américains, en particulier du Mexique et des Etats-Unis.

Après la deuxième guerre mondiale

Au cours des années 1950 et 1960, peu de films de fictions sont tournés au Pérou, les producteurs préférant réaliser des documentaires sur les coutumes des peuples andins et même des longs métrages en quechua comme « Jawari » (1966), basés sur des légendes indiennes.

Malgré des lois décrétées pour encourager le cinéma comme celle de 1962 qui exonère de tout impôts les longs métrages produits au Pérou, les films réalisés dans le pays seront de faible qualité pendant de nombreuses années, sans doute en raison du manque de moyens des producteurs car les prix des billets d’entrée dans les salles sont très bas.

À la fin des années 1950 naît à Cuzco un mouvement régional du cinéma : les cinéastes Manuel et Victor Chambi (fils de Martín Chambi), Luis Figueroa , Eulogio Nishiyama et César Villanueva fondent un ciné-club et se lancent dans des courts-métrages ethnologiques. Le premier film de fiction tourné en langue quechua, « Kukuli » (1964),

coréalisé par Figueroa, Nishiyama et Villanueva, est présenté à l’étranger, notamment à la Cinémathèque française, où il reçoit un excellent accueil.

Le cinéma d’auteur voit le jour dans les années 1960 avec Armando Robles Godoy (né en 1923), qui écrit et réalise des courts et des longs-métrages tels « Ganarás el pan » (1964), « En la selva no hay estrellas » (1967) et « Espejismo » (1972). Son style abstrait et poétique, inspiré de la Nouvelle Vague française, ne touche néanmoins qu’une petite élite, alors que l’essentiel du public se tourne vers la télévision et ses telenovelas naissantes.

Dans les années 1970, les militaires tentent de dynamiser la production cinématographique nationale par une loi d’encouragement. Des coproductions sont lancées en partenariat avec le Mexique. Une revue cinéphile voit le jour en 1965, "Hablemos de cine" . Des auteurs portent à l’écran des œuvres littéraires ayant pour sujet le monde rural. Parmi eux émerge la jeune personnalité de Francisco José Lombardi (né à Tacna en 1947) qui, après avoir étudié en Argentine et beaucoup voyagé, propose une nouvelle conception du cinéma. Il crée sa propre société de production, Inca Films, et adapte des romans à l’écran, comme La « Ciudad y los perros(La ville et les chiens) » (1985) d’après Mario Vargas Llosa, « Sin compasión » (1994) tiré de« Crime et Châtiment » de Dostoïevski, ou encore « « No » se lo digas a nadie » (1998), d’après le livre de l’auteur péruvien Jaime Bayly, qui raconte les affres d’un jeune présentateur de télévision de Lima, cocaïnomane et bisexuel.

Francisco José Lombardi est un des réalisateurs les plus importants du cinéma péruvien avec des oeuvres comme « La boca del lobo » (1988) qui traite du terrorisme au Pérou au début des années 1980, ou des films mettant en évidence la lutte des classes avec « Caídos del cielo » (1990)

ou « Bajo la piel » (1996).

C’est en 1997 que nait le Festival ELCINE de Lima qui va donner une stature internationale au cinéma péruvien. Après des années de dictature militaire, de conflits armés dans les Andes et de graves troubles sociaux suite à la gouvernance de Fujimori, le cinéma péruvien peut enfin s’exprimer librement dans les années 2000 et des films comme « El Bien Esquivo », « Paloma de Papel »

ou « Días de Santiago » remportent des Prix en participant à de grands festivals internationaux. Lombardi gagnera en 2003 le prix du Meilleur Long Métrage au Festival de Biarritz, dédié aux productions latino-américaines, avec le film « Ojos que no ven » qui décrit la chute du gouvernement de Fujimori.

La relève

Quelques cinéastes récents se démarquent : Claudia Llosa, la nièce de Mario, avec son film « Madeinusa » qui a reçu le grand prix du jury du festival de Sundance. Fiction insolite et troublante, tournée dans un pseudo-style documentaire, elle met en scène une cruelle histoire d’inceste dans un village perdu des Andes. La description très réaliste de la psychologie et de la vie d’une jeune femme vivant dans les Andes est encore plus impressionnante dans son film « La teta asustada », qui a gagné l’Ours d’Or du meilleur film à Berlin en 2009. Il évoque les viols de femmes indiennes durant les affrontements entre l’armée et le Sentier lumineux dans les années 1980.

Une nouvelle génération de cinéastes se fait remarquer : Augusto Tamayo, Danny Gavidia, Josué Méndez, Judith Vélez, Álvaro Velarde, etc. Cependant, pour des raisons économiques, beaucoup doivent se contenter de tourner en format vidéo ou se produire à l’étranger.
Né à Lima en 1974, Ricardo de Montreuil fait ses armes à la télévision et dans la publicité. Son premier long-métrage, « La Femme de mon frère » (2005), d’après le roman sulfureux de Jaime Bayly, fut l’un des plus grands succès du cinéma latin aux États-Unis.

Sorti en 2008, son film « Máncora » a ouvert le prestigieux festival américain de Sundance. Il raconte l’histoire d’un jeune Liménien qui part noyer sa déprime dans la fête d’une station balnéaire au nord du Pérou, après le suicide de son père.

À noter aussi, la créativité des studios Alpamayo Entertainment . Ils ont fait un tabac au Pérou et à l’étranger en 2005 avec « Piratas en el Callao (Les Pirates du Pacifique ) », par Eduardo Schuldt , premier film d’animation en 3D réalisé en Amérique latine. L’équipe a récidivé en 2006 avec« Dragones : destino de fuego (Dragons : la destinée du feu) » .

Petit marché, tant en termes d’écrans (368 écrans répartis dans 43 cinémas, dont plus des trois quarts à Lima) que de productions nationales (4 ou 5 films par an en moyenne), le Pérou est en outre fortement touché par le problème de la piraterie . Les DVD piratés inondent le marché, qu’ils soient vendus à la sauvette sur des stands de fortune ou dans des boutiques bien établies. Les salles sont gérées par des grandes chaînes de multiplexes (CinePlanet, Cine Star, UVK), et le cinéma indépendant ne survit que grâce aux divers ciné-clubs ouverts dans les centres culturels et universités des grandes villes.