Le Nanar du mois de Mai 2015

  • Mis à jour : 2 mai 2015

Comme vous le savez déjà, C&C aime chercher les nanars dans lesquels de grands réalisateurs ou des grands acteurs ont collaboré. Personne ne sera jamais ce qui les a poussés à s’embarquer dans cette galère. Mais toujours est –il qu’ils y sont et parfois.... jusqu’au cou.

Cette fois c’est Alain Delon qui est visé. On peut se poser la question sur les motivations qui l’ont conduit à tourner dans « Parole de Flic » alors qu’il avait été particulièrement brillant dans Flic Story, le Samouraï et autres films policiers….

Extraits de Nanarland

LA FICHE TECHNIQUE DU FILM

Titre du film : Parole de Flic
Réalisateur : José Pinheiro
Année : 1985
Pays : France
Genre : Alain est grand et Delon est son prophète (Catégorie : Sécuritaire)
Durée : 1h38
Acteurs principaux : Alain Delon, Jacques Perrin, Fiona Gelin, Stéphane Ferrara, Vincent Lindon, Jean-François Stevenin
Producteur : Alain Delon

LA PRESENTATION DU FILM

Nous sommes à Lyon dans les années 80. Alain Delon est Daniel Pratt. C’est un flic. Le meilleur. Forcément. Mais même en étant le meilleur, Alain Delon n’en souffre pas moins. Sa femme a été assassinée. Son meurtrier, profitant des failles de la justice, a obtenu un non-lieu et a été relâché.
Révolté par cette injustice, Alain Delon a rendu sa carte de police et s’est retiré loin du monde, quelque part en Afrique. Il vit de la pêche, sur une petite île, au milieu des autochtones qui l’idolâtrent. Les hommes l’appellent patron, les femmes se battent pour l’un de ses baisers et les enfants veulent tous être Alain Delon quand ils seront grands. Non, ce n’est pas du tout un cliché colonial. C’est simplement que la hiérarchie naturelle des choses est respectée : il y a l’homme noir, l’homme blanc et, loin au-dessus, Alain Delon. D’ailleurs, Alain Delon fixe les choses d’entrée de jeu en corrigeant un gros mastard qui l’accuse d’avoir triché aux cartes. Pour de rire, bien sûr, car, c’est bien connu les Africains sont de grands enfants. Mais peut-être aussi parce qu’Alain Delon garde lui-même une âme de gosse émerveillé sous la rude écorce du baroudeur. Et puis, cela permet de contempler le corps d’Alain Delon, toujours aussi athlétique et sculptural à 50 ans.

Pendant ce temps évidemment, sans Alain Delon, la France va mal. La criminalité explose, la ville a peur, les socialistes sont au pouvoir. Seul Alain Delon peut venir remettre de l’ordre dans tout cela. Un commando de tueurs cagoulés sème la terreur dans la banlieue de Lyon. A coups de fusil à pompe, cette milice expéditive décime les petits voyous locaux. Braqueurs, dealers, julots casse-croûte, ils ont déjà liquidé 22 personnes. La police est dépassée et nul ne semble pouvoir les arrêter. Seulement voilà, ils commettent une grave erreur. Un soir, lors de l’une de leurs descentes punitives, ils flinguent une poignée de jeunes qui volent des magnétoscopes dans un container. Parmi ces gamins, il y a la fille d’Alain Delon.

Alors Alain Delon revient à Lyon. Il est douleur, il est colère, il est vengeance. Il est le Christ avec un gros flingue. Il est plus que le Christ car il est Alain Delon. Le visage minéral, drapé dans son deuil, Alain Delon est décidé à traquer les assassins de sa fille. Rien ne pourra l’arrêter. Forcément, c’est Alain Delon.


Parole De Flic par macleod666
"Il n’a aucune piste" insiste la jeune fliquette chargée de l’enquête. "S’il n’a pas de piste, il en inventera" rétorque Jacques Perrin qui connaît bien son Alain Delon. Jacques Perrin, c’est Reiner, le chef de la police lyonnaise, qui est aussi le meilleur ami d’Alain Delon. Jacques Perrin qui semble afficher d’ailleurs une mine totalement abattue pendant tout le film. Normal, il sait qu’il ne sera jamais Alain Delon. Juste Jacques Perrin, ce qui est bien déjà, mais ce qui n’est pas Alain Delon. Face au soleil, on doit baisser les yeux.

CRITIQUES

Oubliez Clint Eastwood et Charles Bronson. Alain Delon offre au monde ébahi sa propre version d’"Un justicier dans la ville" et de "Magnum Force". Une version terriblement française (Jean-François Stevenin en tueur fasciste, Vincent Lindon en inspecteur de police…) mais aussi outrageusement eighties, avec tous les tics de réalisation de l’époque : éclairage bleutés clipesques, nappes de synthé F.M. en guise de musique et saxophone pleurnichard pour les scènes d’amour. José Pinheiro, yes man régulier d’Alain Delon qui fera surtout carrière en enquillant les "Navarro" et les "Commissaire Moulin", filme honnêtement mais sans génie les exploits de sa star. On ne s’ennuie pas : flinguages, cascades, poursuites en voiture... Les scènes d’action ont de l’allure et reflètent le savoir-faire technique du polar français de cette époque.

