Le cinéma marocain

  • Mis à jour : 27 janvier 2016

LE CINEMA MAROCAIN

1. Histoire

Le premier tournage au Maroc date de 1897, avec « Le Chevrier marocain » de Louis Lumière (no 1394 au catalogue Lumière), qui inaugure une tradition de tournages étrangers au Maroc, tradition qui perdure jusqu’à nos jours. Juste après la grande première parisienne des frères Lumière, des opérateurs envoyés par les jeunes industriels lyonnais sont allés sillonner le monde en quête d’images « exotiques » et « merveilleuses ». Le Maroc avait justement l’avantage d’être différent et proche. Comme tout l’ensemble du Maghreb et de l’Afrique, il fut beaucoup filmé. Au début du 20ème siècle, des projections sont organisées et une première salle voit le jour à Fès.

Avec l’instauration du Protectorat en 1912, et sous l’impulsion du maréchal Lyautey lui-même, une production cinématographique locale va être encouragée et un premier long métrage tourné en terre marocaine verra le jour en 1919, « Mektoub » de Jean Pinchon et Daniel Quintin avec Mary Harald Bogaerts.. Il ouvrira la voie à un genre spécifique, « le film colonial ». Un genre qui sera quantitativement important ; il aura ses titres mythiques (« Itto, La Septième porte »…) et ses figures emblématiques (André Zwobada). Une activité qui favorisera l’arrivée d’autres tournages internationaux et surtout permettra la mise en place d’une logistique qui jouera plus tard un rôle fondamental : 1944 avec la création du Centre cinématographique marocain et l’ouverture des studios et laboratoires Souissi à Rabat.

Les marocains sont déjà friands du nouveau spectacle et font un triomphe aux films égyptiens pour des raisons culturelles et certainement politiques. Le nombre de salles va commencer à proliférer dans les grands centres urbains…
Une fois la souveraineté nationale retrouvée en 1956, l’Etat va encourager via le CCM, une importante production de courts métrages où des jeunes cinéastes fraîchement formés dans de prestigieuses écoles de cinéma (l’IDHEC) vont faire leur preuve et donner à la filmographie marocaine son âge d’or notamment dans sa version court métrage documentaire.

Entre temps, un pionnier, Mohamed Ousfour, un autodidacte confronté par passion à la pellicule dès le début des années 40.Le premier long métrage marocain est diffusé en 1958, réalisé par Mohamed Ousfour : « Le Fils maudit ». .

Le cinéma marocain met une dizaine d’années pour être reconnu avec le film « Weshma (Traces) » de Hamid Bénani en 1970,

qui paraît juste après « Vaincre pour vivre (الحياة كفاح) » co-réalisé en 1968 par Ahmed Mesnaoui et Mohamed Tazi (qu’il ne faut pas confondre avec son homonyme Mohamed Abderrahmane Tazi) ou « Soleil de printemps » (1969) de Latif Lahlou.. Les cinéphiles purs et durs plaident plutôt pour l’élection du film Wechma, Trace, 1970 de Hamid Bennani comme premier film marocain. Il inaugure dans tous les cas la tendance qui marquera définitivement le cinéma marocain, celle du cinéma d’auteur.

À l’opposé d’autres cinémas d’Europe ou du Maghreb, l’État marocain a longtemps laissé son cinéma trouver par lui-même les moyens nécessaires à sa survie et son épanouissement national ou international, ce qui a créé un déséquilibre entre un cinéma commercial (souvent médiocre) et un cinéma esthétisant à public essentiellement élitiste. Malgré ces conditions difficiles, le cinéma marocain voit sa première sélection au festival de Cannes en 1978 (« Alyam, Alyam » d’Ahmed El Maanouni).

