Le Nanar du mois d’Avril 2015

  • Mis à jour : 1er avril 2015

D’WILD WILD WENG

Le Festival des 5 continents approche. Avec lui c’est une découverte de films venant de pays éloignés et dont la cinématographie est peu connu. Il m’a semblé que les Nanars avaient droits eux aussi à leur part d’exotisme.
Aussi c’est un film philippin que vous nous proposons pour le « Nanar du mois d’avril 2015 ». Rien que l’énoncé du titre nécessite une gymnastique de la langue peu commune : « D’Wild Wild Weng ». C’est en que Eddie Nicart réalise ce film d’espionnage, ....non un western... non un remake des Mystères de L’Ouest, bref un truc quoi !

L’histoire se situe au fin fond des Philippines. A des années et des années lumière de la vraisemblance, veille celui que le gouvernement de Manille appelle quand il n’est plus capable de trouver une solution à ses problèmes, quand il ne reste plus aucun espoir : Weng Weng.

Notre super espion modèle échantillon gratuit préféré est de retour ! Plus insubmersible et inexpressif que jamais, le voici au top de sa forme dans « D’Wild Wild Weng », une nouvelle aventure excitante naviguant entre les terres de l’espionnage et du western. Et attention, avec Weng Weng on ne fait pas dans le mesquin, dans le prudent, dans la demi mesure (sauf pour le héros) : de l’action, de l’aventure, de la romance, des chansons, des ninjas, des méchants en ponchos et sombreros, des charges d’indiens nains, des flinguages à la Peckinpah, des demoiselles en détresse… Mini espion peut-être, mais il fait le maximum !

Rappelons que Weng Weng est un acteur philippin de 82 cm qui tourna une poignée de films d’action dans les années 80 où il incarne l’agent 00, un super espion indestructible. Seuls deux de ses films sont arrivés jusque chez nous, notamment par le biais de la vidéo (« For Y’ur Height Only » et « 007 ½ : rien n’est impossible »), pour le reste la carrière du lilliputien demeura un mystère qui généra les légendes et les supputations les plus fantaisistes. Même dans son propre pays où il est resté une sorte d’icône un peu kitsch, on a longtemps considéré ses autres films comme perdus. Et c’est un Weng Weng en pleine forme que nous retrouvons à l’écran, toujours produit par le couple Caballes et réalisé encore une fois par l’acteur cascadeur Eddie Nicart.

La principale curiosité du film c’est qu’elle se déroule dans un cadre flirtant avec l’ambiance Far West. En effet, bien que située dans les Philippines des années 80 (puisque notre héros y roule en buggy), le style de cette nouvelle aventure de notre redresseur de torts se trouve ici fortement teintée d’une couleur western, genre très populaire dans l’archipel. On y trouve donc le mystérieux étranger (Weng Weng), des Mexicains, des Indiens, des villageois en détresse, bref tout ce qui fit le succès du "Pinoy Western" (nous on traduira ça par "Western San Miguel"), c’est-à-dire l’adaptation quasi littérale des codes du western spaghetti au décor des Philippines. Le tout accompagné d’une tonitruante musique du plus pur style mariachi.

Mr Weng s’habille d’un impeccable costume moulant. Pour enquêter, il est accompagné par Gordon, son nouvel acolyte, non pas un roi du déguisement (même s’il peut se déguiser en moine pour délivrer son ami des griffes des méchants) mais cette fois-ci un monsieur muscle auquel il apprend les rudiments du métier de super espion. Gordon est interprété par un pilier du cinéma philippin, Max Laurel, un grand gaillard qui lui sert de comparse et de sidekick. Un acteur qu’on retrouvera dans « Robowar » de Bruno Mattei et qui eut surtout son heure de gloire dans l’archipel en interprétant Zuma, une grenouille qui lance des boules de couleurs… euh pardon, un super héros demi dieu, mi homme mi cobra royal.

Contrairement aux autres films de la série, plus directement copiés sur James Bond, Weng Weng ne reprend pas ici son titre d’agent 00. Il n’y a même plus besoin de le présenter, même si on a le droit à quelques séquences d’entraînements au karaté ou au tir qui permettent de rappeler que l’on a à faire à une machine à tuer de 80 cm. Mr Weng, puisque c’est son nom ici, se rend donc incognito dans une province reculée et désertique de l’archipel pour enquêter sur le meurtre du maire de Santa Monica et de sa famille. Il y découvre une population terrorisée par les agissements d’une armée de bandidos dans la grande tradition mexicaine, portant moustaches, sombreros et cartouchières en bandoulière. Il ne lui faut pas longtemps pour séduire la plus jolie fille du coin et surtout pour comprendre que derrière ces malandrins se cache un sinistre personnage, le gouverneur Sebastian, qui tient la région sous sa coupe et fait liquider quiconque se dresse sur son chemin.