Non, la source d’hilarité principale du film, c’est l’exagération avec laquelle il met en vedette Alain Delon. Et il faut dire que ce film est conçu comme un véritable mausolée à sa gloire. A cette époque, Alain Delon a trente ans de carrière derrière lui et artistiquement, après avoir brillé sous la caméra des plus grands cinéastes, il n’a plus grand-chose à prouver. Par contre, il a encore beaucoup à donner. Il enchaîne depuis la fin des années 70 les véhicules à sa gloire avec une nette préférence pour le polar politique. "Parole de flic" fait partie de cette série d’œuvres conçues et produites par la star pour la mettre en valeur, mais aussi pour rivaliser avec Jean-Paul Belmondo, l’autre acteur vedette des années 80 capable de drainer des millions de spectateurs en salles sur son seul nom.

Auto-célébration permanente de la grandeur delonienne, le film serait un honnête polar 80’s s’il ne forçait pas à ce point le trait dans le narcissisme complaisant et satisfait.

En fauve blessé assoiffé de vengeance, Delon est quasiment de toutes les scènes, de tous les plans, le visage souvent filmé plein cadre, pour mieux capter la puissance de son jeu. Cela finit par devenir franchement risible. A cinquante ans, la star tient à montrer qu’elle est toujours au top, qu’elle n’a rien perdu de sa prestance. Alors Delon s’expose, paradant torse nu pour montrer à quel point il est encore bien foutu. On a même droit à une scène de montage dans une salle de sport où il enchaîne les tractions et les abdos avec la puissance d’un Rocky à l’entraînement. Il se paye même le luxe de démolir un sac de sable à coups de poings pour nous montrer sa rage et sa volonté. Il faut dire qu’avec la concurrence d’un Jean-Paul Belmondo qui a bâti sa légende sur l’image du comédien qui fait lui-même ses cascades, Delon doit se montrer à la hauteur et met un point d’honneur à nous prouver qu’il n’est, lui non plus, jamais doublé lors des scènes d’action.

De même, Alain Delon prouve une fois encore qu’il reste une boule de sex appeal en séduisant la potiche de service, ici Fiona Gelin, totalement impayable en inspectrice de 24 ans à qui on a tranquillement confié une enquête sur le massacre en série de 22 personnes. Dès la première scène où elle voit Delon en train d’enterrer sa fille, elle soupire "Il est beau ce mec" comme la première midinette venue, avant de tout faire pour le mettre dans son lit.

Idéologiquement, le film continue le virage sur l’aile que Delon entend donner à son image. Jusqu’alors, la star a toujours été cataloguée à droite, voire même à l’extrême droite. Alors pour l’occasion, il s’est associé au romancier Frédéric H. Fajardie, un des petits maîtres du polar gauchiste très en vogue à l’époque. Et voici notre Delon qui se transforme en pourfendeur de ratonneurs fascisants. Si le film n’atteint pas encore les outrances de "Ne Réveillez Pas un Flic Qui Dort", qui deux ans plus tard transformera Michel Serrault en émule de Pinochet, il n’en demeure pas moins assez cocasse dans sa vision du danger nazillon. Alain Delon affronte un escadron de la mort composé d’une belle brochette de beaufs réacs, veules et suintants, menés par un Stéphane Ferrara ("La Nuit du Risque") pas mal du tout en flingueur sadique. Ceux-ci font des descentes dans une banlieue lyonnaise imaginaire, les Magrettes (vague référence au quartier des "Minguettes" de Vénissieux). Imaginaire certes, mais surtout tellement cocasse tant elle ne ressemble à rien. Vous vous souvenez de "Rue Barbare", où le jeune de banlieue a 35 ans et est interprété par Bernard-Pierre Donnadieu ou Jean-Claude Dreyfus ? Et ben là c’est tout aussi grotesque. La banlieue dans les années 80, c’est des minets lookés skaï avec le même brushing que Daniel Balavoine. Des djeun’s qui affichent facilement la trentaine et qui dansent le smurf sur le toit des voitures. Qui pour crier leur rébellion à la face de la société, ouvrent les bornes incendies comme leurs cousins du Bronx… mais eux en plein hiver. Où des remorques de camions aux pieds des immeubles servent de baisodrome pour les homos du coin. Où il n’y a pas un Maghrébin et à peine un ou deux Noirs… C’est dans ce décor, plus proche d’une BD de Margerin que d’une véritable banlieue à problème, qu’Alain Delon vient jouer les justiciers et traquer le facho militant…

Cerise sur le gâteau, Alain Delon, qui sait tout faire, nous gratifie même de la chanson du générique de fin. "I dont Know" (chanter ?) avec la chanteuse de disco Phyllis Nelson. Une merveille de ballade sirupeuse (solo de saxo inside) interprétée dans un anglais approximatif où Delon nous régale d’un accent frenchy à couper au couteau.

D’un point de vue historique, le film était vu comme une forme de cadeau d’anniversaire pour la star. L’occasion était pour lui de prouver qu’il tenait encore la forme en lattant la gueule à un gros black et en faisant du jogging au ralenti. Après avoir massacré Jean-Patrick Manchette avec "Le Choc" et "Trois hommes à abattre", Delon s’octroie les services d’un autre écrivain de romans noirs gauchiste, malheureusement beaucoup moins talentueux, afin de participer à l’histoire. Le scénario est d’ailleurs d’une bêtise assez crasse et farci d’incohérences : pourquoi le chef du commando facho a un nom arabe ? Le film fit scandale au point d’être interdit aux moins de dix-huit ans pendant quelques jours, jusqu’à ce que Mitterrand rabaisse cette interdiction aux moins de 13.