Un autre film du même réalisateur, « Transes », connait un immense succès populaire à sa sortie en 1981 et deviendra par la suite un film culte, puisqu’il sera le premier film restauré par la World Cinema Foundation et à ce titre, présenté au Festival de Cannes en 2007.Un élan va être donné à l’orée des années 80 avec le retour de l’Etat à la production cinématographique par le biais de la première version d’une aide publique au cinéma. La production va connaître un boom entre 1982 et 1984 et aura comme première conséquence la création du Festival National du Film en 1982 à Rabat.

Désormais son évolution sera à l’image de l’évolution du cinéma marocain. Celui-ci connaîtra un tournant décisif dans les années 90 grâce à la nouvelle formule d’aide à la production cinématographique. Dopé par cet outil essentiel, le film marocain va réaliser pour la première fois une réconciliation historique avec son public. Une tendance ouverte avec « Un amour à Casablanca » (Abdelkader Lagtaâ, 1991) et « A la Recherche du Mari de ma Femme » (Mohamed Abderrahman Tazi, 1993) qui ne se démentira plus.

Cette décennie verra également l’ouverture de la profession, à partir de 1995, aux jeunes cinéastes de la diaspora qui vont éclore avec la première décennie des années 2000 (« Ismail Ferroukhi, Nour-EddineLakhmari, Nabil Ayouch, HassanLagzouli »…).

Engouement du public, mesures politiques et administratives incitatives (avance sur recettes avec une enveloppe annuelle de 60 millions de Dirhams, aide à l’écriture…), le Festival International du Film de Marrakech, le festival national devenu annuel… le cinéma marocain installe ses marques, avec des repères phares : une production régulière dans sa progression (une moyenne de 25 longs métrages par an) ; une visibilité nationale (c’est le film marocain qui occupe les premières places du Box Office) et internationale (de Moscou à Buenos Aires, le cinéma marocain est invité partout). Les observateurs apprécient notamment la diversité générationnelle, thématique et artistique qui caractérise ce cinéma. Un cinéma de plus en plus connecté aux grandes interrogations qui traversent la société marocaine. Des films créent ainsi l’événement, suscitent polémique et débat (Marock, Casanegra…).

La demande en formation avec la multiplication des écoles de cinéma traduit le désir de la jeunesse d’intégrer cette dynamique et trouve dans la compétition Cinécoles du Festival de Marrakech, un tremplin vers l’avenir. Enfin, des réflexions sont menées à différents niveaux pour proposer des solutions pratiques à la problématique du rétrécissement du parc des salles de cinéma.

Cette évolution récente du cinéma marocain est bénéfique pour l’expression de la culture et de l’imaginaire des Marocains dans une branche d’activité globalisée à l’échelle mondiale où le risque d’imiter le Cambodge, qui ne produit plus aucun film actuellement, guette de nombreux pays.

Quelques dates-clefs :
- 1907 : Félix Mesguich tourne à Casablanca un reportage sur les débuts de l’agression française contre le Maroc.
- 1935 : construction du Cinéma Vox à Casablanca par Marius Boyer. D’une capacité de 2 000 places, c’est à l’époque le plus grand cinéma d’Afrique. Il est détruit dans les années 1970.
- 1968 : Premier Festival du film méditerranéen à Tanger . Le festival se tient aujourd’hui à Tétouan.
- 1970 : Film fondateur du cinéma marocain : « Wechma », « Traces » de Hamid Bénani.
- 1978 : « Alyam, Alyam » d’Ahmed El Maanouni  : premier film marocain en sélection officielle au Festival de Cannes 1978 - Un certain regard
- 1981 : Transes d’Ahmed El Maanouni, immense succès populaire à sa sortie, devenu film cultissime. C’est le film qui a impressionné le réalisateur Martin Scorsese qui le choisit 26 ans plus tard pour être le premier film à restaurer par la World Cinema Foundation. Martin Scorsese présente la version restaurée de ce film au Festival de Cannes 2007 - Cannes Classics.
- 1982 : Premier Festival national du film à Rabat.
- 1992 : Sortie de « Un amour à Casablanca » d’Abdelkader Lagtaâ, qui a connu un succès inédit et a été considéré comme le film ayant réconcilié le public marocain avec son cinéma[réf. nécessaire].
- 2001 : Première édition du Festival international du film de Marrakech .
- 2007 : Inauguration de la cinémathèque de Tanger.
- 2007 : « Les Cœurs brûlés » d’Ahmed El Maanouni : Grand Prix du Festival national du film à Tanger et Prix de la critique. Il remporte une douzaine de prix internationaux dont le Prix du meilleur réalisateur au Festival international d’Oran 2008 et le Prix de la meilleure image au Festival international de Dubaï 2007.