Un sale type ce Sebastian, joué par Romy Diaz qui interprétait déjà le bad guy dans « 007 ½ : rien n’est impossible ». Le genre de méchant qui éclate d’un rire sardonique toutes les deux minutes et qui envoie son armée de sbires massacrer la populace apeurée ou raser les maisons des villageois qui oseraient avoir l’outrecuidance de se rebiffer. En plus, comme l’homme de main philippino-mexicain moyen à tendance à facilement se faire battre par les espions nains, il loue les services d’un mercenaire bien typé, l’ineffable Ku Manchu et de ses ninjas pour l’accompagner dans ses basses besognes.

Vous connaissez Weng Weng ? L’injustice, il ne supporte pas ! Alors il va aller châtier le félon. Pour ce faire, et comme Zorro a dû être aussi diffusé aux Philippines, il recueille Lupo, un muet qui va devenir l’élément comique essentiel du film (en dehors de Weng Weng bien sûr). Interprété par Max Alvarado, un acteur plutôt spécialisé dans les rôles de méchants, ce personnage joué tout en minauderies et gloussements accompagne désormais notre héros, et ne peut s’empêcher de pousser des petits gémissements et couinements approbateurs à chaque fois que celui-ci dézingue du malfaisant ou pousse la chansonnette pour séduire les poulettes.

Ah oui je ne vous l’avais pas dit : Weng Weng chante ! On le voit donc rôder près du balcon de la belle Clara pour pousser la sérénade afin de séduire sa nouvelle conquête, sans savoir hélas que celle-ci a été enlevée par les séides ninjesques de l’infâme Sebastian (vraiment un prénom de triste sire, ça !). Il faut d’ailleurs souligner la bonne tenue des doublages anglais, avec notamment un acteur prêtant sa voix à Weng Weng et qui, sans sombrer dans la caricature, met un point d’honneur à parler d’une voix fluette et monocorde et à chanter totalement faux.

Pour le reste, la recette demeure assez classique. Weng Weng, visiblement devenu trop connu depuis les exploits de ses précédents films, débarque incognito en ville, en étant généralement caché par son complice Gordon. Là, quand il ne vole pas des bananes en se planquant sous les tables, il est le témoin des vilénies commises par la soldatesque du gouverneur Sebastian et s’emploie à en châtier quelques-uns pour l’exemple. Ce dernier renvoie donc des escouades de larbins parfois accompagnés par du ninja au rabais trouver celui qui ose s’opposer à lui. Et les sbires de se faire rouster comme il se doit.

Si sur la forme, de par son ambiance western, le film semble en apparence différents des deux autres aventures de l’agent 00, Weng Weng, parfois sapé comme un prince dans un impeccable costume cintré avec chemise à jabot, nous joue sa partition habituelle. Baston à un contre cinq avec coup de poing dans les joyeuses pour mettre l’adversaire à niveau, glissades sur le dos pour surprendre un malfaisant, saut depuis une tour d’une dizaine de mètres de haut et surtout cet air de sérieux enfantin qui ne peut laisser aucune donzelle indifférente. Facétie nouvelle, lors d’une scène d’évasion de la forteresse des méchants, il se cache sous la robe de moine de son ami Gordon venu déguisé pour l’aider. Une scène étrange à l’ambiguïté marquée...

Le final est comme il se doit absolument dantesque et enfonce le clou des précédents films dans la violence improbable. Accompagné par une escouade d’Indiens pygmées (oui oui, des Philippins nains déguisés en Indiens) qu’il a gagné à sa cause, il démastique au bas mot une centaine de sbires à la dynamite et à la mitrailleuse lourde avec une sauvagerie rare. Tel Django, c’est à la gatling qu’il désintègre l’armée des bandidos de Sebastian. Définitivement pour ceux qui se poseraient encore la question, les aventures de Weng Weng ne peuvent vraiment pas être considérées comme des films familiaux où alors c’est qu’ils ont une drôle de conception de la pédagogie par l’exemple aux Philippines. En tout cas, une scène à laquelle Sylvester Stallone a visiblement rendu un hommage poignant dans son John Rambo.