2. Les difficultés

* La censure et ses conséquences

Le protectorat français au Maroc (1912-1956) avait établi une commission de censure sur les films distribués au Maroc. Ayant survécu à l’indépendance, cet organisme de régulation s’est occupé jusqu’aux années 1970 surtout de contrôler la distribution des films étrangers en raison d’une production nationale encore faible comparée à celle des pays francophones voisins. De ce fait, le Maroc a laissé le champ libre à d’autres cinémas concurrents qui se sont affirmés aisément auprès du public marocain ; aujourd’hui il doit lui faire face avec plusieurs années de retard. Il en est de même pour d’autres secteurs artistiques tel que la musique par exemple.
Liste des films censurés
- Exodus : Gods and Kings de Ridley Scott  : Censuré pour raisons religieuses par le parti islamiste, une représentation de dieu, le film a obtenu un second visa d’exploitation après suppressions de scènes.
- « Much Loved » de Nabil Ayouch : Censuré par le Ministère de la Communication marocain pour des scènes pornographiques, le film montre des aspects de la prostitution au Maroc.

* Désaffection du public et conccurence des formats DVDs
D’après une étude publiée par le cabinet Valyans Consulting à la demande du Centre cinématographique marocain (CCM), même si la production du cinéma au Maroc est abondante, les salles de cinéma ferment et 60 % des Marocains ne regardent pas de films. En 2008, le cinéma marocain a fêté ses 50 ans, l’occasion de faire le point sur ses défis et atouts futurs.

3. Le Maroc - Lieu de tournage

Un certain nombre de films très célèbres, s’ils ont été tournés en Californie, font appel à l’image du Maroc, ou du moins à une vision d’un Orient romancé :

  • - En 1930, « Cœurs brûlés (Morocco) » de Josef von Sternberg réunit Marlene Dietrich et Gary Cooper.
  • - Quelques années plus tard, l’énorme succès de « Casablanca » avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman consacrant cette image à travers le monde.

La variété des paysages et de l’architecture, la lumière et ses nuances sont les principales raisons de cet engouement pour le tournage de films au Maroc. On peut citer comme films tournés en totalité ou en partie au Maroc :

  • Ali Baba et les Quarante Voleurs (1954)
  • L’homme qui en savait trop (1956)
  • Lawrence d’arabie (1962)
  • Sodome et Gomorrhe (1962)
  • Cent mille dollars au soleil (1964)
  • L’Homme qui voulut être roi (1975)
  • Banzaï (1983)
  • Harem (1985)
  • Le Diamant du Nil (1986)
  • Tuer n’est pas jouer (1987)
  • La Dernière Tentation du Christ (1988)
  • Un thé au Sahara (1990)
  • Kundun (1997)
  • Légionnaire (1998)
  • La Momie (1999)
  • Gladiator (2000)
  • Spy Game, jeu d’espions (2001)
  • Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (2002)
  • La Chute du faucon noir (2002)
  • Ce dont rêvent les filles (2003)
  • Alexandre (2004)
  • Kingdom of Heaven (2005)
  • Babel (2006)
  • La colline a des yeux (2006)
  • La colline a des yeux 2 (2007)
  • Mensonges d’État (2008)
  • Prince of Persia : Les Sables du temps (2010)
  • Green Zone(2010)
  • Les Chemins de la liberté (2010))
  • "Mission Impossible 5 (2015)"

Post Scriptum

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